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Chapelle dite octogone de Montmorillon

Dossier IA86007895 réalisé en 2015

Fiche

L'Octogone est une chapelle de l'ancienne Maison-Dieu de Montmorillon, établissement hospitalier fondé à la fin du 11e siècle sur la rive gauche de la Gartempe, à côté du château. Ses particularités architecturales suscitent depuis le 18e siècle l'intérêt des archéologues et historiens d'art.

La Maison-Dieu comprend au 12e siècle un hôpital, une chapelle dédiée aux saints Laurent et Vincent, des bâtiments pour les religieux qui y vivent et une seconde chapelle située dans le cimetière, dénommé tardivement l'Octogone.

Une architecture originale

S'élevant sur deux niveaux, l'Octogone est construit selon un plan centré. La salle haute est octogonale et la salle basse, semi-souterraine, circulaire.

Les monuments à plan centré sont assez rares à l'époque romane et suscitent de nombreuses interrogations. Certains historiens y ont vu l'influence de l'église du Saint-Sépulcre à Jérusalem, reconstruite au 11e siècle en conservant la rotonde antique édifiée sur la grotte où aurait été déposé le tombeau du Christ.

La chapelle est soigneusement construite en pierres de taille calcaire. Hormis à l'est, où s'élève l'abside surmontée d'un clocher-mur, les murs sont renforcés par des arcades aveugles brisées. Ils sont ajourés en partie haute par une baie en plein cintre et, à leur base, par une étroite fenêtre éclairant la salle souterraine.

La toiture de l'édifice présente une composition originale. Huit pans de pierre inclinés, formant comme une pyramide tronquée, sont prolongés par une couverture charpentée et en tuiles plates ; un lanternon somme l'ensemble. Elle a été restaurée dans les années 1990, dans son état du 17e siècle. La couverture du 12e siècle a disparu, hormis la « pyramide tronquée ».

L'intérieur

Le portail ouvre sur la salle haute de l'Octogone. Le volume intérieur de la chapelle haute est en grande partie occupé par la coupole qui couvre la salle basse. Ceci a nécessité un aménagement sur deux niveaux.

Partant de la porte, un couloir contourne la coupole ; une banquette court à ce niveau le long du mur. Une plate-forme est aménagée sur la coupole et se prolonge dans l'abside où s'élève l'autel ; au centre ouvre un oculus polylobé. Des gradins épousent la coupole et un escalier, construit dans l'axe de la porte, conduit à la plate-forme.

La salle haute est couverte d'une voûte à huit quartiers rayonnants datée du 13e siècle.

Le sobre décor peint qui souligne les moulures des ogives de la voûte et les chapiteaux a été restitué lors de la restauration des années 1990. La litre funéraire a été retrouvée après la dépose du décor peint du 19e siècle.

Un petit escalier aménagé dans le mur nord de l'abside donne accès à la salle basse, circulaire, et couverte de la coupole. La faible lumière est guidée par les profonds ébrasements des étroites baies percées à la base des murs de l'octogone.

Les sculptures romanes au-dessus du portail

Le portail, aménagé dans l'élévation occidentale, est surmonté d'une grande baie rectangulaire percée vraisemblablement au 17e siècle. Celle-ci abrite quatre ensembles de sculptures romanes illustrant des thèmes chrétiens couramment représentés au 12e siècle.

De gauche à droite, sont représentés :

- deux femmes nues, l'une allaitant des serpents, à l'ouest, la seconde des crapaud, à l'est, figures allégoriques de la Luxure,

- trois hommes barbus revêtus de longs manteaux, celui de l'ouest tenant un livre (un évangéliste ?) ; à l'est, un ange,

- deux femmes, un homme tenant un livre (l'évangéliste Jean ?) et, à l'est, deux femmes se tenant par l'épaule,

- deux femmes.

L'ange et l'une des femmes pourraient illustrer l'Annonciation, les deux femmes se tenant par l'épaule la Visitation. Il s'agirait de deux scènes de l'Enfance du Christ dont les représentations commencent à se multiplier au 12e siècle. La seconde chapelle de la Maison-Dieu, dédiée à saint Laurent et à saint Vincent, conserve une remarquable frise sculptée figurant six scènes de l'Enfance.

Les autres sculptures ne sont pas identifiées. Plusieurs femmes sont coiffées de longues nattes et vêtues de bliauds retenus à la taille par des ceintures, aux longues et larges manches, habits aristocratiques en vigueur dans la seconde moitié du 12e siècle.

Ces figures, qui constituent l'essentiel de l'actuel décor sculpté de l'Octogone, pourraient avoir été réalisées pour l'ancien cloître de la Maison-Dieu puis déposées dans la baie après son percement au 17e siècle.

Les différents usages de l'Octogone

La fonction de l'Octogone a été l'objet de nombreuses controverses. Dédiée à saint Jean au 13e siècle puis à Notre-Dame de Lorette lors de la restauration matérielle et spirituelle de la Maison-Dieu par les Augustins réformés de Bourges au 17e siècle, la chapelle est située dans un cimetière attesté à partir du 13e siècle. La salle haute était peut-être destinée au culte funéraire. La salle basse pourrait avoir servi d'ossuaire, les ossements y étant déposés par l'oculus de la coupole.

Après le rachat par le diocèse de Poitiers de l'ancienne Maison-Dieu, fermée à la Révolution, et sa transformation en séminaire, la chapelle haute a été transformée en salle d'étude avant d'être à nouveau affectée au culte. La salle basse a servi de laiterie pendant quelques années.

L'Octogone perd sa fonction cultuelle au 20e siècle.

VocablesSaint-Jean, Notre-Dame de Lorette
Destinationschapelle, ossuaire
Dénominationschapelle
Aire d'étude et cantonArrondissement de Montmorillon - Montmorillon
AdresseCommune : Montmorillon
Adresse : 4 rue des
Augustins
Cadastre : 1840 G 944 ; 2014 AE 586

Vers 1102, de retour de Jérusalem, Robert du Puy fait relever la Maison-Dieu de Montmorillon, fondée à la fin du 11e siècle sur la rive gauche de la Gartempe, près du château.

Au milieu du 12e siècle, l'établissement comprend un hôpital, une chapelle dédiée à saint Laurent et à saint Vincent et une seconde chapelle érigée dans le cimetière.

Cet édifice compte deux niveaux et est construit selon un plan centré peut-être inspiré de l'église du Saint-Sépucre de Jérusalem. Rebâtie au 11e siècle, cette dernière conserve la rotonde antique édifiée sur la grotte réputée avoir accueilli le sépulcre du Christ. Elle pourrait avoir été un des modèles des églises romanes à plan centré comme l'Octogone de Montmorillon.

Au 13e siècle, la chapelle, dédiée à saint Jean, est couverte d'une voûte gothique (Durant, 1982, p. 13).

La Maison-Dieu, et la chapelle Saint-Jean, sont endommagées au cours de la guerre de Cent ans et des guerres de Religion. En 1584, la charpente de la chapelle Saint-Jean est en mauvais état (Reix, 1978, p. 595).

En 1615, l'établissement hospitalier est rattaché à la congrégation des Augustins réformés de Bourges qui font restaurer les bâtiments anciens et en construire de nouveaux.

La chapelle bénéficie d'une importante restauration en 1630 et en 1640. La charpente est restaurée, couverte d'ardoises et de tuiles et sommée d'un lanternon. Un clocher-mur est élevé sur la chapelle orientale.

Le carrelage de la salle haute est refait, l'autel est garni « à neuf »... La chapelle peut à nouveau accueillir des offices. En cette période de réforme de l'Église catholique, où le culte de Marie et des saints est mis en avant, l'autel reçoit une nouvelle dédicace, Notre-Dame de Lorette. (Hérault, 1993, p. 17). Selon l'abbé Reix (1978, p. 596), c'est également à cette période que la baie rectangulaire au-dessus de la porte est percée et que quatre piliers avec des sculptures romanes y sont placés.

Dans la seconde moitié du siècle, les murs sont blanchis (Hérault, 1993, p. 24).

Au 18e siècle, le lanternon est remplacé par une toiture pyramidale, le clocher-mur est transformé en clocher avec chambre des cloches (Reix, 1978, p. 606).

En 1791, l'établissement conventuel est fermé, l'hôpital est déplacé. L'Octogone sert quelques temps de magasin de bois et planches à un aubergiste.

En 1806, la Maison-Dieu est achetée par le diocèse de Poitiers qui y installe un séminaire. Le sol à gradins de la chapelle haute est remblayé en 1809 pour ne faire qu'un niveau, la salle servant à l'étude ou au théâtre (Reix, 1978, p. 607).

En 1854, l'édifice sert à nouveau pour le culte. Au cours des travaux préalables à ce nouveau changement d'usage, la dépose du badigeon fait apparaître des peintures murales représentant, sous des arcades, des personnages assis tenant un instrument de musique. Il s'agit sans doute des Vieillards de l'Apocalypse (Longuemar, 1882, p. 70). En très mauvais état, les peintures murales ne peuvent être sauvegardées.

La salle basse, qui aurait servi d'ossuaire pendant plusieurs siècles, change elle aussi de fonction. Au milieu du 19e siècle, elle abrite une laiterie.

Quand le séminaire ferme ses portes en 1969, l'Octogone n'a déjà plus de fonction cultuelle.

L'édifice est inscrit sur la première liste des Monuments historiques, en 1840. Son intérêt archéologique était apparu dès le 18e siècle. L'archéologue mauriste Bernard de Montfaucon (1655-1741) estimait qu'il s'agissait d'un temple gaulois. Au début du 19e siècle, cette hypothèse est réfutée et l'édifice est interprété comme chapelle funéraire et ossuaire.

Dans les années 1980 puis en 1997-1998, une importante restauration de l'édifice est engagée. Les gradins de la salle haute sont dégagés, l'ossuaire fouillé, les charpente et toiture refaites et le lanternon du 17e siècle restitué.

Période(s)Principale : 12e siècle, 13e siècle , (?)
Principale : 17e siècle
Secondaire : 19e siècle
Secondaire : 2e moitié 20e siècle

Architecture

La chapelle est construite selon un plan centré prolongé à l'est d'une petite abside à chevet plat. Elle s'élève sur deux niveaux : une salle haute octogonale, affectée au culte, et une salle souterraine de plan circulaire qualifiée d'ossuaire au 17e siècle. La maçonnerie est soignée et les murs dotés d'un parement en pierres de taille.

La toiture présente une composition originale en trois « niveaux » : huit pans inclinés en pierre, formant une pyramide tronquée, coiffent la chapelle ; une couverture charpentée et en tuiles plates puis un lanternon constituent les deux derniers niveau de la toiture. Un clocher-mur s'élève à la jonction de l'octogone et de l'abside à chevet plat.

Les élévations sont confortées par une haute arcade aveugle légèrement brisée. La dénivellation du terrain permet d'apercevoir une banquette maçonnée à la base des murs sud.

Les élévations sont ajourées en partie haute par une baie en plein cintre et, à leur base, par une étroite ouverture éclairant la salle souterraine. À l'ouest, ces ouvertures cèdent la place au portail et à la baie rectangulaire qui le surmonte.

Le portail est composé de deux arcades en plein cintre en ressaut. Précédé de trois marches restituées lors de la restaurations des années 1990, il communique avec la chapelle haute. Au-dessus, la grande baie rectangulaire abrite quatre groupes sculptés.

La salle haute, octogonale, abrite la coupole qui couvre la salle basse. Le volume de cette voûte occupe la partie centrale de la chapelle haute et engendre une disposition interne à deux niveaux : une plate-forme supérieure, construite sur l'extrados de la coupole, et un collatéral circulaire au niveau du seuil de la porte. Une banquette en pierres est aménagée le long des murs.

Cinq gradins épousent l'extrados de la coupole et un escalier, aménagé dans l'axe du portail, permet d'accéder directement à la plate-forme supérieure et à l'abside où s'élève l'autel. Le centre de la plate-forme est percé d'un oculus polylobé qui permettait vraisemblablement la dépose des ossements dans la salle basse.

Les murs de la salle haute sont, comme à l'extérieur, confortés par des arcades aveugles.

La salle haute est couverte d'une voûte à huit quartiers rayonnants et clef annulaire. Les ogives moulurées et les formerets retombent sur des chapiteaux sculptés de feuillages reposant sur des culs-de-lampe.

L'abside qui abrite l'autel est couverte d'une voûte en berceau plein cintre et est éclairée par une petite baie en plein cintre.

Dans le mur nord de l'abside ouvre une porte qui donne accès à l'escalier communicant avec la salle basse de la chapelle.

Cette salle présente un plan circulaire et les murs un parement en pierres de taille. Une moulure souligne la naissance de la coupole. Six profondes et étroites baies aménagées dans la coupole éclairent faiblement la salle souterraine. Une seconde port, percée au sud, est aujourd'hui murée.

Le décor sculpté.

Les quatre groupes sculptés qui surmontent le portail constituent le principal décor de l'Octogone. Les sculptures sont assemblées par deux (les deux groupes externes) ou par quatre (les deux groupes internes).

Les personnages, debout, se détachent presque entièrement d'un support central. Les têtes s'inscrivent à l'intérieur d'une petite arcade.

Les figures masculines sont vêtues d'une longue tunique et d'un manteau au plissé serré ; ils sont pieds nus.

À l'exception du groupe de gauche, les femmes sont vêtues de bliauds retenus à la taille par des ceintures ; la jupe est parfois ornée de chevrons (motifs décoratif ? plis de l'étoffe?) ou tombe en plis serrés. Les manches sont longues et larges ; l'une des deux femmes représentées au revers du troisième groupe (en partant de la gauche) les porte nouées. Quatre femmes sont coiffées avec de longues nattes, les deux autres ont la tête couverte d'un court voile. Elles portent des chaussures à bout pointu.

Les vêtements et coiffures féminins représentés renvoient à la mode aristocratique de la seconde moitié du 12e siècle. Les vêtements masculins ne sont pas autant marqués dans le temps et accusent une référence à l'Antiquité.

Les figures sculptées de l'Octogone sont difficiles à identifier. Plusieurs historiens d'art ont proposé une interprétation pour certaines d'entre elles :

- 1er groupe (en partant de la gauche) : les deux femmes nues allaitant l'une des serpents (à l'ouest), l'autre des crapauds (à l'est) seraient deux allégories de la Luxure.

- 2e groupe (en partant de la gauche) : trois hommes barbus (nord, ouest, sud) et un ange à l'est. Le personnage à l'ouest tenant un livre pourrait être un évangéliste. L'ange, dont la main est levée dans un geste de parole, pourrait être l'ange de l'Annonciation à Marie.

- 3e groupe (en partant de la gauche) : une femme au nord ; un homme portant un livre identifié comme un évangéliste, peut-être Jean, à l'ouest ; une jeune femme au sud, à la longue chevelure nattée ; deux femmes se tenant par l'épaule à l'est, scène identifiée comme la Visitation.

- 4e groupe (en partant de la gauche) : deux femmes dos à dos.

Les sculptures ne sont pas à leur emplacement initial ; elles auraient été insérées dans la baie après le percement de cette dernière au 17e siècle. Selon l'abbé Reix (1978, p. 608), elles pourraient provenir du cloître roman (disparu) de la Maison-Dieu.

Les modillons de la corniche conservent des éléments romans. Ces derniers sont ornés de motifs à têtes humaines ou monstrueuses. Les modillons à copeaux ont été refaits.

Murscalcaire pierre de taille
Toitpierre en couverture, tuile plate
Plansplan centré
Couvrementscoupole sans trompe
voûte d'ogives bombée
Couverturestoit polygonal
Techniquessculpture
Précision représentations

Quatre groupes de sculptures surmontent le portail de l'Octogone. De gauche à droite, sont représentés :

- deux femmes nues, l'une allaitant des serpents (à l'ouest) et la seconde, au revers, des crapauds. Il s'agirait d'allégories de la luxure.

- trois hommes barbus, pieds nus, et revêtus de longs manteaux et, à l'est, un ange à la main droite levée. L'homme figuré à l'ouest tient un livre et pourrait être un évangéliste ; l'ange pourrait être celui de l'Annonciation.

- un homme tenant un livre à l'ouest (saint Jean), deux femmes (au nord et au sud) et, à l'est, deux femmes se tenant par l'épaule (la Visitation ?)

- deux femmes dos à dos.

Les sculptures ne sont pas à leur emplacement initial. Elles proviendraient de l'ancien cloître et auraient été insérées dans la baie après le percement de cette dernière au 17e siècle.

Plusieurs modillons de la corniche portent un décor sculpté roman (têtes humaines ou monstrueuses).

Statut de la propriétépropriété d'un établissement public
Protectionsclassé MH partiellement, 1840
Précisions sur la protection

Chapelle octogonale : classement par liste de 1840.

Annexes

  • Façades occidentales de la Maison-Dieu à Montmorillon

    Les numéros correspondent au schéma IVR54_20158602589NUCA. Par l'abbé Reix, 1977.

    1. Le bâtiment de gauche, de forme octogonale à l'extérieur et ronde à l'intérieur, souvent désigné sous le nom de " Petit Octogone ", est la cheminée ou le chauffoir, construit en 1639, pour chauffer les malades et pauvres passants hébergés à la Maison-Dieu. Chaque pauvre recevait une bûche et un fagot. Le feu se faisait par terre au milieu de la salle : les pauvres se tenaient assis sur la banquette de pierres qui faisait le tour de la salle. La fumée sortait au-dessus de la toiture, par la cheminée en pierre que l'on voit encore et par quatre cheminées en briques, détruites depuis longtemps.

    A droite de la cheminée est la Galerie voûtée la faisant communiquer avec l'Hôpital.

    2. Le mur plat entre le chauffoir et la chapelle est le mur ouest de la Maison-Dieu, grande salle d'hôpital, démolie en 1809. Cette Maison-Dieu mesurait environ 13m50 de longueur, sur plus de 13 m de largeur et 14 m de hauteur. Elle était couverte d'une suite de cinq coupoles sur pendentifs. Construite vers 1050, par trois pieux Montmorillonnais, mais dépourvue de ressources, elle fut abandonnée de tous, si bien que les voisins avaient commencé de la démolir pour en récupérer les tuiles et les pierres. Vers 1075, Robert, seigneur du Peu en la paroisse de Persac, au retour d'un pèlerinage à Jérusalem, s'y installa avec sa femme et son fils Pierre et ses serviteurs. Il la répara et put y recevoir les malades auxquels il prodigua les soins dont ils avaient besoin. Son dévouement attira à la Maison-Dieu de très nombreuses donations, tant en argent qu'en domaines, qui permirent de continuer jusqu'à nos jours l’œuvre charitable de l'ancien pèlerin.

    Le nom de Maison Dieu, comme celui d'Hôtel-Dieu veut dire : la Maison de Dieu. Cette grande salle était en réalité une église consacrée, où tous les jours on disait la messe. Dieu hébergeait les malades dans sa maison : la Maison de Dieu.

    La Maison-Dieu est restée au même endroit jusqu'à la Révolution. Elle fut alors laïcisée et devenue l'Hôpital-hospice, elle fut transportée à son emplacement actuel, dans un ancien couvent de Clarisses.

    En arrière de ce mur, on aperçoit le sommet du château d'eau construit en 1879 pour alimenter en eau le Petit Séminaire qui jusqu'alors avait été alimenté par la Font Meschain qui sourd à 1800 m de là ; par des canalisations en bois installées au 17e siècle, pour le service de la Maison-Dieu.

    Ce mur était le mur de pignon de la Maison-Dieu. Il était haut de plus de 13 m et surmonté d'un pignon triangulaire arasé quand on démolit l'antique monument en 1809.

    Sur le sol de la place, en avant de la Maison Dieu, on peut voir les fondements de la Maison de l'Hospitalier qui avait été construite en 1638 pour loger le personnel laïque employé au service de l'hôpital et servir de conciergerie à la Maison Dieu. Elle fut détruite en septembre 1912.

    3. Façade de l'église et du prieuré Saint-Vincent et Saint-Laurent.

    Cette église dont l'intérieur a été défiguré en 1859 a été construite à partir de 1120 environ, en plusieurs campagnes de construction comme le montrent les différents matériaux employés et les traces de reprises, notamment sur le mur gouttereau sud.

    Le portail est de style roman limousin polylobé, à cinq voussures concentriques ornées chacune d'un tore cylindrique partant du sol d'un côté pour faire le tour complet de l'arcature. De chaque côté, à hauteur du départ de l'arcature, une sorte de petit chapiteau sans abaque divise chaque tore et marque ainsi la séparation du tore et des deux colonnes qui le soutiennent. Ce portail fut mutilé en mars 1636, quand les Augustins qui desservaient la Maison Dieu murèrent l'arcade inférieure polylobée pour y placer la porte carrée actuelle. Pour éclairer leur église, ils ouvrirent la baie si disgracieuse qui surmonte le portail.

    Ils prirent soin néanmoins de remonter au-dessus la frise sculptée qui la surmonte et qui se trouvait primitivement directement au-dessus du portail. On voit encore à gauche une partie de l'encadrement de la première scène, ainsi que le départ de la corniche qui la protégeait des intempéries.

    La frise représente l'Enfance du Christ. De gauche à droite~1) l'Annonciation. 2) la Nativité. 3) l'annonce aux bergers. 4)la Présentation au Temple. 5) l'Adoration des Mages. 6) la fuite en Égypte.

    Les deux niches qui encadrent le portail étaient destinées à des statues disparues depuis longtemps.

    4. Le clocher de l’église du prieuré dont la construction dura elle aussi plusieurs campagnes de constructions. La flèche en fut élevée vers le début du 13e siècle. A hauteur de la cage des cloches, les quatre massifs de pierres, les " pyramidions ", avaient pour but de protéger contre les infiltrations des eaux pluviales les parties triangulaires du sommet de la tour laissées à nu par le passage du plan carré au plan octogonal. De plus, ils contribuent par leur masse à l'aplomb de l'édifice. Remarquez les petits personnages ou les masques grotesques placés au bas et à chaque angle de la flèche. Ils apportent un élément de gaieté comme les sculpteurs aimaient autrefois en égayer leur ouvrage.

    5. Entre le clocher et la tour ronde s'élevait avant le logis du prieur construit en dehors de l'enceinte conventuelle. Son emplacement, après sa démolition, servait de préau pour la prison de la ville, installée ici à la Révolution.

    La grille actuelle fut placée en 1913.

    6. La tour ronde est la cage de l'escalier construit en même temps que le logis du prieur, pour desservir en même temps celui-ci et la tour carrée qui lui fait suite.

    7. La tour carrée est la porte fortifiée de la Maison Dieu. Le rez-de-chaussée est le porche primitif datant de la fin du 12e siècle. Il donnait accès à l'intérieur du monastère, où logeaient les religieux qui desservaient la Maison Dieu.

    Les étages, construits au début du 14e siècle, furent en réalité un véritable donjon sans communication avec le porche. Outre les mâchicoulis qui défendaient les 2 portes, les petites fenêtres de l'étage supérieur, sous les combles, complétaient la défense de la tour. Chacune de ses fenêtres était en effet fermée par un volet de bois basculant autour d'un axe horizontal. On voit encore aux 2/3 de la hauteur la trace des anneaux de fer dans lesquels tournaient les tourillons de chaque volet. Le volet s'entrouvrait ainsi facilement pour permettre d'épier l'ennemi et de lui jeter les projectiles dont on avait fait provision. Il retombait par son propre poids et masquait le défenseur de la tour.

    A la fin du 16e siècle et au début du 17e, ce fut le siège de la justice du prieuré. On en avait muré les deux extrémités : la petite salle ainsi obtenue mesure 6m15 de long sur 4m55 de large. Elle est voûtée d'ogives à deux tores cylindriques reposant sur six colonnettes.

    Ce donjon faisait partie des fortifications élevées au début de la Guerre de Cent Ans pour défendre le prieuré et la Maison Dieu. Trois autres tours aujourd'hui détruites, élevées aux angles des bâtiments - moins étendus que de nos jours - et des fossés complétaient le système de défense de la forteresse. Ces fortifications furent détruites pendant les guerres de Religion et de la Ligue.

    Le premier étage de la tour fut voûté vers 1640, pour mettre les archives à l'abri de l'incendie. Ces Archives qui comptent 386 liasses ou registres sont aujourd'hui déposées aux Archives de la Vienne à Poitiers.

    8. Jusqu'en 1913, un bâtiment construit en appentis devant la tour pour servir de porterie au couvent. Après avoir abrité le portier du prieuré, il devint vers 1793, le logis du concierge de la prison de la ville avant de devenir en 1847, la conciergerie du séminaire. La vulgarité de sa construction ne fit pas regretter sa démolition en 1914. On a heureusement conservé sa porte et la baie sculptée aux insignes de l'ordre des Augustins, avec sa vieille serrure et sa clef, toujours en usage. Un procès verbal, dressé par le sénéchal de Montmorillon, nous donne les noms des ouvriers qui y travaillèrent : Jacques BARASSAT et Pierre CARION, maîtres tailleurs de pierre ; Claude AUPRETRE et Joseph LORIOUX, maîtres menuisiers, et Nicolas FRESNEAU, maître serrurier.

    9 - Le grand bâtiment qui touche la tour d'entrée et dont l'on voit une petite partie fut construit par les Augustins Réformés de la Congrégation de Bourges à partir de 1645. La façade est, qui donne sur la ville, se voit très bien du Pont-Neuf.

    Les Augustins Réformés desservirent la Maison Dieu depuis 1615 jusqu 'à la Révolution.

    10 - Le bâtiment en retour d'équerre sur la droite date de 1896, Il ferme la grande cour de récréation, ancien cimetière de la Maison Dieu, qui fut en usage depuis la fondation au 11e siècle jusqu'à la Révolution. Les lourds vantaux de la porte cochère datent eux aussi de la construction de 1645. Ils ont été remployés ici en 1896.

    11 - L'octogone qui se trouve au fond de la cour, est le charnier ou ossuaire du cimetière. Il fut construit vers le milieu du 12e siècle dans une seule campagne de construction. Il ne semble pas que la flèche que l'on imagine devant le surmonter, ait jamais existé. En 1585, il y avait déjà un certain temps que la charpente qui existait auparavant était écroulée. Elle ne fut remplacée qu'en 1638. Cette dernière était surmontée d'une lanterne octogonale en plomb et ardoises, démolie elle-même vers 1750 et remplacée par la toiture conique actuelle.

    La porte d'entrée est surmontée d'une baie rectangulaire, qui remonte aux réparations qu'il avait fallu faire en 1638, pour réparer les dommages subis par le monument. Primitivement la porte était surmontée d'une baie à plein cintre comme les autres côtés. Les blocs sculptés, placés ici lors de la restauration, proviennent de la galerie du cloître primitif ; ruiné au début du 17e siècle et transportés à leur place actuelle par les Augustins.

    Nous voyons à l'extérieur, en partant de la gauche :

    1) une femme allaitant des serpents

    2) de face et sur les côtés, 3 hommes les pieds nus, peut-être des apôtres

    3) un homme portant un livre (saint Jean ? ) et deux femmes à côté de lui

    4) une femme.

    A l'intérieur, toujours de droite à gauche :

    1) une femme

    2) deux femmes s'embrassant (la Visitation)

    3) un ange (saint Gabriel)

    4) une femme allaitant deux crapauds.

    L'intérieur du monument est composé d'une crypte souterraine, l’ossuaire, où l'on descendait par deux escaliers pour y déposer les ossements retirés des tombes rouvertes dans le cimetière. Elle est recouverte d'une voûte percée d'un oculus hexagonal. La voûte dépassait le sol de la chapelle supérieure formant une coupole garnie de marches permettant de monter jusqu'à l'oculus. Cette coupole avait un couloir de près de 2 mètres le long des murs, où se tenaient ceux qui assistaient aux messes célébrées à l'autel de l'abside du fond.

Références documentaires

Documents figurés
  • Montmorillon, chapelle octogonale. Entrée. S. d. J. H. Deverin. 258 x 198 mm. Mine de plomb, plume, lavis.

    Musée Sainte-Croix, Poitiers
Bibliographie
  • Andrault, Claude. Procès-verbaux. Bulletin de la société des Antiquaires de l'Ouest, cinquième série, tome 10, 1996.

    p. 328-329. (communication de Corinne Magré)
  • Beauchet-Filleau, Henri. Pouillé du diocèse de Poitiers. Niort (22, rue des Halles) : L. Clouzot ; Poitiers (4, rue de l'Éperon) : H. Oudin, 1868.

    p. 90, 185, 321 Bibliothèque nationale de France, Paris : 254 BEA
  • Berbuto, Marjorie, Service régional de l'archéologie (Poitou-Charentes). L'Octogone de la Maison-Dieu de Montmorillon (Vienne) : rapport de diagnostic archéologique. Poitiers : SRA Poitou-Charentes, 1994. 49 p., ill.

  • Camus, Marie-Thérèse, Carpentier, Elizabeth, Amelot, Jean-François. Sculpture romane du Poitou. Le temps des chefs d'oeuvre. Paris : Éditions A. et J. Picard, 2009.

    p. 57, 60, 84, 95, 124, 180, 194, 196, 214, 257, 385, 390-393. Fig. 34, 65, 79, 178, 197, 425, 426
  • Chappuis, René. Églises romanes françaises comportant plusieurs coupoles. Mémoires de la société archéologique et historique de la Charente, 1968.

    p. 119, 134
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  • Reix, abbé Florentin. L'Octogone de Montmorillon. Bulletin de la société des Antiquaires de l'Ouest, 4e série, t. 14, 1977-1978.

    p. 587-611 : 4 pl.
(c) Région Poitou-Charentes, Inventaire du patrimoine culturel - Dujardin Véronique
Véronique Dujardin

Chercheur, service Patrimoine et Inventaire


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- Sarrazin Christine