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Demeure et exploitation vinicole dite le Mérin d'Or

Dossier IA17043419 réalisé en 2010

Fiche

Dossiers de synthèse

Parties constituantes non étudiéescour, écurie, chai, distillerie, logement, puits, orangerie, cimetière
Dénominationsmaison, établissement vinicole
Aire d'étude et cantonEstuaire de la Gironde - Communauté de communes de Haute-Saintonge
AdresseCommune : Saint-Sorlin-de-Conac
Adresse : 33 rue du
Mérin-d'Or
Cadastre : 1828 A 1060 ; 2009 A 2733

Le domaine du Mérin d'Or est cité en 1775. Il appartient à cette époque aux Fourestier, riche famille protestante émigrée lors de la révocation de l'édit de Nantes en 1685, et rentrée en France depuis peu (voir tableau généalogique ci-joint). En 1775, Henriette Chauvin, veuve de Jérémie Fourestier, demeure au Mérin d'Or. Le domaine passe ensuite à leur fils, Jérémie Fourestier, qui y vit également. Il est maire de Saint-Sorlin-de-Cônac en 1800 puis en 1808 et à nouveau de 1830 à 1847. Son domaine est représenté sur le plan cadastral de 1828. Jérémie Fourestier meurt le 17 août 1856 au Mérin d'Or, comme l'indique son acte de décès. De son épouse, née Charlotte Fourestier, il a eu deux fils : Jérémie qui demeure au Château Saint-Sorlin dans le bourg, et Isaac-Edouard. Célibataire, ce dernier habite le Mérin d'Or et a aussi hérité de la métairie de la Parisienne, dans les marais desséchés. C'est probablement lui qui fait reconstruire la demeure du Mérin d'or pour lui donner son aspect actuel. Il y décède le 24 novembre 1875. Le domaine passe alors à sa nièce, Louise Fourestier épouse Prat. En 1889, elle en fait donation à son gendre, Alexandre Wachter, demeurant 24 quai des Chartrons à Bordeaux, négociant en vins aux établissements Eschenauer, vice-consul de Russie à Bordeaux et propriétaire du château viticole Olivier, à Leognan, au sud de Bordeaux. Il en reste propriétaire jusqu'à sa mort en 1910, de même que des métairies de la Parisienne et du Magasin, dans les marais desséchés.

Plusieurs bâtiments apparaissent sur le plan cadastral de 1828, notamment le chai, de plan irrrégulier, à gauche de l'entrée, et le logis au fond de la cour. Le chai a conservé des éléments anciens, peut-être du 18e siècle, comme une porte murée, en anse de panier, à l'intérieur. Sur le plan de 1828, le logis est relié au logement de domestique situé aujourd'hui à gauche (avec escalier extérieur).

L'ensemble a été reconstruit par la suite, vraisemblablement dans les années 1860-1870 (la nature morte qui orne le trumeau de la cheminée du salon est d'ailleurs datée 1872 et signée "B. Jolly"). L'opération aurait consisté en l'adjonction d'un haut pavillon latéral à toit en ardoise à gauche du corps principal ; en la construction d'un corps de bâtiment plus petit à l'arrière du pavillon, à l'angle nord du corps principal ; enfin, en un réaménagement de la façade sud du corps principal de manière à la rendre homogène avec celle du nouveau pavillon d'angle. Une photographie montre la façade sud du corps principal avant ce réaménagement : on y voit déjà un perron, les cinq travées d'ouvertures mais pas le fronton central ni le balcon à l'étage. C'est sans doute aussi dans les années 1860-1870 qu'a dû être construite l'orangerie et qu'a dû être réaménagé le chai.

Plusieurs membres de la famille Fourestier et alliés sont inhumés dans le cimetière privé protestant situé dans l'enceinte du domaine, au nord du chai. Si l'on en croit les archives de la famille Fourestier, y reposent (voir avec le tableau généalogique ci-joint) : Elie Renaudet, décédé le 9 avril 1836 ; Jérémie Fourestier, décédé le 17 août 1856 ; Elisabeth-Cornélie Renaudet épouse Fourestier, décédée en 1860 ; Isaac-Edouard Fourestier, propriétaire du Mérin d'Or, décédé le 24 novembre 1875 ; Pierre-Jérémie Fourestier, son frère, propriétaire du Château Saint-Sorlin, décédé le 6 juillet 1876 ; Joseph-Louis-Edouard Carrière, fils de Félix Carrière et de Berthe Prat, né le 30 mars 1877, décédé à Bordeaux le 24 juillet 1878 ; son cousin germain, Pierre-Louis-Emmanuel Wachter, fils d'Alexandre Wachter et de Louisa Prat, né en juillet 1883, décédé le 29 août 1886 ; son père, Alexandre Wachter, propriétaire du Mérin d'Or, décédé en 1910.

Période(s)Principale : 3e quart 19e siècle
Auteur(s)Auteur : auteur inconnu

Le domaine du Mérin d'Or est constitué d'un ensemble de bâtiments parmi lesquels un grand logis, dont l'austérité est probablement liée aux traditions protestantes des propriétaires d'origine, les Fourestier, et d'importantes dépendances dont la variété et l'ornementation témoignent du niveau de vie de cette famille. Le domaine est délimité par un mur de clôture interrompu par un portail principal au sud, sur la rue du Mérin d'Or, et par un second portail, au nord, sur la route de Chez-Diot. Le portail principal s'intercalle entre deux murets surmontés d'une grille. Il comprend une porte charretière centrale, encadrée par deux portes piétonnes. Le tout est supporté par quatre piliers maçonnés, les deux piliers latéraux étant plus petits que les deux centraux.

Derrière ce portail s'étend une vaste cour autour de laquelle s'élèvent de premiers bâtiments. A droite en entrant se trouve un bâtiment de plan en L qui abrite une écurie à gauche, une sellerie au centre, dans un pavillon à un étage, et un garage à droite. La sellerie, construite en partie en pierre de taille, possède un toit retroussé et débordant, à longs pans et à croupe. Il est couvert de tuiles plates et est orné d'un épi de faîtage en zinc et d'un autre en terre cuite vernissée. Le reste du bâtiment est couvert de tuile creuse. L'aile gauche, qui abrite l'écurie, est surmontée d'un fenil dont la façade, en partie couverte en pignon, est ajourée de persiennes. L'aile droite, où se trouve le garage, a sa façade sur le mur pignon et ouvre par une porte de garage en arc surbaissé. Les trois composantes du bâtiment présentent des éléments de décor communs : bandeau de niveau mouluré, encadrements des baies saillants, baies en plein cintre.

A gauche du portail et de la cour se trouve d'abord une distillerie. Elle est couverte d'un toit en tuile creuse, à longs pans et croupes, orné d'épis de faîtage en terre cuite vernissée. Le comble est accessible par un escalier extérieur en pierre. La distillerie ouvre au sud, côté rue, par deux travées d'ouvertures, dont deux oculi au comble. A la base du mur se trouve une ouverture en plein cintre, en partie enterrée. A l'intérieur de la distillerie se trouve un alambic avec au centre le chauffe-vin, placé sur un support en bois, à droite le foyer en brique surmonté de la cucurbite et du chapiteau, et à gauche le cylindre réfrigérant ou pipe, placé sur un socle en pierre de taille (voir schéma ci-joint d'un alambic type). A côté du cylindre, un pilier en pierre, réutilisé pour supporter une poutre, a pu servir auparavant de base à un chauffe-vin, comme on l'observe dans d'autres distilleries saintongeaises.

A l'arrière de la distillerie s'étend un vaste chai. Il est couvert d'un toit débordant à longs pans et à croupes, orné d'épis de faîtage en terre cuite vernissée. Le bâtiment ouvre au nord par une double porte surélevée et par trois travées d'ouvertures, chacune composée d'une porte en plein cintre, à clé de linteau saillante, et d'une fenêtre passante, également en plein cintre et à clé saillante, surmontée d'un toit débordant. Le chai abrite des cuves en béton. Une porte en plein cintre aujourd'hui murée permettait de communiquer entre le chai et la distillerie. Un logement de domestiques se situe dans le prolongement du chai, au sud-est, côté distillerie.

Le logis s'élève au fond de la grande cour. Il comprend un corps principal de plan rectangulaire, à un étage, couvert d'un toit en tuile creuse ; un pavillon d'angle, à gauche du précédent, à un étage et un étage de comble, couvert d'un haut toit en ardoise ; et un troisième corps de bâtiment, à l'arrière, dans l'angle nord, à un étage et couvert d'un toit en tuile creuse. Pour chacun de ces trois éléments, le toit possède des croupes et des épis de faîtage, en terre cuite pour le corps central et celui à l'angle nord, en zinc pour le pavillon d'angle. L'ensemble possède un étage de soubassement, visible côté rue. Un perron donne alors accès au rez-de-chaussée surélevé du corps de bâtiment central.

La façade principale de ce dernier est très sobre. Elle est rythmée horinzontalement par des bandeaux de niveau moulurés et par une corniche à denticules. Ordonnancée, elle présente deux travées d'ouvertures à droite, une travée centrale qui forme l'axe de symétrie, et, à gauche, une fenêtre triple au rez-de-chaussée surmontée de deux fenêtres à l'étage. La travée centrale est encadrée par des dosserets dont le traitement en bossage se retrouve sur les angles du bâtiment. Surmontée d'un fronton, la travée comprend la porte au rez-de-chaussée, en haut du perron, et une porte-fenêtre à l'étage, munie d'un balcon qui repose sur trois consoles dont l'une constitue aussi la clé de linteau de la porte. A gauche, la façade du pavillon d'angle à toit en ardoise est à peine plus ornée. On y retrouve les bandeaux de niveau, la corniche à denticules et les angles traités en bossage. La hauteur du pavillon est accentuée par l'alignement des ouvertures, toutes des baies jumelles, en une travée. A l'étage, une double porte-fenêtre est surmontée d'un fronton brisé interrompu par une boule, et donne sur un balcon en pierre supporté par trois consoles identiques à celles du corps de bâtiment principal. Le comble est éclairé par une lucarne à fronton et à ailerons, tout comme sur le côté gauche du bâtiment. C'est aussi la sobriété qui marque la façade arrière du logis, ornée uniquement d'un bandeau de niveau et d'une corniche. Au rez-de-chaussée du corps principal, on remarque une porte et deux fenêtres plus basses que les autres ouvertures et au linteau délardé. Devant cette façade se situe un puits à margelle ronde en pierre de taille. Son mécanisme est suspendu à la structure en bois couverte de métal qui abrite le puits.

A l'intérieur du logis, lorsqu'on y pénètre par la façade principale et son perron, un couloir cenrtal donne accès à des pièces de part et d'autre et à l'étage par un escalier tournant en bois situé au fond. Le plafond de ce couloir est lambrissé. Les portes qui donnent sur les pièces de chaque côté présentent un encadrement en bois, avec un linteau orné d'une corniche. Dans la pièce de gauche se trouve une cheminée avec montants, linteau et trumeau en bois et foyer en métal.

Plusieurs autres bâtiments entourent le logis. A l'arrière, vers l'est, se trouvent une dépendance, ornée d'une génoise, et, au-delà d'un mur de clôture, une orangerie. Celle-ci est couverte d'un toit à longs pans et à croupes, en tuile creuse, orné là encore d'épis de faîtage en terre cuite vernissée. Le bâtiment est composé d'un rez-de-chaussée et d'un comble accessible par un escalier extérieur en pierre. Couronnée par une double génoise, la façade présente trois travées d'ouvertures ordonnancées, avec porte centrale. Chacune comprend au rez-de-chaussée une large baie à arc surbaissé et à clé de linteau saillante, et un œil-de-bœuf au niveau du comble.

A l'opposé du logis, à sa gauche, se situe un logement de domestique qui devait être autrefois relié au logis (selon le plan de 1828). Il comprend un premier corps de bâtiment dont le comble est accessible par un escalier en pierre extérieur, avec double génoise au sommet des façades, et toit à croupe orné d'un épi de faîtage en terre cuite vernissée ; et un second corps de bâtiment, perpendiculaire au premier, également orné d'une double génoise, d'une corniche sur le mur pignon est, et d'un épi de faîtage en terre cuite vernissée surmontant la croupe du toit au-dessus de l'autre pignon. A côté de ce logement, il s'en trouve un autre, accolé à un hangar et appelé "maison des Espagnols" : il abritait, selon la tradition orale, des ouvriers agricoles saisonniers venus d'Espagne pour les vendanges. Une mare occupe l'espace délimité par ces deux logements.

Enfin, à l'extrémité nord du chai, se trouve le cimetière privé protestant de la famille Fourestier. Délimité par les murs de plusieurs dépendances et par un mur de clôture interrompu par une porte piétonne, il comprend quatorze tombeaux répartis de part et d'autre d'une allée centrale. Une grande croix en marbre blanc est fixée sur le mur du fond. Parmi les tombeaux, plusieurs ont la forme d'un sarcophage posé sur deux pieds. D'autres ne sont constitués que d'une simple dalle.

Murscalcaire
enduit
moellon
pierre de taille
Toittuile creuse, ardoise
Étagesétage de soubassement, rez-de-chaussée surélevé, 1 étage carré, étage de comble
Élévations extérieuresélévation ordonnancée
Couverturestoit à longs pans
croupe
Escaliersescalier de distribution extérieur
Techniquessculpture
peinture
Précision représentations

Les quatre piliers du portail présentent un décor sculpté. On observe un pilastre sur la face avant de chaque petit pilier latéral et une boule au sommet. Les deux grands piliers centraux présentent chacun un acrotère et un pilastre dont le chapiteau est orné de volutes reliées par une guirlande végétale.

A l'intérieur du logis, le trumeau de la cheminée, en bois, intègre une nature morte qui représente une coupe de fruits, du gibier (lièvre et canard colvert) et un couteau posés sur une table. Le foyer de la cheminée, en métal, est parsemé de fleurs de lys.

Statut de la propriétépropriété privée
Intérêt de l'œuvreà signaler

Références documentaires

Documents d'archives
  • A. D. Charente-Maritime. 3E 70/899. 1856, 10 novembre : devant Lys, notaire à Saint-Ciers-du-Taillon, partage entre Isaac et Jérémie Fourestier des biens de leurs parents. L'ensemble comprend le Mérin d´Or, le domaine de Saint-Sorlin et deux métairies dans les marais. Edouard reçoit le Mérin d´Or et la Parisienne. Jérémie reçoit Saint-Sorlin et la Bordelaise.

  • A. D. Charente-Maritime. 3P 4097. 1828 : tableau indicatif des propriétés foncières, état de section.

  • A. D. Charente-Maritime. 3P 4098 à 4102. 1831-1939 : matrices cadastrales des propriétés foncières.

  • A. D. Charente-Maritime. 3Q 6497, folio 522 : transcription de l´acte de liquidation et partage de la communauté qui existait entre Pierre Jérémie Fourestier et son épouse née Renaudet, devant notaire à Saint-Ciers-du-Taillon, le 24 mai 1860. A. D. Charente-Maritime. 3Q 6548, folio 41 : transcription de l´acte de donation partage par Louise-Lafoi Fourestier dite Elise veuve Prat, demeurant au bourg de Saint-Sorlin, en faveur de ses deux filles épouses Carrière et Wachter, le 29 septembre 1889 devant Coudret, notaire à Saint-Thomas-de-Cônac.

  • A. D. Charente-Maritime. Registres de l'état civil de Saint-Sorlin-de-Cônac en ligne sur le site Internet : http://www.charente-maritime.org/conseil_general_17/archives_departementales.

  • Archives privées, archives de la famille Fourestier-Carrière-Gros.

Documents figurés
  • A. D. Charente-Maritime. 3P 4941. 1828-1842 : plan cadastral de Saint-Sorlin-de-Cônac.

  • Plan cadastral de Saint-Sorlin-de-Cônac établi entre 1828 et 1842.

    Archives départementales de la Charente-Maritime, La Rochelle : 3P 4941
Bibliographie
  • Bungener, Eric. Filiations protestantes, vol. 1, t. 3, 2001.

  • Chasseboeuf, Frédéric. Châteaux, manoirs et logis : la Charente-Maritime. Prahecq : éditions Patrimoines et médias, 2008.

  • Le canton de Mirambeau, Mémoire en Images, Ed. Alan-Sutton, 2003.

Multimedia
  • Site internet de l'Inventaire du patrimoine de Poitou-Charentes, dossier en ligne sur le patrimoine industriel.

(c) Région Poitou-Charentes, Inventaire du patrimoine culturel - Suire Yannis
Yannis Suire

Chercheur au Service de l'Inventaire du patrimoine de Poitou-Charentes puis Nouvelle-Aquitaine de 2005 à 2017, directeur du Centre vendéen de recherches historiques depuis 2017.


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