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Ferme dite Cigogne

Dossier IA00043553 réalisé en 2019

Fiche

Dossiers de synthèse

Parties constituantes non étudiéescour, puits, chapelle, grange, étable, écurie, fournil
Dénominationsferme
Aire d'étude et cantonVallée de la Sèvre Niortaise, Marais poitevin
AdresseCommune : Saint-Jean-de-Liversay
Lieu-dit : Cigogne
Cadastre : 1811 A 1 ; 2019 ZY 88, 90

La métairie de Cigogne faisait partie de ces petits établissements mi-religieux mi-agricoles créés en plein coeur des marais dès le Moyen Âge, bien avant le dessèchement de ces derniers (qui n'eurent lieu autour de Cigogne qu'au milieu du 17e siècle). Etablie sur un îlot portant le même nom, Cigogne appartient à la fin du Moyen Âge (et sans doute avant) au monastère Saint-Gilles de Surgères, une aumônerie fondée au 11e siècle. En 1326, la liste des contributions levées par le pape Jean XXII sur la province de Bordeaux et le diocèse de Saintes, mentionne le "prior de la Cigonghe", dépendant de l'archiprêtré de Surgères. En 1554, Jehan de Chasteaubriant, prieur de Saint-Gilles, arrente la "maison de Cigougnes avec toutes ses appartenances de maisons, terres, prés, bois, marais, pêcheries" et aussi la chapelle qui s'y trouve, à Nicolas Babin, laboureur qui y demeure déjà, successeur de Jehan Babin, son père, qui avait passé la même baillette en 1528. La baillette est passée en échange du paiement de quatre livres, quatre chapons et un demi-millier d'anguilles par an. Pendant les guerres de Religion, Cigogne n'échappe pas aux combats et sans doute aux destructions. Le 23 octobre 1572, un capitaine catholique du nom de du Vigean est attaqué par des protestants "dans sa retraite du hameau de Cigogne". En juillet 1586, l'île de Cigogne est mentionnée comme l'une des bases des troupes catholiques préparant le siège de Marans.

Après le siège de La Rochelle de 1627-1628, l'aumônerie Saint-Gilles de Surgères et tous ses biens sont donnés par le roi Louis XIII aux minimes de La Rochelle. La paix revenue, ces derniers profitent des dessèchements de marais lancés au milieu du 17e siècle pour valoriser leur bien. Dès avant le début des travaux dans les marais de Saint-Jean-de-Liversay, ils font venir de nouveaux colons à Cigogne. Le 10 juin 1652, un "Flamand de nation", c'est-à-dire un Hollandais, Piter-Corneille Hocbon est mentionné comme fermier de la métairie de Cigogne. Ne sachant pas parler français, il s'exprime "par la bouche et organe" de son fils. L'exploitation de Cigogne est confiée quelques années plus tard à Louis Blanchet dont la fille, Bastienne se marie en 1657 à Marans avec Louis Guérin. Louis Blanchet demeure encore à Cigogne en 1678. Le 3 octobre 1663, les minimes de Surgères s'entendent avec la Société des marais desséchés de Taugon-La Ronde-Choupeau-Benon pour pouvoir dessécher leurs marais de Cigogne en utilisant le canal de la Banche dont ils autorisent en échange le passage sur leur propriété. Placée à l'extrémité d'un des principaux canaux de Cigogne, une vanne ou bonde permettra l'écoulement de l'eau dans ledit canal, en échange d'une participation financière à son entretien. Les minimes pourront aussi établir par-dessus le canal de la Banche un pont permettant d'accéder à leurs marais (pont de Cigogne).

Quant à la chapelle de Cigogne, site d'un pèlerinage rendu à saint Guinefor ou Gunifor (martyrisé au 3e siècle et fêté le 22 août) et à saint Gilles (vivant au 8e siècle et célébré le 1er septembre), et dont l'origine n'est pas connue, elle est mentionnée le 8 février 1718 dans une déclaration de biens rendue par les minimes de Surgères. Ce document indique "la maison de Sigogne où il y a une chapelle fondée de Saint Guinefor". A la même époque, en 1720, l'île de Cigogne et sa chapelle apparaissent sur la carte de la région par Claude Masse. L'accès s'effectue alors via la digue qui relie Cigogne et Thairé-le-Fagnoux. C'est aussi en ce début du 18e siècle que s'élève un contentieux entre les minimes de Surgères, propriétaires de Cigogne, et la Société des marais desséchés de Taugon-La Ronde-Choupeau-Benon au sujet de l'utilisation du canal de la Banche. Entre 1719 et 1740, quatre arrêts du Parlement de Paris viennent condamner les minimes à payer leur dû à la Société (ce type de contentieux se répète à plusieurs reprises aux 18e et 19e siècles). Dans les années 1770, Jean-Charles-Thomas Becquet, bourgeois, époux de Catherine Texier, est mentionné comme demeurant à Cigogne. Il en est le fermier pour le compte des minimes de Surgères, et en sous-afferme l'exploitation à des cultivateurs, comme Simon et Pierre Albert, en janvier 1776. En 1785, sa fille, Marie-Antoinette-Victoire Bequet, demeurant à Cigogne, épouse Augustin Texier, marchand et fermier à Marans.

Les minimes de Surgères se défont finalement de Cigogne en 1784, après des siècles de possession. La "cabane de Cigogne", qui comprend des "bâtiments, cours, jardins, chapelle, marais desséchés et non desséchés", est alors acquise par Luc-René Denfer du Clouzy (1736-1807), demeurant à Fontenay-le-Comte, un notable dont la famille est déjà bien implantée à Vix et dans les environs (sous la Révolution, il est commandant de la garde nationale de Fontenay-le-Comte et directeur de la Société des marais desséchés de Vix-Maillezais). Peut-être est-ce lui qui fait agrandir la partie nord-est du logis dont le style architectural accuse la seconde moitié du 18e siècle, quand le reste, au sud-ouest (avec porte en plein cintre), paraît plus ancien (17e siècle ?). Au cadastre de 1811-1813, Cigogne appartient à son fils, Pierre-Marie Denfer du Clouzy (1769-), officier sous la Révolution, époux de Jeanne Gallot des Orières. Le plan cadastral (comme la carte par Claude Masse en 1720) montre le logis avec une courte aile en retour d'équerre au nord, et la chapelle au nord de l'ensemble, ainsi qu'un autre bâtiment (dépendance ?) au nord-est de celle-ci (à l'emplacement de la seconde ferme aujourd'hui observé sur le site). Le reste des bâtiments actuels (dépendances au nord-est de la cour) n'existe pas encore.

Au cours du 19e siècle, Cigogne est, comme auparavant, confiée à des fermiers successifs. En 1838, l'inventaire après décès des biens de Marie-Anne Plaire, épouse de Jean-Louis ou François Filloneau, fermier à Cigogne, mentionne la chapelle comme "une simple chambre" n'accueillant plus de culte mais abritant des roues de carrioles. Au recensement de 1846, François Fillonneau, remarié avec Marie-Anne Mandineau, y est toujours cabanier avec ses quatre enfants et six employés. Lui succède son fils, Jean-François Fillonneau, époux de Rose Clavurier. La famille Fillonneau reste à la tête de l'exploitation pendant tout le 19e siècle. En 1901, Jules Filloneau, fils des précédents, né en 1863 à Cigogne, époux de Marie-Louise Renaud et qui exploite des machines agricoles, fait construire un entrepôt dans le bourg de Saint-Jean-de-Liversay. Mais selon les recensements de l'époque, il n'habite déjà plus à Cigogne. Au recensement de 1906 et jusque dans les années 1920, la ferme est exploitée par Pierre Guenon et Marie Manteau, puis par leur fils Léandre Guenon. Dans les années 1940, elle appartient à M. Roulet et à M. Coyreau des Loges.

Quant au culte rendu dans la chapelle à saint Gilles et saint Gunifor, il est réhabilité dans les années 1940 par l'abbé Raud, curé de Saint-Jean-de-Liversay, et prend alors la forme d'un pèlerinage à la Vierge, ici dénommée Notre Dame de Cigogne ou Marie reine de la Plaine et du Marais. Le pèlerinage, célébré fin août-début septembre, est actif jusqu'aux années 1960 (avec une interruption pendant la Seconde Guerre mondiale au cours de laquelle Cigogne est réquisitionnée par les troupes allemandes). On vient prier les deux saints en faveur des infirmes et des malades, les enfants notamment. Selon la tradition, il convient de brûler trois cierges devant le tableau représentant les deux saints afin d'obtenir leur intercession, mais aussi de placer la tête de l'enfant malade (ou "le mettre en boîte") dans une niche placée dans le mur à côté de l'autel. Ce pèlerinage tombe en désuétude dans les années 1960-1970. La tempête de décembre 1999 endommage une partie des bâtiments, notamment la chapelle, depuis lors en ruines.

Période(s)Principale : 17e siècle, 2e moitié 18e siècle

La ferme, encore en activité, est située sur un îlot calcaire, à quelques centaines de mètres à l'ouest du hameau de Thairé-le-Fagnoux. Les bâtiments sont rassemblés au nord d'une vaste cour dans laquelle se trouve un puits à l'usage indéterminé (départ de souterrain que la tradition orale assure relié au moulin Etien, à Thairé-le-Fagnoux ?). Sur le côté nord-est de la cour se trouve une vaste grange-étable-écurie à façade en partie sur le mur pignon.

Le logis s'élève en face, sur le côté nord-ouest de la cour. Il est constitué de deux corps de bâtiments dans le prolongement l'un de l'autre. Le corps ouest est en simple rez-de-chaussée avec grenier. Il présente six travées d'ouvertures, dont une porte avec arc en plein cintre et clé de linteau saillante sur laquelle est gravée une forme géométrique (disque traversé de rayons et inscrit dans un carré). Le corps de bâtiment oriental est, lui, haut d'un étage et d'un étage en surcroît (lequel semble résulter d'un abaissement possible du bâtiment, avec suppression d'un second étage). La façade de ce second corps, caractéristique du 18e siècle, présente trois travées d'ouvertures, avec pleins de travées appareillés. Les baies, larges, possèdent chacune un linteau en arc délardé et un appui saillant. Une corniche couronne l'élévation.

A l'arrière de ces différents bâtiments, au nord, se trouve l'ancienne chapelle, lieu de l'ancien pèlerinage. A l'état de ruines, il s'agit d'un corps de bâtiment avec toit à longs pans, prolongé au sud par un autre en appentis.

Murscalcaire moellon enduit
Toittuile creuse
Étages1 étage carré, étage en surcroît
Couverturestoit à longs pans
TypologiesFerme à bâtiments séparés, Grange-étable à façade en pignon, 9
Statut de la propriétépropriété privée
Intérêt de l'œuvreà signaler

Annexes

  • Note sur le pèlerinage de Cigogne (Bulletin paroissial de Marans, septembre 1949, coll. part.)

    "La chapelle de Cigogne est le reste d’un ancien monastère tenu par des moines dépendant de l’abbaye de Surgères. C’est pour cette raison que l’on vénérait de façon toute particulière saint Gilles, patron des moines, puis saint Guinefort, qui fut chevalier. De tout le Marais et de toute la plaine, on accourait pour demander la guérison des enfants malingres. Les suppliants allumaient trois cierges devant le tableau représentant les deux saints aux pieds du Christ en croix. Le premier cierge éteint donnait le diagnostic : devant le Christ, c’était la mort ; devant saint Gilles, c’était la durée du mal ; devant saint Guinefort, c’était la guérison. Ces croyances populaires étaient tombées, depuis longtemps, en désuétude. La chapelle de Cigogne, enserrée entre des étables et une bergerie, était ignorée. Une ancienne propriétaire y avait cependant placé une antique statue de la Vierge Marie. Elle fut découverte par Monsieur l’abbé Raud, curé de Saint-Jean-de-Liversay, lors de ses visites. Sa dévotion à la Sainte Vierge le poussa à restaurer l’antique pèlerinage, mais cette fois sous le vocable de Marie, Reine de la Plaine et du Marais. Les propriétaires de "l’île de Cigogne", Messieurs Roulet et Coireau des Loges, consentirent volontiers à restaurer la chapelle et à accueillir, chaque année, le dimanche dans l’Octave de l’Assomption, le pèlerinage. C’est une tradition maintenant établie et cette année, la foule de pèlerins fut plus dense que jamais. La journée fut présidée par Monseigneur Viaud, vicaire général qui, à la fin des offices, tira des conclusions de cette fête. Le nouveau doyen de Courçon, M. l'abbé Guérande, fut le prédicateur et le célébrant de la messe en plein air. M. l'abbé Raud, devenu aumônier diocésain du Mouvement des Foyers Ruraux, avait repris pour quelques jours la charge de curé de Saint-Jean et dirigeait la prière. L’après-midi, le clergé se grossit de messieurs le curé de l’Ile-d'Elle, l’aumônier du monastère, M. le doyen de Marans et M. le curé du Gué-d’Alleré. Après le sermon, la procession se déroula autour de l’île et fut suivie du salut du Saint-Sacrement. Dans la chapelle, délicatement ornée de guirlandes de glycine, les cierges brûlent devant la statue de Marie. Ce 21 août 1949 a été une journée de piété."

Références documentaires

Documents d'archives
  • Notes Merier, chapitre 25, Guerres de Religion de 1534 à 1686, d'après l'Histoire universelle de De Thou.

    Archives départementales de la Charente-Maritime, La Rochelle : E dépôt 86/228, archives municipales de Marans déposées
  • 1678, 19 avril : quittance entre Pierre Blanchet, laboureur à la Folie des Alouettes, à Marans, et son père, Louis Blanchet, laboureur à Cigogne, à Saint-Jean-de-Liversay.

    Archives départementales de la Charente-Maritime, La Rochelle : E 562
  • 1652, 10 juin : acte notarié mentionnant Piter-Corneille Hocbon, fermier à la métairie de Cigogne, à Saint-Jean-de-Liversay.

    Archives départementales de la Charente-Maritime, La Rochelle : 3 E 31/29, fol. 48
  • 1771, 19 septembre : partage des biens de Jeanne-Antoinette Poullet entre ses nombreux neveux et petits-neveux Texier (dont Jean-Charles-Thomas Belquet, époux de Catherine Texier, demeurant à Cigogne).

    Archives départementales de la Charente-Maritime, La Rochelle : 3 E 47/90
  • 1838, 1er juin : inventaire après décès des biens de Marie-Anne Plaire, épouse de François Fillonneau, demeurant à Cigogne, commune de Saint-Jean-de-Liversay.

    Archives départementales de la Charente-Maritime, La Rochelle : 3 E 47/93
  • 1776, 30 janvier : sous-ferme de la métairie de Cigogne, à Saint-Jean-de-Liversay, par Jean-Charles-Thomas Bequet à Simon et PIerre Albert, pour cinq ans.

    Archives départementales de la Charente-Maritime, La Rochelle : 3 E 66/366
  • 1663, 3 octobre : accord entre la Société des marais desséchés de Taugon-La Ronde-Choupeau-Benon et les minimes de Surgères au sujet du passage du canal de la Banche sur les marais de Cigogne, à Saint-Jean-de-Liversay ; 1706-1874 : contentieux au sujet des marais de Cigogne.

    Archives départementales de la Charente-Maritime, La Rochelle : 31 ETP, archives de la Société des marais desséchés de Taugon-La Ronde-Choupeau-Benon, carton 8, chemise A
  • 1554, 2 septembre : arrentement de la maison de Cigogne par Jehan de Chateaubriant, prieur de Saint-Gilles de Surgères, à Nicolas Babin.

    Archives départementales de la Charente-Maritime, La Rochelle : H 67
  • 1813, 1824-1954 : état de section, matrices et registres des augmentations et diminutions cadastrales de Saint-Jean-de-Liversay.

    Archives départementales de la Charente-Maritime, La Rochelle : 3 P 3584, 3585 à 3593
  • Censifs du monastère Saint-Gilles de Surgères.

    Médiathèque Michel-Crépeau, La Rochelle : Ms 130 et 314
  • 1718, 8 février : déclaration de biens par les minimes de Surgères.

    Médiathèque Michel-Crépeau, La Rochelle : Ms 336
Documents figurés
  • 1720 : Carte du 46me quarré de la generalle des costes du Bas Poitou païs d'Aunis Saintonge et partie de la Basse Guienne, par Claude Masse.

    Service historique de la Défense, Vincennes : J10C 1293, pièce 17
  • 1811 : plan cadastral de Saint-Jean-de-Liversay.

    Archives départementales de la Charente-Maritime, La Rochelle : 3 P 5079
  • Vers 1980 : photographies de la chapelle de Cigogne, à Saint-Jean-de-Liversay.

    Archives diocésaines de La Rochelle-Saintes, La Rochelle : P Marans 30
Bibliographie
  • DEPOIN, J., La levée des subsides du pape Jean XXII sur la province de Bordeaux et le diocèse de Saintes, Archives historiques de la Saintonge et de l'Aunis, t. 45, 1914, p. 185-214.

    p. 200
  • GOULART, Simon. Mémoires de la Ligue contenant les évenemens les plus remarquables depuis 1576 jusqu'à la paix accordée entre le roi de France et le roi d'Espagne en 1598, Amsterdam, 1758 (consulté sur histoirepassion.eu le 20-5-2020).

  • SCHMITT, Jean-Claude, Le saint lévrier. Guinefort, guérisseur d'enfants depuis le XIIIe siècle, Paris, Flammarion, 1979, 2e éd. 2004, 282 p.

  • SIMONNEAU, Augustin (abbé), Légendes des marais de la Sèvre niortaise et de la Vendée, 1902.

    p. 49
(c) Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel (c) Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel ; (c) Centre vendéen de recherches historiques (c) Centre vendéen de recherches historiques - Suire Yannis
Yannis Suire

Chercheur au Service de l'Inventaire du patrimoine de Poitou-Charentes puis Nouvelle-Aquitaine de 2005 à 2017, directeur du Centre vendéen de recherches historiques depuis 2017.


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Jean-Claude Bonnin

Historien à La Rochelle.


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