Logo ={0} - Retour à l'accueil

La Rochelle Faubourgs : présentation du quartier de La Genette

Dossier IA17010816 réalisé en 2004

Fiche

Dossiers de synthèse

Œuvres contenues

Aires d'étudesRochelle faubourgs (La)
AdresseCommune : La Rochelle
Lieu-dit : la Genette

Les espaces situés à l´ouest des remparts de la ville de La Rochelle faisaient jadis partie de la paroisse de Saint-Maurice. Les sièges successifs que la ville eut à subir, en particulier ceux de 1572-1573 et de 1627-1628, dévastèrent profondément cette zone qui servait en fait de terrain de manoeuvre aux assiégeants. Elevé à environ un kilomètre des remparts, renforcé en 1625 et 1627 par les royaux alors que, selon les termes de la paix de Montpellier, il aurait dû être détruit, le Fort Louis est au point de départ du Grand Siège. Ce n´est qu´ensuite qu´il sera démoli. En 1700, le projet Ferry de relever le fort et de le relier au système des remparts de la ville, en incluant dans les murs ce qui deviendra plus tard nos quartiers, n´eut pas de suite.

Au XVIIIème siècle, ces parages s´égaient un peu, en même temps que se fait jour un plus grand besoin de promenade champêtre. Le Mail, auquel on accède depuis la ville par la poterne des deux Moulins, était déjà utilisé au XVIe siècle pour y donner des fêtes. En 1705, la promenade est plantée de quatre rangées d´ormeaux et prend le nom de cours Matignon, en hommage au gouverneur Goyon de Matignon.

Plus au nord, au pied des fortifications de la ville, une zone marécageuse, désignée comme marais salants sur la carte de 1572, s´étend jusqu´au chemin de la Genette, qui relie le rivage à la route de Laleu (actuelle avenue Leclerc). Le tracé sinueux de celui-ci s´est conservé dans la voirie actuelle, par les rues Jeanne d´Albret et de la Briquetterie. De ce côté, on ne peut sortir de La Rochelle que par la Porte Neuve, qui ouvre sur un chemin longeant la contrescarpe (actuelle avenue de la Porte Neuve), relié à la route de Laleu à proximité du cimetière de la Charité.

Vers l´ouest, le sol monte en pente douce jusqu´à Saint-Maurice, et plus particulièrement jusqu´à la ferme de Port-Neuf qui culmine à une vingtaine de mètres. Dans toute cette zone, on rencontre quelques domaines au milieu des champs, dont les noms se sont conservés jusqu´à nos jours : la Genette, l´Epine, Port-Neuf, la Ferté.

Cette situation change peu durant la première moitié du XIXe siècle. L´attrait des bains de mer se fait cependant jour, attirant les Rochelais près du rivage, où les établissements spécialisés vont s´élever. Ce seront d´abord les bains Marie-Thérèse, inaugurés en 1827, qui étaient situés à l´emplacement du casino. En 1850, on ouvre les bains Jagueneau, devenus plus tard les bains Richelieu, beaucoup plus éloignés de la ville. Enfin, les bains Louise, ouverts en 1867 étaient destinés aux milieux modestes.

Au nord du Mail, quelques parcelles vont être loties sensiblement avant le percement du front ouest, en 1886. Ainsi apparemment dans le plus grand désordre, quelques voies nouvelles ont-elles été tracées : la rue de la Pépinière, les rues Emile Racaud et Georges Emonin, ainsi que la rue Jean Godefroy (ancien chemin vicinal n°4). De riches Rochelais font aussi élever des demeures somptueuses, à l´allure de petits châteaux, et qui déclinent sur tous les tons l´éclectisme architectural de la fin du XIXe siècle. Ce sont les villas du Fort-Louis, Mulhouse, richelieu, des Acacias, ou bien encore, le chalet du Mail.

Durant toutes ces années, la grande question dont dépendait en fait l´avenir de notre quartier, a été celle du percement des remparts, dans le but d´y ouvrir des voies d´accès nouvelles pour relier le port en eaux profondes de la Pallice, dont le creusement avait débuté en 1881. Malgré l´évident caractère obsolète des fortifications, le génie militaire parvint à contrarier six années durant les efforts de la municipalité pour y parvenir. Ce n´est qu´en 1886 que les autorisations furent enfin accordées. Le prolongement de la route nationale 22 allait permettre le percement de l´avenue Guiton, tandis que la nationale 21, prolongée jusqu´à la place d´Armes, ne nécessiterait désormais plus le détour par la Porte Neuve. Tout allait maintenant aller très vite, et l´avenue Coligny, en reliant le Mail à ces deux grandes voies, allait donner son axe principal au quartier naissant. En complément de ce quadrillage à peu près orthogonal, l´ancien réseau de voirie déjà constitué fut conservé et complété. Tout cela donne au tracé des rues un caractère plutôt hétéroclite. Sur les grandes voies rectilignes, de belles demeures à l´aspect cossu vont continuer de s´élever à l´initiative de la bourgeoisie locale : avenue Leclerc, avenue Coligny, et, dans une moindre mesure, avenue Guiton. Le dernier tronçon du Mail vers l´est à avoir été loti est caractéristique de ce type de demeures. Dans les petites rues adjacentes, un habitat beaucoup plus modeste domine, souvent fait de maisons de plein pied : avec une exception de taille, le rue Jeanne d´Albret qui concentre les plus belles demeures de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle. Malgré bien des reconstructions ultérieures, ce contraste a subsisté jusqu´à nos jours.

La population du quartier augmente alors sans cesse. Au début du XXe siècle, il comptait 1600 habitants, dans une ville où on en dénombrait 33000. Les terrains situés au pied des anciennes fortifications du front ouest allaient être très vite plantés d´arbres et convertis en parc, et cela en partie grâce au legs consenti par Mlle Adèle Charruyer. Au-delà, vers l´ouest, jusqu´à l´arrière des maisons des rues Jeanne d´Albret, de la Pépinière et de la Briquetterie, il subsistera, encore et pour longtemps, de vastes espaces inhabités, parfois occupés par des garages ou des entrepôts.

Annexes

  • Aménagements autour du Mail

    Lorsqu'on observe le plan cadastral de 1810, 17 ans avant l'ouverture des Bains, on s'aperçoit qu'autour du Mail il n'existe qu'une dizaine de constructions dont certaines sont des corderies comme celle établie sur les parcelles n° 33 et 40 que possède un certain M. Mounier, cordier en son état. De véritables maisons, on peut estimer leur nombre à huit tout au plus. Dans les trente ans qui suivent la création des Bains du Mail, et sans compter ceux-ci, dix nouvelles constructions ont vu le jour, dont neuf sont des maisons. On ne peut tout de même pas parler de rapine sur les parcelles à proximité de l'établissement. Et pourtant certains phénomènes sur le site démontrent que cet établissement a un réel impact sur la localité.

    La première information que nous donne le registre cadastral est qu'il n'existe pas, dès les tous débuts de l'établissement, une politique d'urbanisme délibérée de la part des actionnaires des Bains. Des actionnaires initiaux, seulement trois d'entre eux, ont acquis des parcelles et seulement un les gardera un temps significatif. Cependant un personnage important de la ville, M. Emmery (maire de La Rochelle de 1842 à 1848, puis de 1860 à 1867), qui devient actionnaire des Bains par la suite et même son président en 1860, réalise une vaste opération foncière de 1847 à 1857, avec l'achat de pas moins de huit parcelles dont une avec une maison. Il cède même un de ces terrains en 1853 à l'établissement du Mail. Deux autres rochelais s'approprient des terrains de façon significative au lieu-dit de Fort-Louis, M. Paris négociant et M. Sanier (graveur) qui y font construire des maisons. Le cas de M. Sanier est révélateur de l'engouement qu'opèrent les bains de mer chez les artistes, puisque ce graveur a, entre autres, oeuvré sur l'hôtel des bains de l'établissement Marie-Thérèse. Ces trois cas plus singuliers que les autres stigmatisent une tendance générale qui s'opère sur le site. En effet, alors que jusqu'ici, les terrains environnants étaient la propriété de personnes n'habitant pas la ville même mais des faubourgs, au milieu du siècle toutes les parcelles ou presque appartiennent à des rochelais.

    Si ces éléments viennent démontrer que les rochelais s'accaparent leur proche environnement rural, quelques exceptions viennent contredire la règle. Ainsi M. Fradin, négociant de Paris, qui acquiert deux terrains face à la mer, à proximité des Bains, et y fait construire une maison. Il reste pratiquement dix ans à cet endroit avant de vendre ses parcelles dont une à l'établissement. Un autre étranger, membre du tribunal de Cassation de Paris, M. Lacoste, prend possession de foncier sur le site. Alors qu'il ne possédait qu'un pré à proximité de La Genette avant la construction des Bains, il acquiert en 1832 huit terrains, s'appropriant ainsi la totalité des constructions de La Genette et des terres environnantes pour s'y installer durablement pendant les saisons estivales. Mais ces deux exemples d'étrangers qui acquièrent une maison ou qui en font construire une sur le site pour y prendre domicile périodiquement sont trop isolés pour démontrer un mouvement significatif.

    En fait c'est un autre type d'événement qui vient confirmer l'importance que prennent les bains de mer à La Rochelle et sur le site. Entre 1831 et 1840, les frères Jaguenaud vont faire main basse sur tous les terrains du lieu-dit de La Digue, où sont déjà construites des maisons. Ces rochelais vont y placer un nouvel établissement de balnéothérapie : les bains Jaguenaud ouvrent leurs portes en 1850 [...]. Il faut bien avouer que comme le souligne André Rauch, c'est seulement "dans la seconde moitié du siècle que, des clients fidèles se font bâtir une maison et que certains investissent dans des villas qu'ils louent".

    A La Rochelle, les deux premières véritables villas sont construites entre 1850 et 1870, alors que le quartier acquiert un urbanisme de type balnéaire seulement à partir des années 1870-1880 avec l'expansion plus globale de l'agglomération rochelaise. Mais l'intense activité foncière sur le site révélée par les registres cadastraux, où les parcelles passent de mains en mains à une allure effrénée et finalement entrent en possession, pour la plupart de rochelais, démontre l'intérêt qu'on porte à un lieu relativement neuf.

    Extrait de : CROIZE Thomas. Les premiers temps des bains de mer à La Rochelle, Tourisme balnéaire et loisirs rochelais entre les bains Marie-Thérèse et le Cours du Mail (Première moitié du XIXe siècle). Mémoire TER, maîtrise d'Histoire, année universitaire FLASH 1997-1998, La Rochelle.

Références documentaires

Documents figurés
  • A. M. La Rochelle : Plan de la ville vers 1740 [avant 1748]. Troisième carré dans lequel se trouvent le fort Louis, le pont Neuf, l'Epinne et une partie de Saint-Maurice.

  • A. M. La Rochelle : Plan de la ville vers 1740 [avant 1748]. Septième carré où se trouve une partie de la ville, la Verdière, la porte neuve, la Trompette, Jérico, la Genette, la petite et grande Fertez et partie de Lépinne.

  • A. M. La Rochelle : Plan cadastral de 1810, section B1 de l'ancienne commune de Saint-Maurice, devenue L1 de la commune de La Rochelle.

Bibliographie
  • Blomme, abbé Yves. La Genette 1900 - 2000. Edition Bordessoules, 2000.

(c) Région Poitou-Charentes, Inventaire du patrimoine culturel ; (c) Communauté d'Agglomération de La Rochelle (c) Communauté d'Agglomération de La Rochelle - Peyron Claire