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La Rochelle Faubourgs : présentation du quartier de La Pallice-Laleu

Dossier IA17012711 réalisé en 2007

Fiche

Dossiers de synthèse

Œuvres contenues

Aires d'étudesRochelle faubourgs (La)
AdresseCommune : La Rochelle
Lieu-dit : la Pallice Laleu

Jusqu´à la fin du XIXème siècle, ce secteur situé à l´ouest de La Rochelle est resté un territoire rural couvert de champs, de vignes, de bois et de zone marécageuses. L´habitat s´y concentrait dans le village de Laleu, dont l´existence est attestée dès le XIème siècle. En matière d´étymologie, le nom de Laleu semble dériver du terme « aleu » qui désignait au Moyen Age un bien héréditaire. Cette dénomination découle sans doute des règles ayant régies la transmission des terres de ce secteur dans le cadre du système féodal. Au XIème siècle, Laleu appartenait aux seigneurs de Châtelaillon qui, en 1077, y établirent les moines de Cluny. On sait relativement peu de choses de l´histoire de ce village avant qu´il ne soit associé à la commune de La Rochelle. Les sources témoignent de l´utilisation de son église par les catholiques rochelais lors des guerres de Religion. Le château de Laleu est par ailleurs célèbre pour avoir hébergé Louis XIII lors du siège de la ville avant que ne s´y déroule la soumission des députés rochelais le 29 octobre 1628. Pour le reste, la vie de ce territoire semble avoir été régie par l´agriculture et la viticulture sous l´autorité des moines bénédictins puis, de manière plus nette à partir du XVIème siècle, dans le cadre d´une seigneurie à la tête de laquelle se sont succédés Paul Yvon et ses descendants. Après la Révolution, Laleu est érigée en commune en 1808. Son existence sera pourtant de courte durée. Dans le cadre de cette évocation du secteur d´étude avant les bouleversements de la fin du XIXème siècle, on se doit de préciser que plusieurs constructions se tenaient également le long des côtes et notamment dans la partie sud, au niveau de la pointe de Chef-de-Baie qui commande l´entrée de la rade de La Rochelle. Il ne s´agissait pas d´habitat mais de fortifications. On sait grâce aux sources que cette zone fut couverte de forts au moment du « grand siège ». Du fait de cette dimension stratégique, d´autres édifices et ensembles militaires y seront édifiés du XVIIIème au XIXème siècle et lors de la seconde Guerre Mondiale. Le secteur va véritablement changer de visage avec la construction du port de La Pallice entre 1880 et 1890. Ce chantier est lancé pour que La Rochelle puisse répondre aux nouvelles exigences en matière de navigation maritime. Dès 1880, la commune de Laleu est supprimée pour être rattachée à La Rochelle. En 1886, le conseil municipal décide la construction d´un certain nombre d´équipements dans le cadre de l´aménagement de ce nouveau quartier. Toutefois, les deux conflits mondiaux de la première moitié du XXème siècle portent de sérieux coups d´arrêt à cette politique. Le secteur, qui abrite une base sous-marine édifiée par les allemands, est particulièrement touché par les bombardements alliés de la seconde Guerre Mondiale. Libérée en 1945, la ville de La Rochelle est classée ville sinistrée. Le Corbusier se voit alors confié la reconstruction de La Rochelle et de La Pallice. Tenant là une occasion de défendre ses conceptions en matière d´urbanisme et d´architecture, il prévoit d´implanter de manière distincte une grande cité d´habitation et un vaste complexe industriel. Son projet vise également à agrandir considérablement le port vers Chef-de-Baie pour en faire l´un des plus importants d´Europe. Lassé des importantes oppositions locales que suscitent ses projets, Le Corbusier finit par démissionner en novembre 1947. La reconstruction se fera donc à La Pallice sur des bases moins ambitieuses. En matière de logements, des cités sont édifiées après guerre pour faire face à la pénurie. A partir des années 1960-1970, les terrains agricoles laissent progressivement place à la construction de plusieurs lotissements, essentiellement au nord du bourg de Laleu. En matière d´équipements et d´infrastructures, le port de La Pallice se relance au cours de la seconde moitié du XXème siècle au travers de nombreux travaux d´extensions et de modernisation. Dans le secteur de Chef-de-Baie une zone industrielle de 75 hectares est créée par la chambre de commerce. Au sud du bassin à flots, de nouveaux terrains sont gagnés sur la mer par poldérisation. Une partie de ces derniers accueille les installations et les espaces de stockages destinés au trafic du bois qui connaît un grand essor. En 1994, un port de pêche doté d´une plate-forme logistique et commerciale est mis en place à Chef-de-Baie. On peut également mentionner ici l´aménagement du terrain d´aviation de Laleu qui est décidé le 26 avril 1960 pour établir des liaisons civiles régulières. L´aéroport sera progressivement aménagé et développé jusqu´à nos jours. On se doit enfin d´évoquer la construction, en 1987, du pont de l´île de Ré entre La Repentie et Sablanceaux.

Annexes

  • " La Pallice, cité radieuse"

    " Urbaniste en chef de La Rochelle nommé en 1945, le grand architecte des temps modernes avait eu le coup de foudre pour La Pallice. Le rêve s´effondre en 1947.

    En 1987, La Rochelle n´est peut-être pas ce qu´elle aurait dû être. On peut toujours rêver. Et imaginer ce que le ville fût devenue si Le Corbusier avait construit à La Pallice « la plus belle ville de France ». L´expression est de lui. Le génial architecte avait même déclaré, apprenant que son plan de reconstruction de La Pallice avait été accepté par le gouvernement : « le rêve de ma vie s´est enfin réalisé ».

    Dans un journal de l´époque, on peut lire : « douze bâtiments de vingt étages en pierre de taille ressemblant à des gratte-ciel abriteront les 25 000 habitants du port. Ils seront séparés par de grandes pelouses et des terrains de jeu. » Et le journaliste cite Le Corbusier : « les travaux seront terminés en 1950 ». L´architecte est tellement enthousiaste qu´il propose d´emmener aux Etats-Unis à New-Rochelle de la terre rochelaise dans une urne et recueillir des fonds pour la reconstruction.

    Pas aussi détruite en 1945 qu´on le craignait, La Rochelle n´en est pas moins déclarée « ville sinistrée » en 1945. Le ministre de la reconstruction, Raoul Dautry, nomme Le Corbusier urbaniste en chef. Nous sommes à la Libération. Le héraut de l´architecture moderniste et cubiste est déjà très célèbre. Il a dessiné des plans d´urbanisme pour d´innombrables villes. Il rêve à la cité radieuse.

    Pour La Rochelle, Le Corbusier voit très grand. « C´est après une conversation avec un patron de la grande pêche qu´il décide de transformer la base des sous-marins construite par l´architecte du Reich, Albert Speer, en gigantesque dépôt pour la pêche de Terre-Neuve » explique Jacques Convert, Directeur du CAUE, qui scrute depuis deux ans les plans rochelais de Le Corbusier.

    Faut-il nourrir la population ? L´architecte dessine d´immenses chambres froides pour la viande d´Argentine et les fruits de l´Afrique. L´architecte dresse ses plans : un aéroport international à Dompierre, une voie ferrée circulaire qui dessert chaque usine. Il est le premier à soulever l´idée d´une route et d´une voie ferrée Centre-Europe-Atlantique aboutissant à La Rochelle.

    Il constate que La Pallice est le seul port en eau profonde de l´Atlantique. En tire les conséquences. Tente de convaincre les industriels de sa Suisse natale de substituer La Rochelle à Gênes ou Anvers pour leurs expéditions. Il rencontre le constructeur des « Liberty-ships », ces bateaux de transport qui alimentent l´Europe à la fin de la guerre. Et lui explique que l´avenir est aux porte-conteneurs. Cet avenir lui donnera raison bien plus tard.

    Le plan de 1945 est simple : une zone artisanale et industrielle au nord de l´axe de La Pallice. Et l´habitat, parsemé d´espaces verts, dans le prolongement du Mail, face à la mer, orienté au sud. Il redessine le port de commerce en tenant compte du môle d´escale (construit en 1930). Imagine un port « de yachts » à Port-Neuf. Et agrandit le port de pêche du côté du Marais perdu.

    Pourtant, de 1945 à 1947, date de sa démission, l´architecte ne pourra donner à ses plans le plus petit début de réalisation. Jacques Convert, qui connaît le dossier par coeur, parle de « cabale ». Selon lui, à part la CGT, séduite par les théories du maître sur l´habitat social, par son ouvriérisme, tout le monde s´est ligué contre Le Corbusier : « il se heurte aux conseils portuaires de Nantes et Bordeaux, inquiets de son axe Centre-Europe. Au constructeur d´hydravions Douzilles qui veut agrandir son usine de Port-Neuf. Aux industriels qui ne veulent pas déménager leurs ruines plus au nord. À la municipalité qui voit en lui une urbaniste parachuté. À ses collègues architectes qui se méfient d´un homme qui n´est pas sorti des écoles d´architecture. À la SNCF qui désapprouve ses plans de voies ferrées et la desserte portuaire ».

    On comprend que la somme des oppositions ait eu raison des projets d´un homme pourtant connu pour sa ténacité face aux attaques en tous genres."

    Article de Christophe Lucet publié dans le journal Sud-Ouest du 6 Octobre 1987.

  • Le texte qui suit donne un aperçu des problèmes de desserte et d'entretien des voies qui se manifestent à La Pallice aux début du XXème siècle :

    "Des voies illégales apparaissent [...] à La Pallice. Ainsi, à la fin du XIXème siècle, il existe entre l´avenue Denfert-Rochereau et l´angle nord-est du bassin, au milieu des champs, un sentier qui depuis l´ouverture du port a été transformé par les habitants en un véritable chemin de plusieurs mètres de largeur. La Ville décide d´ailleurs en 1899 de profiter de la création de ce passage pour construire dans cette direction une voie de douze mètres de largeur.

    Dès le début de ce siècle, des pétitions parviennent sur le bureau du maire pour solliciter la construction de voies desservant au mieux les usines. Ainsi, en juillet 1901, les ouvriers des usines des engrais et produits chimiques et de la raffinerie de pétrole demandent l´ouverture d´une nouvelle voie entre l´avenue Denfert-Rochereau et les dites usines, considérant que la voie unique qui dessert alors ces industries et qui est composée de la rue Montcalm et du chemin établi au pied des remblais est tout à fait insuffisante. Cette voie allonge de plus très sensiblement le parcours à effectuer par les ouvriers. En février 1902, la Ville décide de satisfaire cette demande, mais les choses traînent, et en avril, 125 personnes signent une déclaration pour hâter l´établissement de la voie allant de l´avenue Denfert-Rochereau au chemin établi au pied des remblais, rappelant que les usines sont alors absolument isolées et privées de toute communication. Enfin, le 17 juin 1902, l´ouverture de cette voie est déclarée d´utilité publique. Le même jour, le conseil municipal décide l´ouverture d´une voie de dix mètres de largeur entre le boulevard Emile Delmas et l´avenue Denfert-Rochereau. Les années suivantes, d´autres voies sont crées ou élargies, le développement du quartier nécessitant ces amélioration en matière de voirie.

    Le problème de l´entretien des rues est à maintes reprise soulevé. On se plaint fréquemment dès le tout début de ce siècle du mauvais état des rues de La Pallice, et la Ville doit s´engager à recharger en matériaux résistants nombre de voies à partir de 1900. La rue Montréal chargée à la pierre blanche, est en 1904 défoncée et impraticable en temps de pluie. En 1905, le Comité des intérêts de La Pallice signale l´état de défoncement et de malpropreté des rues Montcalm et de Montréal. Des amoncellements de boues et immondices dégradent un certain nombre de rues et en 1904, on demande que l´adjudicataire des bourriers passe au moins trois fois par semaine au lieu de deux. Des caniveaux sont également réclamés. L´écoulement des eaux ménagères étant insuffisant, elles croupissent le plus souvent dans les rigoles en terre qui longent l´avenue Denfert-Rochereau exhalant des odeurs malsaines ; on parle même de l´impossibilité de s´approcher des maisons sans s´embourber par-dessus la cheville. De plus, entre 1914 et 1918, les voies de Laleu et de La Pallice sont endommagées par le trafic considérable créé par l´état de guerre. En 1920, on signale le mauvais état de la rue Théophile Babut ; ses habutants ne peuvent entrer ou sortir de chez eux sans s´enfoncer dans, au moins, cinquante centimètres de boue. La même année, les rues de La Mare à la Besse, Troussier et l´avenue Denfert-Rochereau sont jugées difficilement praticables par les piétons en raison de l´amoncellement des immondices. L´insalubrité relative de certaines voies se maintient jusque dans les années 1930. »

    Texte extrait de : « DENIS Sylvie, BEZIAUD Nicole ; La Rochelle-Pallice, l´Escale Atlantique. Mémoire du quartier de La Pallice 1880-1945 ; Archives Municipales de La Rochelle ; 1990 ; pp. 54-55.

Références documentaires

Bibliographie
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  • Clairat Sébastien ; Les bâtisseurs de ZUP : Mireuil et la ville de La Rochelle ; Dans : Ecrits d´Ouest ; 1999 ; n°8 ; pp. 235-258.

  • Denis Sylvie, Beziaud Nicole ; La Rochelle-Pallice, l´Escale Atlantique. Mémoire du quartier de La Pallice 1880-1945 ; Archives Municipales de La Rochelle ; 1990.

  • Desquesnes Rémy, Faille René, Faucherre Nicolas, Prost Philippe ; Les fortifications du littoral. La Charente-Maritime ; Editions Patrimoines & médias ; 1993.

  • Fougeyrollas Cl. A. ; La Pallice, base sous-marine ; dans Le Picton ; n° 70, 1988.

  • Gautier M. A. ; Dictionnaire des communes de Charente-Maritime ; Les chemins de la mémoire éditeur ; 1839 ; pp. 10-12. Source : ADCM US 10/18.

  • Giacomatos Valérie ; Raymond Henri ; Technostructure et architecture. Le Corbusier à La Rochelle ; Recherche effectuée pour le Ministère de l´urbanisme et du logement, Direction de l´architecture ; Décembre 1984 ; 104pp.

  • Grima Louis ; Laleu, village aujourd´hui comme hier ; A&T éditions.

  • Inventaire des vestiges du mur de l´Atlantique en Charente-Maritime. Deuxième tranche (secteur La Rochelle, île de Ré). Association ESTUARIUM. Décembre 1999.

  • La Rochelle, histoire des transports collectifs ; SIVOM ; STCR ; 1985.

  • Le patrimoine des communes de la Charente-Maritime. Paris : Flohic, 2002 (Le Patrimoine des communes de France), T.2, pp. 677-678. Source : DRAC Poitou-Charentes, IG (446.4) FLO.

  • Milon Bruno ; La construction du port de La Pallice ; Dans : Ecrits d´Ouest ; 1998 ; n°7 ; pp. 157-190.

  • Patrimoine industriel de la Charente-Maritime ; Editions du Patrimoine, Paris, 2001 ; pp. 138-143.

  • Ragot Gilles ; Architecture du XXe siècle en Poitou-Charentes ; Editions Patrimoines et médias Archivecture ; 2000 ; pp. 78-79.

  • Saumoneau H. ; La seigneurie de Laleu ; La Rochelle ; Rupella ; 1983. Source : ADCM PF 496.

  • Veillon S . ; Les percées du front-ouest de La Rochelle ; dans Revue de la Saintonge et de l´Aunis ; IX ; 1983.

  • Un port : import/export. Editions Paroles de Rochelais, n° 5, décembre 1998.

  • Un port : des femmes, des hommes et des entreprises, n° 6, décembre 1999.

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