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La Tour-aux-Cognons

Dossier IA00046736 réalisé en 1978

Le site de Civaux a fait l’objet de nombreuses études autour de l’église et de la nécropole du haut Moyen Âge ; en revanche, le château installé sur la rive opposée de la Vienne conserve tout son mystère. La tour ruinée qui s’élève à côté des logis de la fin du Moyen Âge semble bien plus ancienne. André Châtelain avait attiré l’attention sur cet édifice à contreforts ronds, recensé comme un donjon roman.

Parties constituantes non étudiéesdonjon, logis
Dénominationschâteau fort
Aire d'étude et cantonPays Montmorillonnais - Lussac-les-Châteaux
AdresseCommune : Civaux
Lieu-dit : La Tour-aux-Cognons
Adresse :
Cadastre : 1811 A2 2669, 2670 ; 2014 AD 201

La châtellenie de la Tour-aux-Cognons dépendait de celle de Calais, en Basse Marche, dont l’étude historique a été retracée par Guisbert d’Huart au 19e siècle. L’origine en est assez obscure. On dit que le nom viendrait des sires de Conienses mentionnés au 11e siècle. Nous n’en avons pas trouvé la preuve dans les textes. C’est cependant très probable puisque Henri Beauchet-Filleau signale, à juste titre, que les premiers seigneurs de Lussac-les-Châteaux portaient ce nom. Le cartulaire de Saint-Cyprien conserve une charte du milieu du 12e siècle les concernant.En revanche Guisbert d’Huart a bien établi la succession des sires de Saint-Savin qui sont seigneurs de la Tour-aux-Cognons depuis 1325 au moins. Au milieu du 16e siècle, la seigneurie est partagée entre différents propriétaires, dont Claude Taveau et François de Rochechouart. La famille de ce dernier en conserve la majeure partie jusqu’à la Révolution.

Période(s)Principale : 12e siècle , (?)
Principale : 15e siècle

La Tour-aux-Cognons, ou Tour-au-Cognum s’élève sur un coteau dominant la rive droite de la Vienne. L’atlas de Trudaine, qui représente au milieu du XVIIIe siècle la route de Poitiers à Limoges passant par Lussac, figure cette tour défendue par une petite enceinte bordée de fossés se refermant sur le bord du fleuve. L’ancien cadastre (1811) montre également que la route longeant aujourd’hui la berge n’existait pas à cette époque et que le château était accessible par un chemin depuis le plateau.Les logis couverts d’ardoise qui forment encore l’habitation principale, sur le site, sont manifestement anciens (non étudiés). Ils se prolongeaient au nord par différents bâtiments ruinés qui peuvent dater de la fin du Moyen Âge. Tous ces bâtiments sont adossés à la muraille longeant l’escarpement dominant le fleuve. Cette muraille est percée d’une petite porte au pied de la haute tour carrée à laquelle elle vient s’accoler. Il s’agit sans doute d’une poterne vers la rivière ; elle est ouverte sous un arc brisé qui invite à la dater du 13e siècle. Cette issue est surveillée par la tour, mais ne communique pas avec elle.

Cette tour carrée, de 10 m de côté, a été rattachée à la famille poitevine des donjons romans poitevins dotés de contreforts semi-cylindriques. La disposition de ces derniers est cependant ici tout à fait originale. Un contrefort semi-circulaire est élevé sur le milieu de chaque face. Seul celui de la face est monte jusqu’au sommet. Sur les autres faces, le parement ne présente pas les traces d’arrachement qui laisseraient penser que le contrefort aurait été arasé. Notons cependant que les restaurations ont gommé sans doute des traces de reprises, surtout en partie haute. Certains contreforts sont parfaitement liés à la base, d’autres ont peut-être été ajoutés. Ces contreforts étaient destinés à raidir la construction élevée en blocage de rognons de silex. Les angles de la tour sont quant à eux renforcés par deux arêtes de pierres de taille.

L’édifice est conservé sur quatre niveaux, séparés par des planchers. Aucune trace d’escalier n’apparaît. Le rez-de-chaussée, aujourd’hui accessible par une brèche, était aveugle à l’origine. Le second niveau n’était éclairé que par deux étroites fentes de jour. Il était porté par un plancher soutenu par une grosse poutre longeant le mur gouttereau, encastrée à chaque extrémité dans un trou carré, et soulagée par des corbelets de pierre en quart de rond. Ces deux premiers niveaux formaient les salles basses que l’on trouve fréquemment dans les donjons romans, et qui ne pouvaient être desservis que par une ouverture dans le plancher de l’étage.

Le troisième niveau devait rester très sombre, éclairé seulement par d’étroites fentes de jour au Sud et à l’ouest vers la rivière. La porte qui est ouverte sous un arc plein cintre, au sud, peut avoir été percée après coup (traces de reprises sur le parement externe), sans doute pour rejoindre le chemin de ronde de la muraille voisine. La porte d’entrée originelle est peut-être celle de la face nord, au quatrième niveau (à moins qu’elle n’ait desservi un niveau de hourds). Elle est couverte d’un linteau en bâtière porté par deux coussinets en quart de rond. Son seuil a été refait. Quoiqu’il en soit, l’espace résidentiel est bien limité au quatrième et dernier niveau, qui a été aménagé au 15e siècle pour la résidence, avec une grande cheminée gothique dont il ne reste qu’un piédroit.

Quant à la fenêtre à coussièges qui s’ouvre dans le parement sud, on observe qu’elle a été créée à l’emplacement d’une ancienne ouverture. L’ensemble devait être coiffé d’une toiture dont nous n’avons pu observer les traces.

La datation de cette tour reste incertaine ; même si elle reprend les principes de distribution des tours maîtresse romanes des 11e-12e siècles, elle peut être sensiblement plus tardives (13e siècle ?).

Murssilex moellon
calcaire pierre de taille
Techniquessculpture
peinture
Précision représentations

Chapiteaux ornés d'oiseaux, personnages, monstres (dragons, griffons), lions, sirène, bateau, végétaux, rubans croisés ; peinture sur les murs intérieurs et les colonnes. Modillons sculptés de personnages, d'animaux et de végétaux.

Statut de la propriétépropriété d'une personne privée
Protectionsinscrit MH, 1927/02/18
Précisions sur la protection

Tour aux Cognons : inscription par arrêté du 18 février 1927.

Références documentaires

Documents d'archives
  • Route de Poitiers à Limoges passant par Savigny, Le-Temple, Civeaux, la ville de Lussac et Moulisme, finissant à la forêt de Gatebourg.

    pl. 56 Archives nationales, Paris : F14/ 8494*, atlas de Trudaine pour la généralité de Poitiers
Bibliographie
  • Baudry, Marie-Pierre. Châteaux « romans » en Poitou-Charentes. Xe - XIIe siècles, Collection Cahiers du Patrimoine, n° 95. Geste éditions, 2011.

    p. 100, 112, 117, 125, 126, 128, 134, 136, 149, 155, 165, 204, 231, 294
  • Baudry, Marie-Pierre. Les fortifications des Plantagenêts en Poitou 1154-1242. Paris, 2001. Comité des travaux historiques et scientifiques, Mémoires de la section d'archéologie et d'histoire de l'art, 11.

    p. 294-295
  • Boissavit-Camus, Brigitte, Papinot, Jean-Claude et Pautreau, Jean-Pierre, Civaux. Des origines au Moyen Âge, Chauvigny, Association des publications chauvinoises, 1991.

  • Châtelain, André. Donjons romans des pays d'Ouest. Paris : A. et J. Picard, 1973.

    p. 172-173
  • Crozet, René. Recherches sur les sites de châteaux et de lieux fortifiés en Haut-Poitou au Moyen Âge, Bulletin de la Société des Antiquaires de l´Ouest, 4ème série, t.11, 1971-1972.

    p. 195
  • Huart, Guisbert d’, Persac et la châtellenie de Calais : études historiques sur la marche de Poitou, Mémoires de la Société des Antiquaires de l’Ouest, 2e série, t. 10, 1887.

    p. 65-486
  • Papinot, Jean-Claude, Pautreau, Jean-Pierre. Le val de Civaux, des origines à la fin du Moyen Âge. Collection Itinéraires du patrimoine, n° 307, Geste éditions, 2005.

  • Rédet, Louis. Cartulaire de l'abbaye de Saint-Cyprien de Poitiers. Archives Historiques du Poitou, tome 3, 1874.

    p. 296
(c) Région Poitou-Charentes, Inventaire du patrimoine culturel - Renaud Madeleine - Baudry Marie-Pierre