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Maisons et fermes : l'habitat à Saint-Jean-de-Liversay

Dossier IA00043522 réalisé en 2019

Fiche

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168 maisons et fermes ou anciennes fermes ont relevées au cours de l’étude, dont 80 maisons et 88 fermes. Elles se trouvent pour l'essentiel dans le bourg, à Thairé-le-Fagnoux, dans les marais mouillés, dans les marais desséchés au nord du canal de la Banche, soit dans la zone d'étude privilégiée. Quelques exemples significatifs ont été relevés à Choupeau, Luché, Sourdon et Normandie. Parmi ces 168 maisons et fermes, 70 ont été repérées à des fins statistiques et, au contraire des 98 autres, n'ont fait l'objet que d'un dossier documentaire minimum.

Aires d'étudesVallée de la Sèvre Niortaise, Marais poitevin
Dénominationsmaison, ferme
AdresseCommune : Saint-Jean-de-Liversay

Parmi les 168 maisons et fermes ou anciennes fermes relevées, près de 10 % (16) présentent des éléments antérieurs à la Révolution, essentiellement de la seconde moitié du 18e siècle. Il s'agit de quelques petites habitations (à Luché, à l'Anneroy) et surtout d'éléments relevés dans les grandes demeures et fermes comme Cigogne, Fombrune ou Choupeau. Ces estimations sont parfois corroborées par certaines des 13 dates inscrites relevées au cours de l'enquête : 1776 à Fombrune, 1785 au Logis de Luché, 1799 à l'Anneroy. 13 autres habitations sont estimées de la première moitié du 19e siècle.

Les deux tiers (122) des maisons et fermes relevées sont le fruit de constructions ou de reconstructions opérées durant la seconde moitié du 19e siècle, en particulier (pour 51 d'entre elles) durant les années 1850-1875. Elles marquent ainsi dans la pierre la prospérité économique de cette région de marais desséchés mais aussi de viticulture à cette époque. Le nombre de constructions nouvelles ou de reconstructions se maintient à un niveau tout aussi élevé (58) dans les années 1880-1900, avant de s'effondrer dans la première moitié du 20e siècle (21 constructions ou reconstructions seulement relevées pour cette période). Le nombre d'habitants décroît alors autant que l'attractivité des marais et de la viticulture, laminée par le phylloxéra. Quelques dates inscrites témoignent là encore de ces périodes : 1881 à Choupeau, 1900 et 1908 à Luché, 1910 au Moulin du Vignaud, 1913 et 1914 à Bellevue...

Période(s)Principale : 18e siècle, 19e siècle, 1ère moitié 20e siècle

Un habitat regroupé sur les terres hautes

Parmi les 168 habitations relevées au cours de l’étude (c’est-à-dire dans les marais au nord du canal de la Banche, dans le hameau de Thairé-le-Fagnoux, dans le bourg et quelques-unes dans les autres hameaux au sud), 80 % (soit 136) se trouvent sur ou au bord de l'ancien continent calcaire qui surplombe les marais. 58 ont été identifiées dans le bourg, 78 dans les écarts. Cet échantillon révèle la manière dont l'habitat est réparti entre ces derniers sur l'ensemble de la commune : un bourg réduit, regroupé autour de l'église, de la mairie et des commerces ; des hameaux tout aussi importants, notamment Thairé-le-Fagnoux (établi à l'extrémité d'une presqu'île), Choupeau, Luché et Sourdon, sans oublier des écarts plus petits comme Normandie ou la Motte. L'urbanisation de la fin du 20e siècle et du début du 21e siècle a continué à obéir dans l'ensemble à cette logique géographique, les lotissements et pavillons individuels arrivant en continuité du bourg et des hameaux. Il faut enfin noter que, sur les 88 fermes ou anciennes fermes relevées, 50 se situent dans les hameaux et 12 seulement dans le bourg, au caractère résidentiel, commercial et artisanal affirmé.

Sur les 32 habitations isolées relevées, 9 sont des maisons (5) ou fermes (4) de marais mouillés, alignées le long de la Sèvre Niortaise, et 13 sont des cabanes de marais desséchés, à l'abri derrière les digues. 2 maisons placées sur les digues sont les derniers témoins de ces nombreuses huttes qui ponctuaient ces ouvrages, abritant les huttiers chargés de leur surveillance. Dans tous les cas (y compris dans les marais desséchés), ces habitations sont établies sur des surélévations de terrain qui les mettent à l'abri de l'inondation. Elles sont par ailleurs presque toutes situées à proximité d'un cours d'eau (la Sèvre, un canal), le transport par bateau étant, jusqu'au milieu du 20e siècle, le mode de déplacement principal dans les marais. Enfin, 8 habitations relevées sont représentatives des nombreuses fermes isolées qui, en dehors de ces zones de marais, ponctuent le plateau calcaire.

Ce phénomène de concentration observé dans la manière dont l'habitat se répartit sur le territoire communal, est également perceptible dans la façon dont, cette fois, les bâtiments sont placés au sein de ces regroupements. Ainsi 63 % des maisons relevées (51 sur 80) sont attenantes, c'est-à-dire accolées les unes aux autres, avec tout au plus une petite cour, et en formant parfois, au coeur du bourg et des hameaux, des fronts bâtis le long des rues. Toutefois, la majorité des habitations (53, soit 43 % du total) sont placées en retrait par rapport à la voie, avec une cour ou un jardin à l'avant, parfois délimité le long de la rue par un muret surmonté d'une grille et interrompu par un portillon. Dans ce cas, sur le côté, un accès plus large, commandé ou non par un portail, ouvre sur une cour postérieure. Regroupées, les habitations bénéficient parfois d'espaces et équipements communs : cours communes, avec souvent un puits commun, sont assez nombreux dans le bourg et surtout dans les hameaux.

Cette concentration se retrouve dans la répartition des bâtiments (logis et dépendances) au coeur des exploitations agricoles. 54 fermes sur 88 (soit 61 %) sont en effet des fermes à bâtiments jointifs (accolés les uns aux autres, sans forme particulière ; 35 cas relevés), de plan allongé (les bâtiments sont alignés les uns par rapport aux autres ; 14 cas relevés) ou, plus rarement, en bloc en longueur (les bâtiments sont alignés sous un même toit ; 5 cas relevés). Dans 13 fermes, les dépendances sont, en tout ou partie, accolées en appentis à l'arrière du logis. Une telle concentration semble obéir à deux logiques différentes : dans les marais, mouillés ou desséchés, l'espace manque pour s'étendre, à l'abri des inondations ; sur le plateau calcaire, on réserve l'espace aux terres agricoles.

Des logements assez grands, sans décor ostentatoire

Malgré cette concentration, les maisons et les logis des fermes sont généralement assez grands, surtout pour ceux construits après 1850. Cela se mesure d'une part au nombre de travées (alignements verticaux) d'ouvertures en façade, signe de la largeur du bâtiment donc de sa taille ; d'autre part au nombre de niveaux que contient le bâtiment. Ainsi, 42 % des habitations présentent en façade trois travées d'ouvertures, une part qui monte à 51 % si l'on ajoute les façades qui présentent deux travées et une troisième ouverture au rez-de-chaussée. Les façades à quatre travées et plus (jusqu'à sept) sont cependant bien moins nombreuses. Il s'agit de quelques demeures dans le bourg et des plus grosses fermes comme Fombrune, la Pichonnière, le Logis de Luché, des fermes à Choupeau... De la même façon, 59 % tout de même des habitations (soit 99) possèdent un étage en plus du rez-de-chaussée. Les autres sont en simple rez-de-chaussée, et 80 % d'entre elles (55 sur 68) possèdent en plus un grenier, habitable (étage en surcroît) ou non (simple comble à surcroît). 2 fermes, dans les marais mouillés (l'Anneroy et Burgane), sont en rez-de-chaussée avec un grenier sur une partie seulement du logement.

Quant au décor sur les façades, il est souvent limité, voire inexistant. Un quart des habitations présente tout au plus des appuis de fenêtres saillants. Les bandeaux horizontaux et les corniches en sommet de façade sont relativement rares. 9 façades couronnées par une génoise (frise de tuiles posées sur champ), une forme de décor en usage jusqu'au milieu du 19e siècle, ont été dénombrées. Parmi elles, 5 sont à deux rangs, une à trois rangs (10 rue Saint-Jean). Au-dessus, un quart tout de même des toitures possède au moins une croupe (pan latéral incliné), imitant en cela les demeures bourgeoises. D'ailleurs, 13 maisons de maître ont enfin été relevées, des habitations dont les dimensions et le décor sont celles de demeures de notables. Parmi elles, 8 sont des logis de fermes de terres hautes, certaines de la fin du 18e siècle (le Logis de Luché, Fombrune), les autres du 19e siècle ou du début du 20e (Maison Neuve, le Courseau, Luché - 6 rue de la Liberté, la métairie de Choupeau...).

Des témoins d'une histoire agricole et viticole

A noter qu'aucune cabane de marais desséchés ne peut prétendre à ce statut : la priorité des propriétaires de ces exploitations jusqu'au début du 20e siècle n'était pas là. Ces cabanes, comme l'ensemble des fermes relevées dans la commune, se distinguent davantage par leurs dépendances, liées à la céréaliculture, à l'élevage (très pratiqué dans les marais jusqu'aux années 1960) mais aussi à la viticulture, le vignoble étant, jusqu'à la crise du phylloxéra à la fin du 19e siècle, très présent sur le plateau calcaire. On relève ainsi encore quelques rares témoins de ce passé viticole (chai, pressoir...). Quant à l'élevage, il a laissé dans les plus grandes exploitations de vastes granges-étables dont la façade est sur le mur pignon, avec une grande porte centrale pour entrer récolte et matériel, encadrée par les ouvertures, plus petites, des étables latérales. 15 granges-étables de ce type ont ainsi été dénombrées.

(c) Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel (c) Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel ; (c) Centre vendéen de recherches historiques (c) Centre vendéen de recherches historiques - Suire Yannis
Yannis Suire

Chercheur au Service de l'Inventaire du patrimoine de Poitou-Charentes puis Nouvelle-Aquitaine de 2005 à 2017, directeur du Centre vendéen de recherches historiques depuis 2017.


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