Logo ={0} - Retour à l'accueil

Patrimoine industriel de la Charente-Maritime : présentation

Dossier IA17000453 réalisé en 1996

Fiche

Œuvres contenues

Aires d'étudesCharente-Maritime

Annexes

  • Genèse du développement industriel

    Le département de la Charente-Maritime, appelé Charente-Inférieure jusqu'en 1941, a été constitué en 1790 par la réunion de l'Aunis et de la plus grande partie de la Saintonge, avec une petite portion du Poitou et de l'Angoumois. Il compte de nos jours cinq arrondissements : La Rochelle, Rochefort, Saint-Jean-d'Angély, Saintes et Jonzac.

    Il appartient au nord du Bassin aquitain et, dénué de reliefs accentués, il présente une succession de plaines, de collines et de plateaux. Schématiquement, le territoire se partage en deux grandes zones géologiques séparées par la Charente (carte 1). Cette partition se trouve grandement nuancée par les différentes natures des sols qui déterminent ses vocations fondamentales (carte 2). Au nord et à l'ouest, des terrains alluvionnaires forment des marais côtiers aménagés en salines ou en parcs ostréicoles. A l'extrême sud, des dépôts tertiaires constituent une zone sédimentaire présentant un paysage de landes, où règne une forêt de pins maritimes. La terre de groie, qui recouvre une bonne partie du département, est fertile et favorable à la polyculture, tandis que la terre d'aubue et de Champagne des coteaux crayeux situés au sud-est de Saintes et au sud de l'estuaire de la Seudre est propre à la viticulture et à la céréaliculture.

    Ce département, largement ouvert sur la mer, puisqu'il possède plus de 200 km de côtes, est traversé par la Charente qui le fertilise et qui, navigable d'Angoulême à l'océan, a joué un rôle de premier plan en facilitant les liaisons avec les pôles voisins, gros producteurs et grands consommateurs, tels que La Rochelle et Bordeaux, mais également avec les secteurs situés plus à l'intérieur des terres comme le Périgord.

    Il est parcouru par de nombreuses voies navigables et un ensemble de routes très dense ; le réseau ferroviaire est venu compléter ces voies de communication à partir de 1857, année de l'ouverture de la ligne Paris-La Rochelle. Puis, à partir de 1890, un réseau local à voie métrique, installé par la Compagnie des chemins de fer économiques des Charentes, vint parachever ce mouvement en desservant l'ensemble des chefs-lieux de canton (carte 3). Les Ateliers de Saintes, établissement créé en 1877 pour la réparation du matériel roulant, sont emblématiques de cet essor du chemin de fer.

    A la fin du XIXe siècle, le désenclavement des campagnes est achevé et va permettre l'essor industriel.

    L'agriculture et les produits de la mer sont depuis toujours les deux ressources essentielles de l'économie de la Charente-Maritime. En 1835, A. Hugo, dans un numéro de la France pittoresque (A. HUGO, France pittoresque ou description pittoresque, topographique et statistiques des départements et colonies de la France ; département de la Charente-Inférieure, Paris : Delloye, 1835, p. 256.), décrit ainsi le département : « La distillation des eaux-de-vie, l'exploitation des marais salants, celle des parcs d'huîtres vertes et la pêche de la sardine occupent le premier rang de l'industrie locale. Il existe dans le pays des raffineries de sucre, des fabriques de vinaigre, des fabriques de poteries fines et de creusets, des tanneries, des bonneteries, des fabriques de grosses étoffes de laine, etc. » De fait, à cette époque, l'arsenal de Rochefort, créé par Colbert en 1666 pour l'armement des vaisseaux construits à Brest, constituait le seul véritable pôle industriel du territoire.

    Dans les années 1860, près du cinquième de la superficie totale du département était couverte de vignobles ; dès lors, l'économie va connaître toutes les vicissitudes liées à cette quasi-monoculture. Malgré le traité de commerce avec la Grande-Bretagne diminuant les droits d'entrée du cognac, des problèmes commerciaux, consécutifs à la guerre de Sécession, qui privait les distillateurs de l'un de leurs plus fidèles clients, provoquèrent une surproduction relative. C'est à cette époque que fut décidée la création du port de la Pallice, dans l'espoir de diversifier les activités locales. Puis la crise phylloxérique obligea à une reconversion totale. En 1879, M. Billotte, dans son rapport sur la succursale de la Banque de France à La Rochelle, constatait : « Le phylloxéra a envahi les arrondissements de Saintes et de Saint-Jean-d'Angély, et dans les quatre autres arrondissements les vendanges sont très faibles (...). Le département de la Charente-Inférieure n'est pas industriel, mais seulement producteur : tout languit quand les récoltes sont pauvres, et comme les vignobles abondent, il est à craindre que le pays ne soit à moitié ruiné, et pour longtemps, par l'invasion de ce nouveau fléau, qui vient de dévaster toute la région du Midi, et par les transformations de culture qui en seront la conséquence. » Les revenus des vignerons et des salariés agricoles diminuèrent, les emplois saisonniers disparurent et finalement c'est toute l'économie rurale qui s'effondra.

    Les solutions trouvées pour sortir de cette crise partagèrent le territoire en deux grandes zones, qui correspondaient globalement aux anciennes provinces d'Aunis et de Saintonge. La Rochelle et son arrière-pays se reconvertirent radicalement en se tournant vers la polyculture et l'élevage. La raison de ce choix se trouvait certainement dans la différence de qualité des vignobles. La région rochelaise, en effet, fabriquait une eau-de-vie de consommation courante, vendue l'année même de sa fabrication, tandis que la Saintonge produisait des eaux-de-vie de meilleure qualité, longuement vieillies en fûts. Les vignerons saintongeais, surtout ceux des terres situées à l'est de Pons et de Jonzac qui se rattachent à la « Champagne » de Cognac, purent vivre sur leur stock en attendant de replanter selon la technique du porte-greffe lorsque celle-ci fut mise au point. En revanche, l'Aunis fut obligée de trouver une solution immédiate, et l'industrie laitière se substitua à l'exploitation de la vigne. Ces nouvelles orientations économiques bénéficièrent à la fois d'avancées technologiques (comme la production industrielle d'engrais chimiques), du développement des liaisons ferroviaires, mais aussi d'une démarche coopérative issue d'une longue tradition d'entraide propre à l'Aunis.

    Les caractères généraux des établissements industriels

    Les 217 établissements recensés sont répartis de façon à peu près homogène sur l'ensemble du territoire, suivant en cela la distribution de l'agro-alimentaire, qui domine largement les autres branches (cartes 4 et 5). Mises à part Saint-Jean-d'Angély et Jonzac, qui rassemblent de nombreuses distilleries, les autres agglomérations cumulent agro-alimentaire et autres secteurs d'activité. Certaines ont des fonctions portuaires (La Rochelle, Rochefort, Tonnay-Charente) et accueillent des usines d'engrais, dérivées des importations de matières premières, et des établissements de construction mécanique ou navale. D'autres sont des noeuds ferroviaires : Saintes cristallise de multiples activités autour de ses ateliers mécaniques.

    Trente-sept seulement des établissements ont utilisé l'énergie hydraulique, ce qui prouve que le département fut industrialisé tardivement. On constate en effet que les trois quarts des sites datent de la fin du XIXe siècle ou des années 1900-1920. Cinq établissements seulement sont antérieurs au XIXe siècle : l'arsenal de Rochefort, le moulin de la Baine à Chaniers, une raffinerie de sucre à La Rochelle, le moulin de Lucérat à Saintes et la tannerie de Fontbouillant à Montguyon. Seuls l'arsenal et la raffinerie de sucre peuvent être considérés comme des sites authentiquement industriels ; les autres établissements ont été pris en compte en raison du développement qu'ils ont connu ultérieurement. Le moulin de la Baine est un cas atypique : ses cinq roues hydrauliques n'en font déjà plus un établissement artisanal, même s'il ne présente pas les caractères d'un véritable site industriel. Dans la première moitié du XIXe siècle s'installent deux moulins à marée, deux minoteries, une usine de chaux, deux briqueteries, deux distilleries et une station de pompage. Enfin, entre 1925 et 1950, on ne dénombre que 29 usines nouvelles qui appartiennent à divers secteurs d'activité.

    La filière agro-alimentaire regroupe plus des deux tiers des 217 sites. Les laiteries industrielles sont les plus nombreuses, suivies par les distilleries et les minoteries, puis viennent quelques caséineries, biscuiteries et conserveries. Quarante minoteries ont été recensées. A l'exception de sept d'entre elles, toutes utilisaient l'énergie hydraulique et se sont installées sur l'emplacement d'un ancien moulin. Rares sont celles qui ont conservé leur moteur : 6 roues et 4 turbines hydrauliques seulement ont été repérées. Trois minoteries sont d'anciens moulins à marée ; ces derniers étaient encore au nombre d'une dizaine dans le département au début du XXe siècle. Parmi les sept autres minoteries, cinq ont été bâties ex nihilo, une a remplacé une distillerie de betteraves et la dernière une caséinerie ; leurs machines étaient mues par l'énergie thermique. Le moteur à bateau qui actionnait la minoterie Gautier, David et Cie à La Jarrie dès sa création en 1901 est encore en place.

    Les plantations de peupliers dans la vallée de la Boutonne ont permis l'installation d'usines de contre-plaqué ; les poches d'argiles blanches au sud du département, celle d'usines de chamotte ; l'argile rouge, celle de briqueteries, et le calcaire d'âge crétacé supérieur de la Saintonge, celle de carrières de pierre à bâtir. Enfin, le calcaire du jurassique a été utilisé pour la fabrication de la chaux à Charron, Nieul-sur-Mer, Aytré, Royan et Clérac ; une importante cimenterie s'est installée en 1904 à Mortagne-sur-Gironde.

    Des conjonctures particulières sont également à l'origine de certaines implantations. Les deux guerres mondiales ont ainsi provoqué des transferts ou des créations d'usines dans ce département éloigné du front. C'est le cas de la Compagnie royale asturienne des mines, qui s'établit à Tonnay-Charente en 1915, lorsque son usine de Douai fut occupée par l'ennemi. En 1940, une filature de jute, appartenant à une société alsacienne, originaire de Bitschwiller dans le Haut-Rhin, s'est installée à Saint-Jean-d'Angély dans les locaux d'une ancienne brasserie. Pour pallier l'interruption des importations de coton, une usine de rouissage et de défibrage de tiges de genêts a été créée vers 1943, à Saint-Vaize, par le Comptoir des minéraux et matières premières.

    Quelques personnalités ont marqué l'industrialisation du département. A La Rochelle, au début du siècle, le Norvégien Oscar Dahl joua un rôle de tout premier plan dans le domaine de la pêche, du traitement et du marché du poisson. D'origine modeste, il possédait, à la fin de sa vie, une flotte de quatorze bateaux pour la pêche hauturière, une fabrique de glace, une fabrique de farine de poisson, des ateliers de réparation et un commerce de charbon. La deuxième maison d'armement rochelaise, la Compagnie familiale Delmas et Vieljeux, créée vers 1900, qui possédait trente-cinq navires et des chantiers navals, s'est également livrée à l'importation du charbon et à son traitement dans des usines d'agglomérés. En 1905, le duc Maurice Lannes de Montebello, prince de Siévers, achetait le domaine de la Bruyère, à Souméras, pour en faire un modèle d'exploitation agricole à vocation industrielle et commerciale, comprenant laiterie, porcherie et élevage de volailles ; les produits étaient transformés sur place et vendus dans le réseau de boutiques que possédait le duc à Bordeaux et à Paris. A Saintes, en 1899, les distillateurs Rouyer-Guillet ont commandité l'installation de la conserverie Pélissier et Rivière, le long du boulevard tracé sur un terrain qu'ils avaient offert à la ville. A Saintes encore, Paul Bonniot, entrepreneur de travaux publics, s'associa avec son gendre, Adrien Genevière, pour créer une usine de céramique et d'agglomérés, qui cessa son activité dès les années 1930. La façade du logement patronal, encore conservé, montre un bel échantillonnage des produits de l'entreprise. Xavier Bureau et ses associés Paul et Gaston Barbet transformèrent en 1884 un ancien moulin de Corme-Ecluse en usine à papier ; cet établissement a fermé dans les années 1980.

    Plusieurs architectes sont intervenus dans la construction des bâtiments industriels du département, mais leur nom ne nous est pas toujours connu. A l'arsenal de Rochefort, le programme d'équipement national requiert la participation d'architectes et d'ingénieurs royaux : François Blondel pour la corderie, Le Vau pour la vieille forme et Arnoul pour la forme double. Parfois, la mise en valeur d'une identité régionale et du produit qui en est issu nécessite une architecture emblématique ; les distillateurs Rouyer-Guillet font appel à l'architecte municipal de Saintes, Eustase Rullier, pour la construction de leur logement en 1882. L'architecte Olliviers bâtit en 1901 un réfectoire et une remise dans la distillerie de la Péraudière à Jonzac. André Guillon, de Saint-Jean-d'Angély, réalise une caséinerie dans la laiterie d'Asnières-la-Girault en 1930, ainsi que la laiterie de la Belle-Judith à Rochefort dans les années 1940. Vers 1950, les architectes Ch. Pavid et W. Barbey participent à l'agrandissement ou à la transformation de plusieurs laiteries à Saint-Jean-de-Liversay, Taugon, Surgères et Aytré. De nouvelles techniques, enfin, sont utilisées dans les usines modernes : l'usine d'hydravions SCAN, construite en 1946, est l'oeuvre de Georges Letelier, ancien Prix de Rome ; Le Corbusier avait également fourni un projet pour cette construction.

    Certains bâtiments présentent un intérêt architectural, pour leur technique de construction, leur fonctionnalité ou leur aspect esthétique, les trois caractères étant parfois réunis. Parmi ceux-ci, on mentionnera bien sûr la corderie royale et les trois formes de radoub de l'arsenal de Rochefort, protégés au titre des Monuments historiques, mais aussi, toujours à l'intérieur de cet établissement, l'atelier des modèles de 1806, ainsi que les ateliers des forges des années 1850. Pour l'époque contemporaine on peut citer l'atelier de montage de l'actuelle usine Gec-Alsthom d'Aytré (1923), dont les cinq vaisseaux sont couverts de lanterneaux transversaux dans la partie centrale, l'atelier de chaudronnerie de la Compagnie du Phospho-Guano de La Rochelle (vers 1920), constitué de cinq vaisseaux couverts de voûtes en berceau segmentaire en béton armé, l'usine d'hydravions SCAN, à La Rochelle (1946), de type halle, et le silo de Courçon, constitué d'une agglomération d'alvéoles en béton armé (1953).

    Industries portuaires

    L'intensification des activités liées au transit maritime et fluvial durant la deuxième moitié du XIXe siècle, période de croissance économique générale, joua un rôle de tout premier plan dans l'industrialisation de la Charente-Maritime. Bien évidemment l'installation d'infrastructures portuaires adéquates, avec la construction de bassins à flot, donna un premier élan, mais paradoxalement c'est surtout l'implantation du réseau ferroviaire reliant la côte à l'arrière-pays, qui permit le développement de l'industrie portuaire. Ainsi, de nombreux industriels tirèrent profit des vastes terrains situés à proximité du port de la Pallice à La Rochelle ouvert en 1891, qui étaient facilement desservis par une voie ferrée. D'autres zones d'industries portuaires s'aménagèrent à Rochefort, Tonnay-Charente, Marennes et Mortagne-sur-Gironde.

    Ces industries s'apparentaient soit à la pêche, soit à la transformation des matières premières importées. En 1932, La Rochelle était encore le deuxième port de pêche de France, après Boulogne, mais aucune trace de conserverie de poisson ne subsiste, ni à La Rochelle, ni dans les autres ports du département. Les déchets de poisson étaient utilisés, dans l'usine Dahl d'Aytré par exemple, pour la fabrication de farines et d'huiles, employées aussi bien comme lubrifiants que pour la préparation ou la conservation des cuirs. Traités par des procédés chimiques spécifiques, ils entraient également dans la composition d'engrais : l'entreprise Jodet-Angibaud, créée en 1877 à Aytré, produisait ainsi du guano de poisson.

    A ces établissements s'ajoutèrent d'autres usines. Une filature de jute et de chanvre, par exemple, fut fondée en 1901 à la Pallice, sous le nom de Comptoir Linier. Cette entreprise dépendait d'un grand groupe du nord de la France ; les balles de jute arrivaient par bateau. Des usines de constructions navales virent aussi le jour dans divers ports. La plus importante, l'usine Decout-Lacour, qui devint plus tard Les chantiers navals de La Rochelle-Pallice, s'installa dans les années 1900 et loua les deux formes de radoub du port. Non loin d'elle, une usine d'hydravions fut créée en 1939 ; démolie pendant la guerre, elle fut reconstruite en 1946.

    C'est en raison du débarquement et du montage de wagons importés après la Première Guerre par les Américains que la société Middletown Car Company implanta, dans l'ancienne gare de La Rochelle, une usine de matériel ferroviaire. Celle-ci fut transférée à Aytré vers 1923 sous le nom des Entreprises industrielles charentaises ; elle fait actuellement partie du groupe Gec-Alsthom.

    La branche industrielle la plus importante regroupe cinq usines d'engrais minéraux et une usine de produits chimiques divers. Toutes occupaient d'immenses sites (la Compagnie royale asturienne des mines s'étendait sur un terrain de 100 ha à Tonnay-Charente) et ont marqué de façon indélébile le paysage. Les ports, desservant une région agricole très riche et en pleine mutation, sont devenus des centres importants de production d'engrais artificiels. Ils importaient des pyrites en provenance d'Espagne et du Portugal, des phosphates d'Afrique du Nord et des nitrates de soude du Chili. La première de ces usines fut créée en 1865 à Marennes. On y transformait le sel marin en sulfate de soude, soude brute, sels et cristaux de soude ou en chlorure de chaux. Elle fut rachetée dès 1867 par la société lyonnaise Perret et Olivier, qui elle-même s'associa, en 1872, avec la Compagnie de Saint-Gobain. Cette dernière racheta également en 1899 une autre usine à Tonnay-Charente pour la production de superphosphates. D'autres implantations suivirent, notamment à la Pallice, comme celle de la Compagnie du Phospho-Guano en 1897. Au total, cinq usines de produits chimiques y fonctionnaient aux alentours de 1915, lorsque la Première Guerre mondiale obligea à suppléer aux importations allemandes et à remplacer les productions du nord-est de la France. Les fabrications furent certes stimulées, mais aussi en partie détournées des objectifs traditionnels, et orientées vers les besoins urgents et massifs de l'industrie des explosifs, qui exigeait oléum, acide sulfurique, phénol et mélinite. C'est ainsi que fut créée en 1915, à la Pallice, l'usine de la Société pour l'industrie chimique en France, qui produisait 10 t d'acide picrique exportées journellement vers la Russie, 100 t d'acide sulfurique et 40 t d'oléum pour la France. C'est également à cette époque que s'installa la Compagnie royale asturienne des mines, à Tonnay-Charente, pour la production de zinc raffiné entrant dans la composition des laitons de munitions. Après la guerre, ces entreprises furent restructurées pour reprendre leur production traditionnelle, notamment celle de superphosphates. L'usine de la Société pour l'industrie chimique en France fut rétrocédée en partie à l'Union française d'engrais et de produits chimiques, pour la fabrication d'engrais, et en partie à la Société alsacienne de produits chimiques, pour la fabrication d'acide sulfurique et de phénol. La Compagnie royale asturienne des mines produisit, outre du zinc brut et raffiné, du zinc laminé.

    Les nombreuses implantations industrielles de la fin du XIXe siècle ont considérablement accru les importations de charbon en provenance du Pays-de-Galles ou d'Ecosse, mais également de la Ruhr. Ce combustible arrivait sous forme pulvérulente. Des fabriques de briquettes pour l'industrie ou de boulets pour le chauffage s'installèrent donc à proximité des ports. A Tonnay-Charente subsiste une usine d'agglomérés de houille, créée en 1899 par la société Delage et Cie, et rachetée en 1901 par la maison Charvet, propriétaire d'usines de ce type dans la région de Lyon et Saint-Etienne. L'outillage n'a guère changé et la machine à fabriquer des briquettes, photographiée vers 1910, est toujours en activité. C'est également l'approvisionnement régulier en charbon qui a entraîné l'implantation de la cimenterie de Mortagne-sur-Gironde non loin du port, où étaient déchargés chaque mois trois ou quatre bateaux de charbon par 90 dockers. Le ciment était ensuite expédié par la voie ferrée longeant l'usine.

    Ces usines forent presque toutes créées par de grandes sociétés nationales, qui firent l'objet de rachats successifs et changèrent de raison sociale au gré des différents regroupements et fusions. La Société alsacienne de produits chimiques à la Pallice, acquise par la Société de produits chimiques Thann et Mulhouse en 1940, devint usine des Terres rares en 1946, puis fut reprise en 1962 par Péchiney avant d'être intégrée au groupe Rhône-Poulenc en 1972. La Compagnie Saint-Gobain, héritière de la Manufacture des glaces créée au XVII5 siècle, était implantée à Marennes et à Tonnay-Charente. Le siège de la Compagnie du Phospho-Guano, à la Pallice, était à Paris ; il existait une autre usine à Honfleur.

    Les techniques de fabrication ont profondément évolué et, par conséquent, il ne reste que très peu de traces des installations d'origine. Les usines d'engrais se distinguaient par leur très grande superficie couverte. Le processus de fabrication étant continu et la demande, saisonnière, les industriels devaient disposer d'immenses magasins pouvant stocker jusqu'au tiers de la production annuelle. L'utilisation d'acides interdisait de couvrir ces vastes entrepôts de charpentes métalliques ; ils étaient donc en pan-de-bois et bardage de bois. Le béton armé sera cependant mis en oeuvre à partir des années 1920 à la Compagnie du Phospho-Guano. Le métal ne sera utilisé que pour les bâtiments de stockage des matières inertes. A partir des années 1960, la technique du bois lamellé et collé tend à se généraliser.

    L'un des produits dominants de l'industrie chimique est l'acide sulfurique, qui sert de base à de nombreuses fabrications. Les techniques de son élaboration ont fortement évolué depuis un siècle. A la fin du XIXe siècle, le gaz sulfureux, obtenu par la combustion de minerais dans un four, passait dans un premier organe, la tour de Glover, puis dans des chambres de plomb, où la transformation en acide sulfurique s'effectuait. Les gaz résiduels traversaient ensuite une ou deux colonnes de Gay-Lussac, avant d'être rejetés dans l'atmosphère par une cheminée d'évacuation d'une hauteur assez considérable pour en assurer la dispersion. Fours et chambres de plomb étaient abrités dans de très vastes bâtiments. La Compagnie royale asturienne des mines se dota dans les années 1930 d'une installation de type Petersen : les tours en fer qui remplaçaient les chambres de plomb permettaient alors un gain de place de 90 %. En 1953, la Compagnie du Phospho-Guano employait encore le procédé Kaschkaroff, assez proche du procédé Petersen. Le procédé dit de contact prit de l'essor après la Première Guerre mondiale : le gaz sulfureux était oxydé par l'oxygène de l'air en présence de catalyseurs solides dans un cylindre en tôle, de 3 à 4 m de haut sur un diamètre de 2 m, contenant un faisceau de tubes remplis d'amiante platinée.

    Les superphosphates, quant à eux, étaient également fabriqués dans chacune des usines d'engrais étudiées. Ces engrais artificiels résultaient de l'action de l'acide sulfurique sur un phosphate minéral. A partir des années 1950, de nouveaux procédés de fabrication répondirent à la demande de la clientèle agricole, qui préférait la présentation des engrais sous forme granulée et l'augmentation de leur concentration en éléments fertilisants. Furent alors mis au point les engrais complexes auxquels des superphosphates servaient de base. Actuellement, des poudres (phosphate, potasse, sulfate d'ammonium) sont mélangées, comprimées pour former un produit dur, lui-même concassé, sec, et dont la formule peut être adaptée aux besoins de chaque client.

    Les tâches pénibles autrefois attachées aux industries chimiques ont disparu et les opérations sont continues, mécanisées et souvent automatisées. Les unités de production ne sont plus intégrées dans les bâtiments, mais édifiées à l'air libre en raison de leurs grandes dimensions et de l'évolution et de la modernisation des procédés de fabrication. Une salle de contrôle centralisée permet la surveillance de l'ensemble des activités.

    Ces industries, où les conditions de travail étaient très difficiles pour la main-d'oeuvre, ont été à l'origine de nombreux conflits sociaux. C'est sans doute l'une des raisons pour lesquelles les patrons ont développé très tôt une politique sociale. Lors de sa fondation vers 1901 à La Rochelle, le Comptoir minier, dépendant d'un groupe du nord de la France, copia les réalisations sociales des industries textiles et minières en édifiant une cité ouvrière de 42 logements et une crèche. A Tonnay-Charente, la Compagnie royale asturienne des mines fit bâtir vers 1916 une cité de 24 logements, sous la forme de deux barres de 14 et 10 habitations, et 6 logements de contremaîtres. Les façades de ces derniers, également regroupés en bande, ont reçu un traitement soigné les différenciant les unes des autres. De cette usine dépendaient également un grand bâtiment regroupant un réfectoire et des chambres, et une autre cité pour les travailleurs étrangers saisonniers. Dans la même commune, la Compagnie de Saint-Gobain a fait construire, en 1929, trois barres de 8 logements d'ouvriers.

    Beaucoup d'établissements portuaires ont, semble-t-il, cessé leur activité en raison de l'insuffisance des voies de communication vers l'intérieur du pays. Leur rayon de diffusion, trop restreint, les a condamnés. On l'a vu, l'interdépendance est étroite entre l'économie régionale et les ports, et il est difficile de savoir si c'est de l'étroitesse du marché ou de l'absence de politique ambitieuse de l'aménagement portuaire que provient cette baisse d'activité. Toujours est-il qu'actuellement ne fonctionnent que deux usines d'engrais (Socofer à la Pallice et SECMA à Tonnay-Charente), une usine de produits chimiques (les Terres rares de Rhône-Poulenc à la Pallice), une usine d'agglomérés de houille (Charvet à Tonnay-Charente) et une usine de matériel ferroviaire (Gec-Alsthom).

    Depuis les années 1950, quelques activités liées aux ressources locales se sont développées. Les industries alimentaires se sont diversifiées et la biscuiterie est devenue une spécialité à Pons et Saint-Jean-d'Angély. L'industrie bée à la préparation de l'argile blanche a pris de l'essor (Clérac, Saint-Aigulin). Il en est de même pour le déroulage des bois, mais le peuplier a été délaissé au profit du bois exotique importé par la Pallice (Loulay, Dampierre-sur-Boutonne, Poursay-Garnaud, Rochefort et Saint-Jean-d'Angély). D'anciens établissements urbains, trop à l'étroit intra muros, se sont installés en périphérie de ville (biscuiterie Colibri, à Pons). Parallèlement, la politique de décentralisation a généré la transplantation d'entreprises, venant le plus souvent de la région parisienne, à proximité des agglomérations les plus importantes, et notamment, à La Rochelle, dans les zones de Périgny (l'usine automobile Simca rachetée en 1978 par Peugeot) et de Chef-de-Baie (Compagnie industrielle de télécommunications). Mais avec cet aménagement concerté du territoire, c'est surtout une industrie de transformation, n'ayant plus rien à voir avec les ressources locales, qui s'est développée. Dans ces quartiers industriels, desservis par de grands axes routiers, où les usines se déploient sans contrainte, les bâtiments se présentent sous la forme de cubes revêtus de bardage métallique. Ce type d'implantation, cette forme et ce revêtement sont désormais caractéristiques de la construction industrielle depuis les années 1960.

    Les minoteries

    Quarante d'entre elles ont été recensées, qui assuraient en 1965 la mouture d'une grande partie de la récolte de blé arrivant au deuxième rang dans le Poitou-Charentes après la Vienne (doc.) En 1966, on n'en mentionne plus que 33 en fonctionnement (PINARD, Jacques. Les industries du Poitou et des Charentes : étude de l'industrialisation d'un milieu rural et de ses villes. Poitiers : S. F. I. L., 1972. p. 200).

    Les distilleries

    La betterave à sucre introduite en Aunis sous le Premier Empire ne donnait guère de résultats satisfaisants : "les terrains ne sont pas propres à cette racine" écrivait en 1812 le maire de Saint-Martin -de-Villeneuve au sous-préfet. En 1840 est créée la première sucrerie aunisienne, celle de Ballon, qui ferme quelques années plus tard en 1848. Relayant Ballon, ouvrent successivement les sucreries de Saint-Rogatien, du Gué-d'Alléré et de Chambon, mais chacune demeure artisanale. Pour réparer les désastres causés dans la région par le phylloxéra, la Société des sucreries de l'ouest fait construire à Pons une fabrique de sucre de betterave, bénite par l'évêque le 30 octobre 1881 (Bulletin religieux, 18e année, 5 nov 1881, p. 215). En 1892 à Forges-d'Aunis ouvre une autre sucrerie industrielle, sous forme coopérative. En 1912, cinq distilleries existent à côté de celle de Forges-d' Aunis. La guerre de 1914-18 fut fatale à la betterave, et malgré le petit regain entre les deux guerres, sa culture ne fit que diminuer. En 1961, l'usine de Forges, la dernière à subsister, a fermé ses portes, et ses bâtiments ont aujourd'hui disparu.

  • Statistiques industrielles. AD Charente-Maritime, 11 M 3/1.

    Statistiques du canton de Pons, an VI :

    Industries dans la commune de Pons (aucune industrie n'est signalée hors de la commune de Pons) :

    15 fabriques de serges et autres grosses étoffes (39 employés)

    3 tanneries (8 employés)

    3 mégisseries (17 employés)

    1 fabrique de toile

    3 chapelleries

    ouvriers en fer

    Statistiques de l'industrie de la laine en 1811 : (laine indigène)

    - arrondissement de Rochefort : 100 ouvriers travaillant pour leur compte (travail manuel).

    - arrondissement de Jonzac : 120 ouvriers travaillant pour leur compte.

    Statistiques de l'industrie des étoffes en 1812 : (ne concernent que La Rochelle ?)

    - 3 filatures de coton provenant des Etas-Unis (dont une à l'hospice).

    - 6 filatures de chanvre provenant du nord.

    - 1 filature de lin (de Vendée surtout) occupe 20 enfants de 8 à 10 ans de l'hôpital général.

    Statistiques de 1812 pour les poteries communes vernissées :

    La Chapelle : 13 fours ; 60 employés. 3 ans auparavant, le nombre de fours était double.

    Saint-Cézaire : 6 fours ; 24 employés

    Vénérand : 3 fours ; 14 employés. Extraction de la terre pour la faïence de Saintes

    Statistiques de 1812 pour les tuileries-briqueteries :

    La Chapelle : 5 fours ; 16 employés

    Cravans : 2 fours ; 6 employés

    Saint-Cézaire : 6 fours ; 18 employés

    St-Saturnin : 7 fours ; 20 employés

    En 1812, la toile de chanvre produite suffit à la consommation de la classe indigente. La classe aisée achète de la toile de lin fabriquée hors de l'arrondissement. Les 7 minoteries de Cozes et les 11 de Mortagne produisent du minot envoyé à Bordeaux. Saintes est approvisionnée par la Mothe-Saint-Héraye (79). Pour les brûleries d'eau-de-vie, 398 chaudières sont montées dans l'arrondissement de Saintes et 344 propriétaires ne brûlent que les vins qu'ils ont récoltés ; 53 chaudières appartiennent à des personnes qui brûlent les vins qu'ils achètent.

    An VI : " on comptait autrefois à La Rochelle jusqu'à 12 manufactures de sucre raffiné ; il n'en existe plus qu'une qui a employé jusqu'à 80 ouvriers (12 ensuite), appartenant à Paul Garreau ".

  • Statistiques industrielles. AD Charente-Maritime, 11 M 3/2

    Rapport au ministre de l'agriculture, du commerce et des travaux publics en date du 15 mars 1861 pour le département :

    - à Pons : - Barthélémy Falour, tanneur, possède un moulin à tan à Mirambeau considéré comme

    une dépendance de sa tannerie.

    - Simon et Alfred Gaury, associés, filateurs de laine, possèdent une filature située à Pinthiers sur la Seugne ; 230 broches non compris celles préparatoires. La force de 1' eau est de l'ordre de 2 chevaux vapeur.

    - François Pagnon, foulonnier, possède un moulin à foulon à Pinthiers.

    - à Chadenac : la veuve de Pierre Roche exploite un moulin à eau à farine à Chaudron.

    - à Saint-Seurin-d'Uzet, François Jousse exploite au bourg un moulin à eau équipé de deux paires de meules.

    - à Jonzac, Pierre Cormelier fabrique de l'eau-de-vie.

    - à Montguyon, la veuve Bart-Breton exploite la tannerie.

    Rapport au ministre de l'agriculture, du commerce et des travaux publics en date du 2 mai 1862 pour le département :

    - il existe une seule filature de lin dans le département à La Rochelle : 2936 broches ; 157 hommes et femmes y travaillent.

    - peu de minoteries à vapeur, mais un grand nombre de moulins à vent et à eau : 634 moulins à eau traitant le blé sont répandus sur 257 cours d'eau.

    - 540 carrières de pierre : plus de 1500 ouvriers (moellon et pierre de taille).

    - 3500 propriétaires de salines.

    - Des produits céramiques sont produits partout dans le département dans les lieux où se trouve la matière première : 20 fours simples de tuileries-briqueteries et 120 fours mixtes (440 ouvriers).

    -16 fabriques de poteries communes dans le sud du département (Chapelle-des-Pots, Mirambeau, La Clotte, Clérac) : 60 ouvriers.

    - 75 fours à chaux dont 55 à calcination périodique cuisant au bois et 22 à calcination continue, cuisant à la houille (environ 100 ouvriers en tout).

    - Des tanneries-mégisseries situées surtout dans l'arrondissement de saintes font travailler 60 à 75 ouvriers.

    Statistiques industrielles. AD Charente-Maritime : 14 M 1 / 3, vers 1860.

    - 6 faïenceries (4 à Saintes et dans ses environs, une près de Montendre et une à Souméras)

    - La tourbe sert à la distillation des eaux-de-vie.

    - Il existe deux raffineries de sel, à Ars et Loix, qui emploient 45 ouvriers.

    - Verrerie à Clérac équipée d'un four à 5 creusets, et une au Gibaud à un four à 6 creusets (20 ouvriers). La verrerie de La Tremblade est au chômage.

    - Four à plâtre : 9 fabriques près de Saint-Jean-d'Angély (25 ouvriers).

    - 2 fonderies de fonte de fer à Rochefort, une à Saint-Jean-d'Angély et une à Marans (65 ouvriers).

  • Statistiques industrielles vers 1880. AD Charente-Maritime, 11 M 3/4.

    Arrondissement de Saint-Jean-d'Angély :

    16 meuneries ; 25 personnes employées

    45 carrières ; 80 personnes employées

    75 tonnelleries ; 120 personnes employées

    780 (?) distilleries agricoles ; 840 personnes employées

    14 fabriques de chaux ; 35 personnes employées

    Arrondissement de Jonzac :

    2 meuneries

    55 carrières ; ouvriers payés à la tache

    3 tanneries ; 3 personnes employées à Montguyon, Jonzac, Neuillac

    0 distillerie agricole (cf. phylloxéra)

    2 verreries ; 50 personnes employées à Cercoux

    18 tuileries-poteries ; 18 personnes employées

    18 fabriques de chaux ; 25 personnes employées

    Arrondissement de Marennes :

    1 usine de produits chimiques ; 30 personnes employées à Marennes

    35 carrières ; 70 personnes employées

    1000 salines ; 2005 personnes employées

    1348 pêche des huîtres ; 2696 personnes employées

    40 distilleries agricoles ; 120 personnes employées

    109 meuneries ; 119 personnes employées

    Arrondissement de Rochefort :

    Le prix de la journée varie : 3 F à 3,50 F (usine à gaz, tannerie, mégisserie), 2,50 F (meunerie), 4 F (tonnellerie), 4 F (fonderie fer et fonte). Les propriétaires des carrières donnent aux carriers 1,25 F par m3 extrait ; ceux-ci peuvent extraire de 4 à 5 m3 par jour.

    1 usine à gaz ; 11 personnes employées

    33 carrières ; 88 personnes employées

    6 fabriques de chaux ; 17 personnes employées

    5 poteries-tuileries ; 34 personnes employées

    200 distilleries agricoles ; 580 personnes employées

    8 tanneries ; 35 personnes employées

    30 tonnelleries ; 118 personnes employées

    43 minoteries ; 61 personnes employées

    Arrondissement de Saintes (en 1885) :

    Aucune femme, ni enfant, employés dans l'arrondissement

    101 distilleries agricoles ; 75 personnes employées

    10 poteries-tuileries ; 26 personnes employées

    21 fabriques de chaux ; 30 personnes employées

    1 usine à gaz ; 8 personnes employées

    8 tanneries ; 30 personnes employées

    6 fonderies de fer et fonte ; 27 personnes employées

    77 meuneries ; 140 personnes employées

    53 carrières ; 120 personnes employées.

  • Extraits de rapports de la Banque de France (temporairement conservés à Poitiers).

    Rapport de 1862 : « la guerre d'Amérique, si funeste à plusieurs branches du commerce et de l'industrie de notre pays, a atteint La Rochelle dans le vif de ses transactions par l'énorme diminution qu'elle a déterminé dans l'expédition des eaux-de-vie du pays. (...) En résumé, le commerce de La Rochelle a besoin de quelques bonnes récoltes de vin et de blé pour retrouver ses activités et tirer parti des ressources que lui assure déjà le chemin de fer qui la met en communication avec l'intérieur de la France et qui lui promet celui qui doit plus tard la relier à Nantes ».

    Rapport de M. Billotte en 1879 : « le phylloxéra a envahi les arrondissements de Saintes et de Saint-Jean-d'Angély, et dans les quatre autres arrondissements les vendanges sont très faibles (...). Le département de la Charente-Maritime n'est pas industriel, mais seulement producteur : tout languit quand les récoltes sont pauvres, et comme les vignobles abondent, il est à craindre que le pays ne soit à moitié ruiné, et pour longtemps, par l'invasion de ce nouveau fléau, qui vient de dévaster toute la région du midi, et par les transformations de culture qui en seront la conséquence. L'industrie y est à peu près nulle : les fabriques de conserves ont émigré en Bretagne et en Vendée, sauf une seule (...), une fabrique de briquettes a des marchés considérables avec la Compagnie d'Orléans (...), enfin, une fabrique de produits chimiques à Marennes est arrêtée depuis trois mois, faute de sels, dont la production est à peu près nulle cette année. Depuis la grande crise américaine qui a fermé le plus important des débouchés pour les eaux-de-vie, et créée une concurrence redoutable, le commerce rochelais s'était peu à peu transformé. Les armements se sont rejetés sur des transports de charbon venant d'Angleterre, et de minerais d'Espagne pris à Bilbao, deux maisons importantes font le commerce de bois du nord avec succès, enfin, de nombreuses et grosses maisons s'occupent de transaction sur les blés (...). La Rochelle n'est pas seulement un marché, mais surtout aussi un port d'expédition et d'importation : c'est par là que son passé a été si brillant, c'est là aussi que peuvent être les expériences d'avenir. Je crois devoir dire un mot à ce sujet, d'un projet dont on se préoccupe beaucoup, et sur la réalisation duquel on compte fort pour la prospérité future des affaires de La Rochelle. Ce projet, pour lequel des crédits importants ont été votés par la chambre, consiste dans la création d'un troisième port en eaux profondes, et dont l'accès serait facile aux bâtiments de très fort tonnage.

    La situation du bassin de La Rochelle est en effet unique : au milieu de la côte Atlantique, protégé dans ses trois rades par les deux grands brise lames naturels des îles de Ré et d'Oleron, il présente un accès commode et assuré par les deux larges ouvertures du pertuis breton et du pertuis d'Antioche. Dans le bassin viennent se déverser trois rivières en partie navigables. Enfin, la ville est tête de ligne des chemins de fer d'Orléans et des chemins de fer d'Etat.

    Cette situation a fait autrefois la prospérité du port de La Rochelle ; en dépit des circonstances contraires, elle n'a pas disparu, malgré la perte de nos colonies, le désastre de Saint-Domingue, et plus récemment la guerre de Sécession, et les transformations du matériel maritime. A défaut d'eaux-de-vie, dont le débouché était fermé, on s'est mis à exporter ou à importer des houilles, cokes et briquettes, des minerais et des vins d'Espagne, des bois du nord, des poissons et des sels, des grains et farines. Mais tout ce mouvement est entravé d'une part, par le manque de profondeur du chenal, et de l'autre, par l'insuffisance des bassins actuels à certaines époques de l'année. C'est pour remédier à cet inconvénient qu'on a songé à créer à 4 km de La Rochelle, en face de la rade de la Palice, un port en eaux profondes, accessibles aux plus gros navires : on utilise à cet effet une vaste et profonde dépression de terrain, qui paraît préparée par la nature et permet d'espérer que le chiffre de la dépense sera relativement peu élevé. Il est certain que dans ces conditions, le port de La Rochelle, déjà si privilégié par sa situation topographique, est appelé avant longtemps à prendre une importance considérable. On espère qu'il pourrait faire concurrence à Bordeaux et à Nantes, qui s'ensablent, au Havre dans une certaine mesure, aux ports de l'Allemagne du Nord, Anvers, Brème, Lubeck, Hambourg pour le commerce d'importation avec la Suisse, l'Allemagne du Sud et l'Autriche. Ce sont peut-être là des illusions locales qu'il serait téméraire de partager : il faudra d'ailleurs 10 ans au moins pour l'achèvement du port ; il faudra bien plus longtemps pour établir des relations et des habitudes nouvelles ; on crée un bassin plus vite qu'une grande place de commerce ».

    Rapport Faraguet en 1904 : « Le trafic du port de La Rochelle est loin de répondre aux espérances formulées à l'époque de sa fondation ; cela tient d'abord à ce que les grandes compagnies françaises de navigation, liées par des traités anciens, conservent leurs relations avec Bordeaux et Pouillac, ensuite à ce que les tarifs des chemins de fer d'Orléans ne favorisent pas les transports des marchandises effectuant un parcours initial sur le réseau de l'Etat ».

    Rapport Quelor en 1929-30 : « Dans la zone de Saintes, 24 laiteries coopératives groupées au sein d'une puissante Union traitent annuellement 68 millions de litres de lait ; il existe, en dehors, des laiteries coopératives isolées et des laiteries particulières importantes. La caséine est le premier sous-produit ; une forte baisse a donné 3/20 des recettes. Le sérum est utilisé pour l'engraissement des porcs. A chaque laiterie est annexée une porcherie qui reçoit directement le sérum ».

    Rapport Quelor en 1931 : « Dans les arrondissements de La Rochelle et Rochefort, l'industrie n'est guère représentée que par des usines, importantes du reste, appartenant à des sociétés étrangères à la région. (...) L'Aunis, autrefois, était un pays de vignobles, mais après destruction par le phylloxéra, les vignes n'ont été replantées qu'aux confins de la Saintonge et dans les îles ; elles relèvent des Bois Ordinaires et des Bois Communs, les derniers classés dans les terroirs des Charentes (...). Presque partout la vigne a été remplacée par les cultures et, surtout, les pâturages où l'on élève du bétail en vue de la production laitière, et aussi de l'embouche ».

    Rapport Robin en 1932 : « La Rochelle qui demeure le 2e port de pêche de France, après Boulogne, est, au point de vue commercial, le 9e aux entrées et le 18e aux sorties. (...) La création de la Pallice en 1891 marque le point de départ du développement économique moderne de la région, qui allait trouver un puissant élément d'activité, en dehors de l'armement du commerce et de la pêche dans la transformation des matières premières. Aussi les diverses industries locales s'apparentent-elles étroitement soit à la pêche, soit aux matières premières d'importation.

    Dans les années 1930, chute du prix de la caséine, puis nouvelle hausse en 1934.

Références documentaires

Documents d'archives
  • A. D. Charente-Maritime, Br 2065. Chambre de commerce et d'industrie de Rochefort-sur-Mer et de Saintonge, 1966.

  • A. D. Charente-Maritime, 3 J 110.

  • A. D. Charente-Maritime, 77 J 361-362. 1952-1953 : fonds Guillon, Courçon : projet de silo.

  • A. D. Charente-Maritime, 77 J 365-367. 1954-1961 : fonds Guillon, minoterie Méchain à Courcelles.

  • A. D. Charente-Maritime, 7 M 9/36. 1861-1908 : fours à chaux.

  • A. D. Charente-Maritime, 7 M 9/37. 1843-1909 : usines à gaz.

  • A. D. Charente-Maritime, 10 M 3/12, 1936-1937 : contingentement des moulins.

  • A. D. Charente-Maritime, 11 M 3/1 à 5. Statistiques industrielles, an V-1900.

  • A. D. Charente-Maritime, 12 M 2/10, 1842-1912 : sociétés d'agriculture et comices, affaires diverses : arrondissement de Jonzac.

  • 1887-1935 : sociétés coopératives.

    Archives départementales de la Charente-Maritime, La Rochelle : 13 M 3/4
  • A. D. Charente-Maritime, 14 M 1/3, travail des enfants.

  • A. D. Charente-Maritime, 14 M 2/6, grèves diverses.

  • A. D. Charente-Maritime, 14 M 4/1. 1813-1822 : les tanneries.

  • A. D. Charente-Maritime, 14 M 4/12. 1936 : industrie de la chaussure.

  • A. D. Charente-Maritime, 3 P matrices cadastrales, 1882-1910.

  • A. D. Charente-Maritime, 4 P 1427. 1912-1934 : contributions indirectes, relevés n° 2 pour le droit fixe de patente des fabricants d'eau de vie.

    Archives départementales de la Charente-Maritime, La Rochelle : 4 P 1427
  • A. D. Charente-Maritime, 3 Q 8537. 1912-1938 : sommier pour le recouvrement des droits dus par les sociétés ; bureau de Pons.

  • A. D. Charente-Maritime, 3 Q 15551-53. 1877-1940 : sommier pour le recouvrement des droits dus par les sociétés ; bureau de Saintes.

  • A. D. Charente-Maritime, S 986. 1885-1894 : usines, rivières et ruisseaux de l'arrondissement de Saintes.

  • A. D. Charente-Maritime, S 1373. Moulins de la Seugne, à partir de la lettre M.

  • A. D. Charente-Maritime, S 1401. La Charente, barrage de la Baine, 1845.

  • A. M. La Rochelle, 14 W 16. 1921-1925 : établissements classés : usine de la Société alsacienne.

    Archives municipales, La Rochelle : 14 W 16
  • A. M. La Rochelle, 16 W 12. 1915-1939 : établissements de 1ère classe.

  • A. M. La Rochelle, 16 W 34. 1898-1940 : établissements de 1ère classe.

  • A. M. La Rochelle, 90 W 29. 1946-1947 : reconstruction de l'usine " Comptoir Linier " à la Pallice.

    Archives municipales, La Rochelle : 90 W 29
  • A. D. Charente-Maritime, 8 S 278. 1867-1874 : appareils à vapeur.

  • Archives Privées [actuellement en dépôt à Poitiers]. 1860-1939 : rapport d'inspection de la Banque de France.

Bibliographie
  • Anonyme. Aunis et Saintonge, La Charente-Maritime, Richesses de France, 1953.

  • Dangibeaud, Charles ; Proust, Emilie. La ville de Saintes à la fin du XIXe siècle, vol. VI. Saintes, 1900.

  • Darde, F. " Les ports de La Rochelle, la Pallice ", in : Le Centre-Ouest de la France, encyclopédie régionale illustrée. Poitiers : Lib. Occitania, 1926.

    p. 366
  • Dauriac, Y. Le mouvement ouvrier en Charente-Maritime de 1815 à nos jours. [Conservé aux A. D. Charente-Maritime, 4 J 3130].

  • Denis, Sylvie ; Beziaud, Nicole. La Rochelle-Pallice, " L'escale atlantique " : Mémoire du quartier de la Pallice. La Rochelle : Archives Municipales, 1989.

  • Fleury, Paul. Le port de Marans : commerce, industrie, ressource du pays. Marans : Imp. Prax, 1904.

  • GAUTIER, M.-A., Statistique du département de la Charente-Inférieure. La Rochelle, 1839.

  • Géant, Joël. La Charente-Inférieure et ses industries agricoles. Thèse agricole, Paris : P. Macron, juillet 1922.

  • Gensbeitel, Christian ; Morin, Frédéric. Saintes. Mémoire en images. Joué-lès-Tours : Alan Sutton, 1998.

  • Illustration économique et financière, n° spécial : La Charente Inférieure. Paris, 1926.

  • Julien-Labruyere, François. Paysans charentais : histoire des campagnes d'Aunis, Saintonge et Bas-Angoumois. La Rochelle : Rupella, 1982.

  • Kaeppelin, Thierry. Industrialisation de la Charente-Maritime. Mémoire de stage de l'E. N. A., 1960[Conservé aux A. D. Charente-Maritime, 2 J 119].

  • Kollmann, Virginie ; Valière, Michel. A la découverte du patrimoine artisanal et industriel du Poitou-Charentes. Poitiers : Maison des Sciences et des techniques, 1987.

  • Kompass régional Limousin, Poitou-Charentes 1988. Copyright Kompass, 1988.

  • Pinard, Jacques. Les industries du Poitou et des Charentes : Étude de l'industrialisation d'un milieu rural et de ses villes. Poitiers : S. F. I. L., 1972.

  • Poitevin, Benoît. Mémoires des techniques, mémoire des quartiers de La Rochelle : Laleu, La Pallice, Mireuil. La Rochelle : éd. Astrobale, 1995.

  • Pousson, A. ; Vert, L. La Rochelle, ses industries, ses ports. La Rochelle : Imprimerie de l'ouest. 1928.

  • Robert, J. " L'industrie dans la région de programme Poitou-Charentes ", Norois, n° 48, 12e année, oct-déc 1965.

    p. 539-547
  • Le rapide annuaire. La Rochelle : Texier, 1912.

(c) Région Poitou-Charentes, Inventaire du patrimoine culturel - Pouvreau Pascale