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Présentation des châteaux romans en Poitou-Charentes

Dossier IA16008269 réalisé en 2010

Fiche

Œuvres contenues

INVENTAIRE DES CHÂTEAUX ROMANS EN POITOU-CHARENTES

Marie-Pierre Baudry, 2010.

INTRODUCTION

Au terme de cette enquête, et en croisant différents indices sur le terrain et dans les textes, nous avons retenu 450 sites qui correspondent peut-être à un « château roman », dont au moins 186 dont nous pouvons attester de l’existence avant le XIIIe siècle soit par les textes, soit par les vestiges sur le terrain (cf. carte 1).

La multiplication des châteaux au XIe siècle

La plupart de ces châteaux « romans » de Poitou-Charentes sont fondés au cours du XIe siècle, cités comme « castrum » ou « castellum ». Plus précisément, sur les 186 exemples identifiés de façon certaine par les textes pour les Xe-XIIe siècles, il en existe une dizaine dès le IXe siècle ; 55 sont mentionnés avant 1030 (dont 25 avant l’an mil). Nous pouvons en ajouter une dizaine avant 1050 (cf. carte 2). Beaucoup d’autres apparaissent dans les documents en même temps que leurs possesseurs, vers 1070-1090, dans le contexte de la réforme grégorienne : l’Église tente de reprendre une partie des domaines que se sont appropriés les nouveaux châtelains, détenteurs des pouvoirs publics. Les textes des cartulaires doivent alors entériner les partages de territoires : la paroisse, la châtellenie. Ainsi, nous pouvons compter au total au moins 114 châteaux attestés avant la fin du XIe siècle. Parmi ceux qui ne sont cités qu’au XIIe siècle, certains sont très mal connus et peuvent être plus anciens. Retenons, à travers ces quelques données chiffrées, issues d’un long dépouillement des sources écrites, le nombre important de châteaux édifiés avant le milieu du XIe siècle. C’est donc bien vers l’an mil, et plus précisément entre 980 et 1030 environ, que l’on commence à entrevoir les changements majeurs qui expliquent la naissance des premiers châteaux. Ce point fait largement débat aujourd’hui en France parmi les historiens. Il était donc important de recueillir rigoureusement les preuves pour le Poitou-Charentes. Avec quelques nuances, les statistiques que nous pouvons présenter aujourd’hui pour l’ensemble de la région confortent les analyses d’André Debord pour la Charente et les conclusions de Marcel Garaud pour le Poitou. Elles rejoignent celles d’Olivier Guillot et d’Élisabeth Zadora-Rio pour l’Anjou.

Des constructions de terre et de bois.

En ce qui concerne les formes architecturales, il apparaît clairement que l’écrasante majorité des châteaux de cette période ont des mottes. Cette butte de terre artificielle façonnée pour porter généralement une tour, mais surtout pour affirmer la présence du pouvoir seigneurial, est bien la caractéristique essentielle et nouvelle de cette période. Nous en avons recensé plus de 300. (cf. carte).

La motte est une formule architecturale tellement originale qu’elle occulte souvent l’existence de simples enceintes de terre qui continuent d’exister tout au long de la période romane. Par sa nature fragile et son peu de relief, la levée de terre est une structure délicate à analyser sur le terrain ; pourtant, elle apparaît comme la plus ancienne forme de mise en défense d’un site depuis la préhistoire, et la plus fréquente au fil des siècles.

On considère généralement que la plupart des mottes castrales étaient surmontées de tours de bois. Pourtant, lorsqu’elles ont été décapées, sinon fouillées, elles montrent assez souvent des vestiges de construction de pierre. Toutes les tours étudiées dans notre corpus sont en pierre et nous ne trouvons presque jamais, dans les textes concernant la région, de mentions de tours de bois. Les fouilles sont trop rares et trop anciennes pour avoir pu relever les trous de poteaux qui pourraient en signaler l’existence. C’est donc bien la grande tour maîtresse de pierre (turris) qui domine le paysage du Poitou-Charentes. Nous pouvons encore en voir une trentaine conservée dans la région, toutes rattachées à une grande famille seigneuriale. L’archéologie, l’iconographie et les textes nous permettent d’en ajouter une vingtaine. C’est finalement très peu au regard des quelque 450 sites retenus dans notre corpus. L’étude des formes confirme l’existence d’un type de « donjon roman » bien connu et dont nous avons pu affiner l’analyse.

Dans le château roman

Le château est avant tout une résidence noble. Par conséquent, son organisation spatiale et architecturale doit répondre à des besoins précis : des espaces de réception et des espaces privés d’habitation, des espaces domestiques permettant à une petite communauté de vivre dans une relative autarcie (basse-cour, greniers, étables, bétail, pressoir, moulin). Il subsiste peu de traces des bâtiments rassemblés dans l’enceinte, en dehors de la chapelle castrale. Il faut en déduire qu’ils étaient sans doute moins bien bâtis, peut-être en matériaux périssables (bois et torchis), et qu’on a prêté moins d’importance à leur conservation au fil des siècles. Notons par ailleurs les découvertes fréquentes de souterrains associés à un habitat de surface.

Les textes évoquent parfois la grande salle - aula ou sala - où se tient le châtelain. Elle n’est pas réservée aux plus puissants seigneurs. Cette salle n’est pas nécessairement logée à l’étage de la grosse tour, comme on le pense parfois un peu vite. Quelques études archéologiques récentes reconnaissent l’existence d’un bâtiment spécifique, de dimensions imposantes et d’une belle qualité de construction (Andone, Surgères, Villebois-Lavalette). La défense de l’enceinte castrale impose des murs épais, des ouvertures rares et étroites, des accès surveillés. La fortification reste passive et repose sur une accumulation d’obstacles. Les éléments de défense active – archères, tours de flanquement, châtelets d’entrée avec herse – n’apparaissent pas avant la fin du XIIe siècle. Auparavant, les châteaux en sont dépourvus et cela nous semble constituer un critère de définition architecturale acceptable pour marquer la fin de cette période « romane ».

Autour du château roman

Occupé avant le Moyen Âge ou vierge de toute occupation, le site idéal du château « roman » est un site de hauteur. Ce n’est pas toujours le cas cependant, comme le rappellent de nombreuses mottes perdues dans les bois et les plaines. L’éperon barré reste néanmoins le site privilégié, surtout lorsqu’il surplombe un voire deux bras de rivière. En dehors de l’intérêt économique du contrôle d’un pont, avec le péage sur les droits de passage des hommes et des marchandises, l’intérêt stratégique est évident. Dans toute la région, l’implantation du premier réseau castral semble être liée au développement de nouvelles voies commerciales, sur les rivières en particulier. Les premiers châteaux sont donc établis sur des sites élevés, mais généralement au centre du plateau. L’habitat s’est développé autour, de sorte que les plus anciens sites montrent bien un plan radioconcentrique, même lorsque le château a disparu ou s’est déplacé.

Nous avons des exemples de ce déplacement dès la fin du XIe siècle, mais c’est surtout dans la seconde moitié du XIIe siècle que le château est déplacé, parfois de quelques centaines de mètres seulement, pour profiter au mieux du relief comme obstacle naturel. Il est évident que ce déplacement traduit un renforcement de la fortification du château. Il correspond d’ailleurs souvent à la période de reconstruction – en pierre – de l’enceinte. L’enceinte castrale se réduit et est alors isolée du village par des fossés. C’est la raison pour laquelle certains châteaux se trouvent complètement détachés de leur ancienne chapelle castrale, qui devient église paroissiale. L’évolution du statut de la chapelle révèle l’organisation progressive du peuplement dans l’entourage du château. Beaucoup de sites étudiés sont abandonnés, à l’écart de tout habitat, et il est impossible de mesurer le phénomène, que l’on pressent, d’abandon des villages. Impossible encore, en l’attente de fouilles, de préciser les conditions de l’implantation humaine dans et autour du castrum.

Pour en savoir plus : Baudry, Marie-Pierre, Châteaux « romans » en Poitou-Charentes, La Crèche, Geste édition, 2011 (Cahiers du patrimoine n°95), 428 pages.

Aires d'étudesRégion Poitou-Charentes

Références documentaires

Bibliographie
  • Baudry, Marie-Pierre. Châteaux « romans » en Poitou-Charentes. Xe - XIIe siècles, Collection Cahiers du Patrimoine, n° 95. Geste éditions, 2011.

  • Baudry, Marie-Pierre. Du palais roman au donjon normand, naissance et diffusion d’un modèle de château roman en Europe, dans Parler du patrimoine roman, médiation et interprétation, université d’automne des médiateurs du patrimoine, Baudry, Marie-Pierre (dir.), Saint-Jean d’Angély, Centre de culture européenne, 2010.

    p. 12-21
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  • Rédet, Louis, Hiérarchie féodale des châteaux du département de la Vienne, Bulletin de la Société des Antiquaires de l’Ouest, 1ère série, t. 8, 1856-58.

    p. 136-148
(c) Région Poitou-Charentes, Inventaire du patrimoine culturel - Baudry Marie-Pierre