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Saint-Pierre de Juillers : présentation de la commune

Dossier IA17035054 réalisé en 1998

Fiche

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Aires d'étudesVals de Saintonge Communauté
AdresseCommune : Saint-Pierre-de-Juillers

Un fort potentiel archéologique

L'occupation du territoire de la commune de Saint-Pierre de Juillers est très ancienne. Le lieu-dit de la Féole, notamment, semble avoir été un site important pour l'implantation humaine, grâce à sa position privilégiée : il s'agit d'une colline (butte de la Cave) de près de 100m d'altitude, d'où l'on jouit d'une vue dégagée sur les environs. L'absence d'eau en ce point n'a pas découragé l'installation de l'homme depuis des temps reculés.

Les prospections aériennes de Jacques Dassié ont révélé au champ des Rentes, près de la Féole, la présence d'un site de l'Age du Fer de plus d'un hectare, composé d'un habitat central entouré de vastes enceintes et de fossés. Par la suite, le passage de la voie romaine de Poitiers à Saintes à proximité a peut-être fait de la Féole un point de surveillance sur cet important axe de communication, mais il n'est pas possible de l'affirmer. Le docteur Texier signale tout au plus la découverte de pierres triangulaires dans un champ, et indique que le lieu aurait porté jadis le nom de « ville des Goths ».

Pendant longtemps, on a cru que la butte à l'entrée du village et aujourd'hui dissimulée sous un bois était un ancien camp romain circulaire. En réalité, il s'agirait plutôt d'une ancienne motte féodale, édifiée autour du 10e ou du 11e siècle, peut-être le premier signe de l'installation d'un pouvoir seigneurial sur ce territoire. Il devait s'agir d'une tour de bois édifiée sur un tertre artificiel. La toponymie du cadastre napoléonien de 1835 évoquait toujours un château, même si toute construction avait disparu depuis longtemps. Un souterrain-refuge situé un peu plus au nord, découvert en 1899 mais aujourd'hui condamné, a peut-être un lien avec cet ancien château.

D'autres découvertes archéologiques ont été réalisées sur la commune. A Courpéteau, près du logis, on a mis au jour en 1864 un bassin qui serait, selon les conclusions du docteur Texier, l'impluvium d'une villa gallo-romaine. Des silos, peut-être également antiques, ont été mis au jour en 1920 dans le bourg, devant l'église. De plus, la toponymie de Juillers, anciennement Juliacum, indiquerait qu'il existait dans les environs le domaine d'un gallo-romain nommé Julius.

Pour la période du Haut Moyen Age, en plus de la motte et du souterrain de Féole, signalons la découverte au centre du bourg de plusieurs sarcophages contenant des squelettes semblant tenir un cruchon au niveau de la bouche. Très bien conservés, ces cruchons auraient pu contenir du vin. Il pourrait s'agir du premier cimetière de Saint-Pierre de Juillers. Au lieu-dit le bois des Pots, on a également mis au jour deux puits juxtaposés, de 8 m de profondeur. On y a retrouvé des tessons de poteries de la fin du Moyen Age.

Le Moyen Age à travers les écrits et l'oralité

Très peu de traces bâties subsistent du Moyen Age. La plus évidente est bien sûr l'église qui, bien que très transformée au cours des siècles, conserve quelques vestiges romans (12e siècle) et un choeur gothique (15e siècle). Il ne s'agit toutefois pas, à l'évidence, de la première église de Saint-Pierre de Juillers car les premières mentions de l'édifice, dans le cartulaire de l'abbaye de Saint-Jean d'Angély, remontent à la fin du 11e siècle. Du premier édifice, il resterait peut-être un chapiteau daté du Haut Moyen Age et retrouvé vers 2000 dans un terrain voisin.

Un château aurait occupé la butte située au nord du bourg, encore appelée aujourd'hui « terrier du château ». Aucun document ne vient éclairer l'histoire de cet édifice. D'après Gautier (chef de division à la préfecture dans les années 1840), il aurait été assiégé par les Anglais pendant la Guerre de Cent Ans. Vaincus, ceux-ci auraient enterré leurs morts dans trois carrières, devenues le lieu-dit « les Trois Tombes » visible sur le cadastre de 1835 près du site du château disparu. Toujours d'après l'auteur, de grandes quantités d'ossements y furent découvertes en 1780.

L'ancienne aumônerie de Courgeon est attestée par les écrits, bien que l'on ignore la date de sa fondation par les moines de l'abbaye de Saint-Jean d'Angély. Peut-être fait-elle suite à la donation à l'abbaye d'un tiers de la terre de Courgeon par le sénéchal d'Aunay, vers 1060, indiquée dans le cartulaire de Saint-Jean d'Angély. C'était un lieu d'accueil pour les indigents et les pèlerins, placé non loin du chemin de Saint-Jacques de Compostelle. En effet, celui-ci passait par les Eglises d'Argenteuil (commune voisine) et, selon certaines hypothèses, il existait une voie par Varaize ne passant pas par Saint-Jean d'Angély : cette voie serait passée par ou très près de Courgeon. L'aumônerie fut vendue comme bien national en 1792 et entièrement transformée en ferme.

Les quelques pièces du cartulaire concernant Saint-Pierre de Juillers et Courgeon évoquent également la présence de moulins au moins dès le 11e siècle (le singulier est employé pour Saint-Pierre de Juillers et le pluriel pour Courgeon). A cette période, il s'agit selon toute vraisemblance de moulins à eau, construits sur la Nie. Bien qu'il n'en reste plus trace, peut-être occupaient-ils déjà l'emplacement des moulins actuels, dans le bourg, à Courgeon et peut-être à la Verdinière et à Courpéteau.

Le cartulaire indique également qu'au 10e siècle, Saint-Pierre de Juillers était le siège d'une viguerie, c'est-à-dire d'une petite juridiction administrative administrative traitant les affaires courantes. Il devait donc s'agir d'une localité d'une relative importance, bien qu'on ignore tout de sa population à cette époque. De l'habitat médiéval, il ne subsiste rien, si ce n'est de très rares ouvertures à accolades.

Saint-Pierre de Juillers jusqu'à la Révolution

La fin du Moyen Age voit probablement la disparition du château médiéval de Saint-Pierre de Juillers et le développement d'une seigneurie dont le siège est à Courpéteau. Elle passe dans les mains des Bidauld, des Legrand, puis des du Bois de Saint-Mandé au 18e siècle. Sous l'ancien Régime, Saint-Pierre de Juillers appartient aux seigneurs de Courpéteau et aux moines bénédictins de Saint-Jean d'Angély. La paroisse compte au 17e siècle 106 feux (foyers) , soit environ 500 habitants. On y produit principalement du blé et du vin.

Aucun événement marquant n'est relaté, si ce n'est une revue des troupes du duc d'Anjou « en la plaine de la Féolle », lors du siège de Saint-Jean d'Angély devenue place forte protestante, pendant la troisième Guerre de religion en 1569. D'après Denis Chapacou, le baron de la Touche, figure protestante, aurait été mis à mort sur ordre de Richelieu pour son soutien aux assiégés de La Rochelle au début du 17e siècle. Il aurait également fait raser son manoir près de Puy-de-Brette, mais on ne possède aucune information sur cette demeure.

Il semble qu'il ait existé un autre logis noble, situé à la Féole et signalé sur le plan cadastral de 1835 : aucun autre document ne le mentionne toutefois et les bâtiments ont été intégralement reconstruits au 19e siècle. Faut-il y voir un héritage lointain de l'ancienne motte castrale de la Féole du milieu du Moyen Age ?

La Révolution voit la création de la commune de Saint-Pierre de Juillers et la suppression des anciens domaines féodaux. Guillaume-Alexandre du Bois de Saint-Mandé, marquis de Saint-Mandé, capitaine de dragons, chevalier de Saint-Louis, seigneur de Saint-Pierre de Juillers et des fiefs de Grand et Petit Courpéteau, les Soulards et la Gravelle, émigre. Le logis de Courpéteau et ses terres, ainsi que les possessions de l'abbaye de Saint-Jean d'Angély dont l'aumônerie de Courgeon, sont saisis comme biens nationaux et vendus. C'est également le cas du presbytère qui constituait la plus importante propriété du bourg.

Un cahier de doléances adressé par les habitants en 1789 au roi fait part des difficultés dans la paroisse de Saint-Pierre de Juillers à la fin de l'Ancien Régime. On y lit l'exaspération face à la surcharge d'impôts. La nouvelle commune fut très probablement concernée par les troubles qui agitèrent Varaize : à l'appel d'agitateurs, la population se souleva contre le maire Latierce accusé de faire le jeu de l'aristocratie. La colère exacerbée par la mort de cinq Varaiziens dans un affrontement, les insurgés marchèrent sur Saint-Jean d'Angély et y massacrèrent Latierce emmené en otage. Le calme revenu, un décret de l'assemblée constituante prononça l'arrestation de 80 insurgés pour l'assassinat du maire de Varaize.

Les évolutions des 19e et 20e siècles

Le 19e siècle constitue une période de prospérité pour la commune, notamment grâce au développement de la culture de la vigne (un quart des terres consacrées à cette culture) et à la confection des eaux-de-vie : on compte seize distilleries en 1836. Cette prospérité est toutefois moindre que dans le pays bas voisin, la terre étant relativement ingrate. Les foires locales, notamment celles de Varaize et d'Aulnay, animent la vie économique.

La meunerie semble avoir tenu une place importante. Si des moulins à eau existent dès le Moyen Age, deux figurent sur la carte de Cassini du 18e siècle ainsi que deux moulins à vent, au bourg et à Courgeon. S'y ajoutent à la fin du 18e siècle ou au début du 19e siècle, les moulins à eau de Courpéteau et de la Verdinière, ainsi que le moulin à vent de Courpéteau, tandis que les deux moulins à vent et le moulin à eau de Courgeon seront déplacés au cours du 19e siècle, définitivement ou temporairement, pour essayer de mieux capter le vent ou le courant de la Nie. Signalons qu'à cette période, tous les moulins (excepté celui de la Verdinière) appartiennent aux différents membres d'une même famille de meuniers, les Forget.

La démographie reflète de la prospérité de la commune au 19e siècle : d'environ 600 habitants en 1800, on en compte près de 900 vers 1850. La crise du phylloxéra des années 1870-1880 cause l'arrêt brutal de ce développement. Le vignoble est entièrement décimé, c'est le début de l'exode rural pour la commune. A la fin du 19e siècle, la démographie est revenue à son niveau du début du siècle.

Cette période aura laissé une empreinte très importante dans la construction, puisque la plupart des maisons ont été édifiées ou réédifiées au 19e siècle. En revanche, les aménagement publics sont peu nombreux et marquent peu le paysage communal. La municipalité achète une maison des Michots pour en faire l'école publique en 1865, tandis que le cimetière est transféré hors du bourg en 1895.

Le 20e siècle voit la poursuite de l'exode rural, la commune compte aujourd'hui environ 360 habitants. La reconversion du monde agricole engendre la création d'une importante coopérative, située aux Michots. L'école et la mairie sont transférées au milieu du 20e siècle à Courgeon dans des bâtiments neufs, récemment rénovés. La modernisation de la commune comprend également l'adduction d'eau, qui commence dans les années 1930 par le village de Féole, et par l'électrification. De nombreux logements sont modifiés pour s'adapter au confort moderne et quelques pavillons sont construits, mais on ne compte aucun lotissement.

La commune de Saint-Pierre de Juillers appartient à l'arrondissement de Saint-Jean d'Angély, en Charente-Maritime. Elle se situe à environ 10 km d´Aulnay de Saintonge et à moins de 15 km de Saint-Jean d'Angély. Les communes limitrophes sont Paillé et Cherbonnières au nord, Les Eglises d'Argenteuil et Varaize à l'ouest, La Brousse au sud, Saint-Martin de Juillers à l'est.

Saint-Pierre de Juillers possède une superficie de 1 759 hectares sur lesquels se répartissent le bourg et les douze villages et hameaux suivants qui lui sont rattachés : Courgeon, la Féole, la Jarousserie, Puy de Brette, les Deslandes, le Tréjeau, les Michots, les Martins, la Verdinière, la Gravelle, Courpéteau et les Grandes Métairies.

Le territoire communal possède un relief assez vallonné, entre 37 m et 44 m d'altitude au creux de la vallée de la Nie, jusqu'à environ 90 m sur les collines au sud et au nord. Le point culminant est le Pié des Groies, au nord-est, avec 107 m.

La commune appartient aux plaines céréalières du nord de la Saintonge. Les sols sont constitués de plaines calcaires, dévolues en quasi-totalité à l'agriculture. On compte peu d'espaces boisés (les principaux bois sont ceux de Courgeon et de la Féole). Les paysages, surtout composés de vastes champs remembrés, sont généralement ouverts.

Saint-Pierre de Juillers est marquée dans son relief et ses paysages par le passage de la rivière la Nie, affluent de la Boutonne, qui trace une coulée verte d'est en ouest, bien qu'elle soit à sec pendant la saison chaude. Elle est bordée de peupleraies et de bosquets et longe le bourg et la plupart des villages, Courgeon, Courpéteau, les Michots, la Gravelle, etc.

Références documentaires

Bibliographie
  • Foucher, Louis. « Hypothèses sur Juillers ». Aguiaine, t. 30, 1999.

    p. 55-57
  • Chapacou, Denis. Aulnay, un voyage dans l'histoire du canton, 1995.

    p. 42-43
  • Chapacou, Denis. Garnier, Christian. Le canton d'Aulnay. Saint-Cyr sur Loire : Ed. Alan Sutton, 2004.

    p. 115-116
  • Le patrimoine des communes de la Charente-Maritime. Paris : Flohic, 2002.

    P; 140-142
  • GAUTIER, M.-A., Statistique du département de la Charente-Inférieure. La Rochelle, 1839.

    p. 137
  • Musset, Georges. Le cartulaire de l'abbaye de Saint-Jean-d'Angély. Archives historiques de Saintonge et d'Aunis, t. XXX (1901).

    p. 138, 172-173, 304
  • Texier, Jean. Inventaire archéologique de l'arrondissement de Saint-Jean d'Angély : Canton d'Aulnay, t. 2. Saint-Jean d'Angély : Brisson, 1970.

    p. 45-47