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Estuaire de la Gironde, rive saintongeaise : carrelets

Dossier IA17047019 réalisé en 2016
Aires d'études Estuaire de la Gironde
Dénominations cabane

Emblématiques de l'estuaire de la Gironde, les carrelets ne semblent pourtant pas constituer un patrimoine très ancien sur sa rive saintongeaise, à l'exception de Saint-Palais-sur-Mer : là, la pratique de la pêche à la crevette à l'aide d'un carrelet est décrite dès 1769 par Henri-Louis Duhamel du Monceau dans son Traité général des pesches, avec une illustration montrant à quoi ressemblent ces premiers carrelets, exclusivement maniés par les femmes et les filles. Encore dénué d'un abri couvert, le carrelet se limite alors à une petite plateforme en bois, équipée d'un garde-corps. Supportée par quatre pieux, elle est reliée à la rive non pas par un estacade mais par deux rangs de perches, l'une pour poser et avancer les pieds, l'autre pour se tenir par les mains. D'autres perches du même type relient les carrelets entre eux. Depuis le carrelet, la pêcheuse fait descendre plusieurs petits filets tenus par un cadre de bois, avec un appât.

Plus au sud, les sources manquent au sujet de la présence ou non de carrelets. Aucun ne figure sur les plans cadastraux napoléoniens. Quelques carrelets apparaissent sur les cartes postales du début du 20e siècle, notamment autour de Royan : ces premiers carrelets se limitent alors à un filet suspendu à un bras, sans aucun abri en bois. Déjà, ce type d'installation est soumise à autorisation, comme on le voit à Talmont en 1906 et à Meschers en 1916-1917.

Sur toute la côte saintongeaise de l'estuaire, l'installation pérenne et plus importante de carrelets ne commence véritablement qu'à partir de l'Entre-deux-guerres. A cette époque, parmi la population aisée et/ou d'arrière-pays, se développe la mode de disposer de cabanons en bord de mer, pour bénéficier d'un site agréable et pratiquer une pêche davantage de loisir que lucrative. Les falaises vives que l'on trouve au nord de Barzan se prêtent particulièrement bien au développement de ce type de pêcheries : ici, la marée haute vient jusqu'au pied de ces falaises et l'on n'a donc pas besoin d'établir de trop longues passerelles entre la côte et l'abri, comme c'est le cas plus au sud. Avant 1945, ce développement reste toutefois très circonscrit et limité à quelques installations provisoires. Ainsi, aucun carrelet n'apparaît encore sur les vues aériennes des années 1930.

Quelques-uns apparaissent aussitôt après la Libération mais essentiellement autour de Royan. Au sud, à Saint-Sorlin-de-Cônac par exemple, les vues aériennes montrent que les premiers carrelets ne font leur apparition que dans les années 1960-1070. Plus au nord, à partir de Barzan et de part et d'autre de Royan, les carrelets se multiplient dès les années 1950. Cette multiplication parfois anarchique interroge rapidement les autorités qui tentent, souvent en vain, de la contenir. Emportés par la tempête de 1999, beaucoup de carrelets ont été reconstruits par la suite, malgré une limitation de leur nombre et une réglementation plus stricte de leur architecture.

Période(s) Principale : 18e siècle, 20e siècle

Sur la rive saintongeaise de l'estuaire de la Gironde, la grande majorité des carrelets se concentre entre Barzan et Saint-Palais-sur-Mer. Ils y sont nombreux, alignés le long des falaises encore vives auxquelles sont fixées les installations. Au sud, les carrelets sont quasiment inexistants jusqu'à Saint-Thomas-de-Cônac, sans doute en raison de la plus grande difficulté d'accès aux bords d'estuaire à travers la zone marécageuse qui les longe. Cet espace côtier se réduisant, on trouve davantage de carrelets à Saint-Thomas-de-Cônac et à Saint-Sorlin-de-Cônac, entre la Grange d'Allouet et le port de Vitrezay.

La construction d'un carrelet répond à une réglementation (forme, dimensions, couleurs, matériaux) qui a pour objectif d'homogénéiser les pratiques. Un carrelet, construit en bois, est constitué d'un cabanon aménagé avec plus ou moins de confort, installé sur une plate-forme reliée à la rive par une estacade plus ou moins longue. Un filet de pêche carré à petites mailles, tendu sur un cadre en métal de quatre mètres sur quatre, est fixé à l'avant du cabanon. A marée haute, ce filet est alternativement descendu et relevé à l'aide d'un treuil et d'un contre-poids, afin de capturer crevettes (d'août à octobre) et petits poissons (sardines ou "gattes", petits maigres ou "maigrettes", etc).

Propriété privée, le carrelet est souvent un bien familial qui se transmet de génération en génération. Chaque carrelet fait toutefois l'objet d'une autorisation d'occupation temporaire du domaine maritime ou fluvial, délivrée par l'Etat pour 5 ans renouvelables.

Murs bois

Références documentaires

Documents figurés
  • Vues aériennes depuis 1920 sur le site internet de l'IGN www.geoportail.gouv.fr.

Bibliographie
  • Duhamel du Monceau, Henri-Louis. Traité général des pesches, et histoire des poissons qu'elle fournissent. Paris : De la Marre, 1769.

  • Pêches traditionnelles des rives saintongeaises de la Gironde. Société des amis de Talmont, éditions Confluences, 1999, 95 p.

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