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La Bussière : présentation de la commune

Dossier IA86008456 réalisé en 2011

Fiche

Œuvres contenues

Aires d'études Vals de Gartempe et Creuse
Adresse Commune : La Bussière

Les traces d´occupation humaine sont anciennes sur le territoire de la commune de La Bussière. Un dolmen, monument funéraire datant du Néolithique, est toujours conservé près de Busserais. De nombreux ateliers métallurgiques, ou ferriers, ont été repérés par la prospection archéologique dans la partie ouest de la commune, exploitant le gisement local de minerai de fer. La tradition évoque encore l´existence autrefois d´une fonderie de fer à l´extrémité nord-ouest de la commune, au lieu-dit la Fonderie.

La prospection aérienne a révélé l´existence d´un enclos quadrangulaire, d´époque non déterminée, près des Brousses. Les vestiges datant de l´époque gallo-romaine sont plus nombreux. Toujours grâce à la prospection aérienne, des villas gallo-romaines ont été localisées à la Fonderie, au Gué-du-Chêne et à la Grande-Verrerie. D´autres vestiges gallo-romains ont été découverts à la Bertholière et à Châtillon.

Dans les textes, La Bussière est citée pour la première fois vers 1075 dans le cartulaire de l´abbaye Saint-Cyprien de Poitiers : « Capellanus Buxeriae » [chapelain de La Bussière]. L´église est citée en 1211 : « Ecclesia Sancti Petri de Buxeria sita super fluvium Gartimpae » [L´église Saint-Pierre de La Bussière située sur la rivière Gartempe]. L´église est construite à l´époque romane à l´emplacement de l´actuelle église et fixe ainsi la position du bourg. Contrairement aux autres paroisses voisines de la vallée, le bourg et l´église de La Bussière s´implantent à bonne distance de la rivière, à deux kilomètres à l´ouest de la Gartempe.

Avant la Révolution, comme d´autres communes des Vals de Gartempe et Creuse, La Bussière dépendait à la fois du Poitou et du Berry. Par exemple, elle dépendait de l´élection du Blanc pour l´administration et les impôts, mais de la sénéchaussée (circonscription essentiellement judiciaire) de Poitiers.

Durant le Moyen Age et l´époque moderne, La Bussière est divisée en plusieurs fiefs. La carte de Cassini, dressée dans la seconde moitié du 18e siècle, mentionne ceux de la Bussière, la Monetterie, Foussac, la Jarrie. Cette carte n´identifie pas la Bertholière, ni le Bois des Perches comme des maisons nobles, alors qu´il s´agit pourtant d´un ancien château et d´un ancien manoir.

La carte de Cassini n´identifie qu´un seul moulin, celui de Busserais. Un autre moulin, ne figurant pas sur cette carte, apparaît à l´état de ruine sur le plan cadastral de 1826. Il était situé près de la Bodetterie.

La Bussière a la particularité de présenter une petite enclave sur la rive droite de la Gartempe, composée de quelques hameaux. Il n´existe aucune mention dans les textes de pont au Moyen Age ou à l´époque moderne. Les habitants de la rive droite devaient donc, pour franchir la rivière et se rendre dans le bourg ou dans les autres hameaux, comme par exemple pour aller à l´église, empreinter le bac ou le gué.

Ce franchissement était possible à Busserais. En effet, sur le plan cadastral de 1826, un gué est figuré au nord du moulin de Busserais. Des documents d´archives évoquent également un bac, situé quant à lui au sud du hameau de Busserais. Au 19e siècle, le bac est géré par la commune. En 1879, la commune construit une maison pour loger le passeur (ou fermier) du bac au lieu-dit le Port, sur la rive droite. Dans les recensements de 1881 et 1886, Sylvain Griffon, passeur, y vit avec sa femme et ses enfants. En 1898, la commune construit un bateau pour assurer le passage du bac. Les archives évoquent cette dépense « en attendant la construction d´un pont ». Le petit chemin face à la maison du Port, l´ancienne maison du passeur, est l´ancien chemin d´accès à ce bac. Ce chemin figure déjà sur le plan cadastral de 1826.

Le pont de Busserais est construit vers 1909. Il est édifié par la commune, en amont du bac, en utilisant la pierre extraite d´une carrière à proximité immédiate.

Un autre gué, le Gué du Chêne, était situé au sud de la commune, près de la Bodetterie et d´un hameau disparu appelé le Chêne. Il mettait en communication La Bussière et les hameaux situés au nord de la commune de Nalliers.

Au début du 19e siècle, le bourg de La Bussière est particulièrement peu étendu. Très peu de bâtiments figurent sur le plan cadastral de 1826 : l´ancienne église, l´ancien presbytère, l´ancienne mairie (elle était située en bordure de route, devant le presbytère), le logis de la Bussière et deux habitations situées dans le carrefour face à l´église. Une troisième habitation est mentionnée sur la route de Saint-Savin, au croisement de la route menant à la Monetterie.

Les matrices cadastrales font état de plusieurs constructions de maisons dans les décennies suivantes. Dès cette période, l´activité du bourg et le nombre d´habitants augmente probablement. En 1846, date du premier recensement précisant le lieu d´habitation, 43 personnes habitent le bourg, répartis en 11 ménages. Les chefs de ménage sont alors : un curé, un tailleur d´habits, deux charpentiers, un voiturier, un charron, un meunier, un menuisier, un cabaretier, une femme sans profession et un instituteur.

Au cours du 19e siècle, le bourg de La Bussière va peu à peu de développer, en partie du fait de l´essor et de la centralisation du commerce et de l´artisanat dans le chef-lieu de la commune. La population augmente alors régulièrement pour atteindre 75 habitants en 1872, répartis en 18 ménages : trois menuisiers, un maréchal, deux aubergistes, deux charrons, un curé, trois propriétaires, un colon, deux sabotiers, deux charpentiers, un instituteur. En 1879, Jules Chicard aménage sa forge sur la route de Saint-Pierre-de-Maillé. A la fin du 19e siècle et au début du 20e siècle, plusieurs maisons, toutes destinées à des commerçants ou artisans, sont construites sur la route de Nalliers. Alors que ces activités se développent dans le bourg, elles ont tendance à disparaître dans les hameaux. Plusieurs tuileries, mentionnées au cours du 19e siècle (la Tuilerie, le Chenneroux, Pérajoux), disparaissent à la fin de ce siècle. En 1896, le seul tuilier mentionné dans le recensement de la population est Ernest Chédozeau au Chenneroux. Ce hameau est le seul de la commune qui conserve une activité artisanale, puisque Charles Guilloteau, maréchal, et Célestin Baulu, forgeron, y résident également.

Dans le même temps, le développement des services publics va contribuer à attirer la population dans le bourg et au développement de celui-ci. En 1833, la loi Guizot rend obligatoire l´établissement d´une école primaire dans chaque commune de plus de 500 habitants. L´emplacement de cette école n´est pas connu mais la présence d´un instituteur dans les recensements témoigne de son existence. En 1868, la commune construit une maison d´école-mairie au bord de la route de Saint-Pierre-de-Maillé (c´est l´actuelle mairie). Une classe supplémentaire est ajoutée en 1937. Une école des filles est également construite en 1897 à proximité de l´école de garçons. Parallèlement, au milieu du 19e siècle, des religieuses, venant probablement de la Congrégation des Filles de la Croix de La Puye, s´installent à la Monetterie et enseignent aux enfants.

En 1927, un puits, nécessaire à l'alimentation en eau de la population du bourg, est aménagé par la commune devant la cour du presbytère. En 1940, le bureau de poste est aménagé dans une maison achetée par la commune, face à l´église.

D´autres évolutions ont modifié l´aspect du bourg. Le presbytère est reconstruit sur le même emplacement en 1870. L´ancienne église, qui menace ruine, est reconstruite un peu plus longue que l´ancienne en 1887, selon les plans de l´architecte Alcide Boutaud. Le cimetière, jusqu´en 1863, était situé à l´ouest et au nord de l´église. Pour des raisons de salubrité, il est déplacé au nord du bourg en 1863. Il est abandonné dès 1894, en raison du sol argileux peu approprié à son affectation. Un nouveau cimetière est donc créé, un peu plus au nord, à la fin du 19e siècle. Enfin, le monument aux morts a été érigé devant l´église en 1922.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, La Bussière est le théâtre d´un conflit important le 3 septembre 1944. La bataille des Bergeas et des Marsillys a opposé une colonne allemande et les FFI (Forces Françaises de l´Intérieur). La colonne allemande, harcelée depuis le passage du pont de Busserais, finit par se rendre près des Marsillys.

L´activité et la population de la commune de La Bussière se maintiennent jusqu´aux années 1960. Un projet de groupe scolaire voit le jour en 1959, mais il est finalement abandonné pour construire une seule classe supplémentaire. La population diminue alors à partir de 1968 (622 habitants), jusqu´en 1999 (350 habitants). Elle tend aujourd´hui à augmenter avec 374 habitants en 2007.

Plusieurs initiatives ont permis de développer le tourisme. Un village de vacances a été créé autour du château de la Bertholière dans les années 1970. A l´origine, les touristes étaient accueillis dans des appartements situés dans des tours. Aujourd´hui, seule une tour a été conservée et les vacanciers logent dans des maisons individuelles. A la Bodetterie, des gîtes ont été construits, en pisé et en brique de terre crue (avec couverture en chaume pour le gîte de groupes), entre 1989 et 2007.

Gilbert Bécaud (1927-2001), célèbre chanteur français, a habité à La Bussière. La salle des fêtes, aménagée dans l´ancienne écurie de l´Hôtel du Nord, porte son nom. Un buste en bronze de Gilbert Bécaud, réalisé en 2008 par le sculpteur Jean-Marc de Pas, est exposé sur la place du bourg.

La commune de La Bussière peut par son relief être divisée en deux principales zones. Le plateau à l´ouest, dont l´altitude varie de 110 mètres à 143 mètres à Maurepas, point culminant de la commune, est peu valonné. A l´est, la vallée de la Gartempe est relativement encaissée. Elle coule du sud vers le nord et borde ici et là des affleurements rocheux et des escarpements importants.

Le sous-sol de la commune est essentiellement calcaire. Une carrière de calcaire rose, située à l´Age, a fourni une proportion importante de la pierre de taille employée pour le bâti de La Bussière. A l´ouest, l´argile et le silex dominent. L´une a permis l´installation de tuileries et l´autre a été utilisé pour la construction des bâtiments dans cette partie de la commune. Des sables et argiles à minerai de fer sont présents à l´extrémité ouest de la commune.

Les bois sont relativement importants à La Bussière. En 1826, ils occupaient près de 20 % de la surface de la commune. D´importantes brandes étaient autrefois concentrées au nord-ouest de la commune, mais elles ont maintenant presque entièrement disparu. Aujourd´hui, les surfaces boisées sont situées principalement dans le nord et à l´est. Plusieurs vieux chênes ont été observés au Rateau et un cormier très âgé est situé à l'Essart. La ripisylve (zones boisées bordant la rivière) a été en grande partie préservée. Ces bois marquent le paysage au point qu´ils apparaissent presque systématiquement à l´horizon, quelque soit le point de vue à l´intérieur de la commune.

Un site Natura 2000 « Basse vallée de la Gartempe » est présent au nord de la commune et se prolonge sur la commune de Saint-Pierre-de-Maillé. Plusieurs Zones Naturelles d´Intérêt Ecologique, Faunistique et Floristique (ZNIEFF) ont été établies dans la commune : « Basse vallée de la Gartempe », « Vallon de Foussac » et le « Vallon de Pérajoux ».

Les champs cultivés sont essentiellement ouverts, sans haies, à l´ouest, à l´exception d´une zone près du Râteau où le bocage a été préservé. A l´est, le paysage bocager a été davantage conservé et les chemins sont souvent bordés de murets en pierre sèche. La vigne, qui occupait 4 % de la surface de la commune en 1826, a aujourd´hui presque totalement disparu.

La particularité de l´implantation de l´habitat à La Bussière est son extrême dispersion. Jusqu´au milieu du 19e siècle, le bourg était peu important voire inexistant. Par contre, dès cette époque, l´habitat était éclaté en une soixantaine de hameaux, pour la plupart de petite taille. L´est de la commune est davantage peuplé que l´ouest, qui a longtemps été occupé par les brandes.

Si l'on excepte la valeur du recensement de 1800, probablement erronée dans les bases de données de l'Insee et de l'Ehess (746 habitants, contre 924 en 1793 et 957 en 1806, mais on retrouve le même pic négatif sur la commune proche de Saint-Germain), l'évolution de la population de La Bussière est assez comparable à celle des communes voisines d'Angles-sur-l'Anglin, Vicq-sur-Gartempe et Saint-Pierre-de-Maillé avec une croissance régulière jusqu'en 1836, où elle atteint son maximum de 1112 habitants. Elle est ensuite en baisse constante jusqu'à aujourd'hui (2012) où elle atteint un minimum de 327 habitants (à peine le tiers de la population maximale). Les pertes liées à la Première guerre mondiale sont très accentuées par rapport à la mortalité strictement liée au conflit, la population passant de 850 habitants en 1911 à 738 en 1921, soit une perte de 112 habitants.

Annexes

  • Archives privées. Extrait d'une note manuscrite anonyme commentant le livre de comptes (1900-1907) de Charles Guilloteau, maréchal-ferrant au Chenneroux :

    « La Bussière en l'an 1900 vue à travers les comptes du maréchal-ferrant.

    En 1900, Charles Guilloteau, né en 1863, est installé comme maréchal-ferrant au Chêneroux, avec sa seconde épouse et ses deux enfants : Edmond, né en 1890, et Georges, né en 1893.

    Charles Guilloteau, orphelin très jeune, est élevé par une parente qui ne l'envoie pas à l'école : il est illettré et pourtant il remarque très tôt que les étoiles semblent se déplacer et ne craint personne en calcul mental ! En 1900, Edmond a 10 ans, il est scolarisé, sait lire et écrire et son père le charge de tenir les comptes de la maréchalerie. En 1902, Edmond est reçu au certificat d'étude primaire. Il est heureux et fier et nous transmet le compte rendu de toutes les épreuves de cet examen passé à Saint-Savin.

    L'examen du livre de comptes tenu par Edmond de 1900 à 1907 est émouvant et instructif à plusieurs titres. Il montre d'abord l'évolution du savoir d'Edmond jusqu'à ce fameux certificat d'études : l'orthographe très défaillante en 1900 (il a 10 ans) s'améliore très sensiblement en 1902 et s'affirme alors.

    Ce livre nous éclaire aussi beaucoup sur la situation du monde rural d'une petite commune de 1900 à 1907. Le maréchal ferre des boeufs et des ânes surtout en 1900. On note quelques rares juments chez les plus aisés : le châtelain de Foussac Mr de la Coussaye et les familles Bozier à la Bodetterie, Chédozeau au Chêneroux, Penot à la Corbière, Brouard aux Landes et Saunier à Busserais. On remarque aussi le progrès avec, en 1904, deux juments et une pouline chez Chédozeau, un cheval et une jument chez Guérin à la Corbière, et même une moissonneuse en 1904 chez Saunier à Busserais. Dès 1900, Mr de la Coussaye possède aussi un « breke », puis un « omnibus » et une « voiture anglaise ».

    Le maréchal répare de nombreux outils de jardinage : pioche, pic, piarde, cognée, serpe, fourche et faucille. Il aiguise les socs de charrue, les dents de scie de herse. Il répare les brouettes, charrettes, chars à banc, tombereaux, et même une « calèche » ! Il ferre aussi des « sabots garnis ». Il est parfois payé en nature : des noix, de la laine, de la recoupe. Pour arrondir ses fins de mois, Charles Guilloteau possède en 1905 un âne reproducteur dont les saillies procurent un petit revenu complémentaire (5 francs l'une).

    Je vous raconterai une anecdote que je tiens d'Edmond et qui traduit les mentalités de l'époque : au châtelain visitant son domaine, un enfant d'un métayer fait cette remarque : « Elle est grousse ton âne, et elle est jolie ta charrette, toi ! » La mère de l'enfant, offusquée, le gronde : « Ô l'est pas ainsi qu'on parle à notre maître ! » Ce dernier, amusé, répond intelligemment : « Laisse-le parler, il parle très bien ! » [...] ».

  • Saint André-Hubert Fournet à Busserais (extrait de : Saint André-Hubert Fournet, curé de Maillé : Fondateur de l'Institut des Filles de La Croix dites Soeurs de Saint-André. Vie et oeuvres / préf. Mgr Charles Salotti. Milan : Typ. de la S. Ligue eucharistique, 1933, p. 26-27) :

    « Il rentrait un jour à Maillé, après avoir rempli au loin les devoirs de son ministère. Il suivait la vallée de la Gartempe, près du moulin de Busserais, quand un cri se fait entendre : « Halte là ! ». Il se retourne et voit deux gendarmes qui poussent vers lui au galop de leurs chevaux. Toute fuite est impossible ; cette fois, c´est bien fini ! Mais l´humble disciple de Jésus veut mourir comme son divin Maître. Sur un tertre, à côté du chemin, une pauvre croix de bois est encore debout. L´abbé se prosterne et fait une courte prière. Puis, se relevant, il étend ses bras sur les bras de la croix, et, dans cette attitude, il attend la mort. Devant ce nouveau Calvaire, les gendarmes s´arrêtent, interdits. Tout à coup, l´un d´eux s´écrie : « Il faudrait être pire que Judas ! » Et tous deux, tournant bride, disparaissent aussitôt".

  • Extrait du rapport du curé de La Bussière à l'évêque en 1928 (Archives diocésaines de Poitiers) :

    « Et d'abord, ce fut, de temps immémorial, les religieux de l'abbaye de Sainte-Croix d'Angles qui, à deux, prieur-curé et vicaire, administrèrent La Bussière jusqu'à la Révolution. Quand elle éclata, ce fut la dispersion et l'abandon, pire que cela même ; le Pasteur s'étant mué en mauvais berger. Mais le Bon Dieu miséricordieusement veillait, à côté du mal il plaçait le remède, et au lieu de l'intrus chassé sans retard, par le vide et le mépris qui l'entourèrent, ce fut le Bon Pasteur qu'il suscita. C'est l'heure, en effet où le bienheureux Fournet, devant l'abomination de la désolation, se tailla une paroisse à la mesure de son zèle, et dont on peut dire sans contredit, que La Bussière fut favorisée plus largement que nulle autre, après Saint-Pierre-de-Maillé. Le Bon Père traqué comme une bête fauve, eut chez nous, dans maints endroits, des asiles discrets et sûrs, et c'est après avoir rempli, dans un de nos villages, les devoirs du Saint ministère, que se place l'épisode émouvant entre tous de la Croix de Busserais sur notre territoire où, il échappa par miracle à ses poursuivants, pris de panique à la vue de cet autre Christ s'offrant à ses bourreaux pour mourir sur la croix. Ce fait précéda immédiatement son départ pour l'exil.

    A son retour en 1797, il reprit avec les mêmes risques, son activité apostolique dans sa paroisse sans limites et plus spécialement chez nous. La Monetterie, la Bertholière et Foussac furent les centres choisis, les sanctuaires improvisés où Monsieur Fournet dressa son autel et exerça les fonctions sacrées. En 1801, comme avec le nouveau siècle, des jours meilleurs se levaient pour la France, le Bienheureux put s'installer à Maillé et continuer en desservant sa paroisse, de demeurer l'ange gardien de la nôtre.

    C'est par lui-même ou par son vicaire Mr l'abbé Guillé, que le service religieux est assuré, jusqu'en 1812, époque à laquelle le premier curé résidant est nommé, en la personne de Monsieur l'abbé Jean Robert Berthaud. Mais cet ecclésiastique ami personnel du Bon Père ne fit que passer ici et au bout d'un an, il quittait cette cure pour celle de N.D. De Montmorillon. Après ce départ, c'est au bénéfice de La Bussière l'exercice de la charité pastorale collective. Le Saint curé de Maillé, Monsieur l'abbé Moreau curé de Naillers et Monsieur l'abbé Chaigneau curé de La Puye, s'y livrent à tour de rôle avec un égal dévouement et l'émulation la plus touchante. A partir de l'installation à La Puye de sa congrégation en 1820, le Saint Fondateur n'assura plus cette collaboration, du moins pour les services en semaine, mais le plus souvent, chaque dimanche, après sa première messe à la Communauté, il venait en dire ici une seconde : la journée se passait en offices, prédications, catéchisme et visites au malade.

    A cette même date, il établit deux de ses filles en religion, dans le presbytère inoccupé, afin de s'aider très utilement de leur concours. Plus tard, elles s'installèrent à la Monetterie, l'ancien sanctuaire au temps de la Terreur, et là, elles ouvrirent une école qui n'ayant été fâcheusement l'objet d'aucune fondation, disparut en 1873, avec les soeurs rappelées par leurs supérieures. Ce transfert des religieuses du presbytère à la Monetterie se passait en 1826, époque à laquelle Monsieur l'abbé Mathé, précédemment curé de La Puye de 1819 à 1824, devint curé desservant de La Bussière. Il était un des quarante disciples du Saint curé de Maillé. Dans ce nouveau collège apostolique, il fait figure de disciple bien aimé. Ici, il continua son maître. « Prêtre pieux, doux et charitable, homme de grand bon sens à l'extérieur modeste et timide [...] il mourut en juillet 1848, victime de son zèle à remplir ses fonctions. » C'est le Père Rigaud, qui déclare l'avoir connu intimement, qui s'exprime ainsi sur le compte de ce digne Prêtre, dans sa vie du bon Père André. Son successeur fut l'abbé Giraud, de janvier 1849 à la fin de 1872, époque à laquelle, sur sa demande, il fut nommé à Paizay-le-Sec. Puis en 1873 eut lieu la nomination de Monsieur l'abbé Savatier. Mais son installation devait tarder jusqu'à ce que le presbytère actuel, alors en construction, fut livré définitivement achevé et habitable. C'est donc lui qui l'inaugura. Et eu égard à ce privilège et aussi à la bonne volonté des édiles municipaux d'alors, il ne voulut pas se laisser vaincre en générosité et il entreprit vaillamment, dès son arrivée, l'édification de notre blanche et jolie église. Grâce à son intelligente et pieuse activité, il achevait en 1888 cette oeuvre magnifique et six ans plus tard, il était transféré à La Villedieu-du-Clain.

    Monsieur l'abbé Léon Lebeau, primitivement curé de Pouillé, lui succéda et resta en charge, jusqu'au 17 août 1921, date de sa mort. Et votre volonté, Monseigneur, qui est celle même de Dieu, m'appela alors à continuer cette tâche ».

Références documentaires

Documents d'archives
  • Bac de Busserais.

    Archives départementales de la Vienne, Poitiers : 2 O 50 3
Bibliographie
  • Barbier, Christian. Croix monumentales du canton de Saint-Savin. Le Pays Chauvinois, numéro 26, septembre 1988.

    p. 17-24
  • Rédet, Louis. Dictionnaire topographique du département de la Vienne [...]. Paris : Imprimerie nationale, 1881. (Réédition Paris : J.-M. Williamson, 1989).

    p. 72
  • Richard, Christian. Prospection aérienne dans la moitié sud de la Vienne. Le Pays Chauvinois, numéro 29, mai 1992.

    p. 103-104
(c) Région Poitou-Charentes, Inventaire du patrimoine culturel (c) Région Poitou-Charentes, Inventaire du patrimoine culturel - Ourry Yann