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Lésigny-sur-Creuse : présentation de la commune

Dossier IA86009091 réalisé en 2012

Fiche

Œuvres contenues

Aires d'études Vals de Gartempe et Creuse
Adresse Commune : Lésigny

Lésigny jusqu´à la Révolution.

Les traces les plus anciennes témoignant de l´occupation humaine datent du Paléolithique. Elles ont été découvertes aux Vassaudières, entre le Carloy et la Luire. La présence humaine se poursuit au Néolithique : plusieurs implantations ont été localisées à la Ballière, à Trainebot et dans la plaine des Patrières. L´occupation perdure dans ce méandre car plusieurs sites de l´Âge du Bronze et de l´Âge du Fer y ont été mis au jour. Le chemin de la Boutelaye est une ancienne voie gallo-romaine reliant la commune de Mairé à Yzeures-sur-Creuse en passant par La Roche-Posay. Le bourg de Lésigny semble être habité dès le début de l'époque médiévale puisque des tombes mérovingiennes y auraient été découvertes.

Le bourg de Lésigny est cité pour la première fois dans les textes en 1115 sous le nom de Lezigniacum dans le cartulaire de l'abbaye de Noyers. Ce nom serait dérivé d'un anthroponyme gallo-romain, peut-être apparenté à Lusignan, car au cours de l'époque féodale, Lésigny dépendait de la châtellenie et du ressort judiciaire de Lusignan. De nombreux fiefs sont dispersés sur le territoire, les principaux étant Alogny, les Patrières et la Boutelaye. Sous l'Ancien Régime, Lésigny relevait pour partie du Poitou, pour une autre partie de la Touraine. En effet, le bourg et la plupart des hameaux dépendaient de l'élection de Châtellerault, alors qu'une portion de son territoire, au nord et à l'est, dépendait de l'élection de Loches.

La situation de Lésigny, à la frontière du Poitou et de la Touraine, a conduit au développement d'une importante contrebande de sel : le sel de Touraine était fortement taxé (grande gabelle), tandis que celui du Poitou ne l'était pas (pays rédimé). Un souterrain-refuge, situé près de la Pinotière, servait vraisemblablement de cachette de sel pour les contrebandiers.

Les ports de Lésigny et d'Alogny sont cités dans plusieurs documents d'archives du 15e siècle, témoignant d'une activité de batellerie dès l´époque médiévale. Cette activité a probablement participé au développement de Lésigny au Moyen Âge. Outre le transport maritime, le village était essentiellement desservi par la route de Châtellerault, qui passait à cette époque par Fenongue. L´économie lésignoise s´est orientée vers l´agriculture, mais également vers l´exploitation des carrières de tuffeau et des ressources de la rivière. Trois moulins existaient à Lésigny : dans le bourg, à la Boutelaye et au Moulin-Chapeau.

Lésigny au 19e siècle : un artisanat et un commerce florissants

En 1790, Lésigny devient chef-lieu de canton, mais ce canton est supprimé en 1801 et Lésigny est rattaché au canton de Pleumartin. En 1836, le premier recensement de la population dénombrait 903 habitants à Lésigny. La population maximale de Lésigny est atteinte en 1846 avec 988 habitants. Le bourg était déjà dense. Il rassemblait des commerçants, des artisans (notamment de nombreux maçons), des professions administratives et religieuses, des domestiques, des marchands et quelques journaliers et cultivateurs. Les hameaux comportaient essentiellement des cultivateurs et des journaliers, mais aussi de nombreux commerçants et artisans. Ainsi, plusieurs tisserands sont mentionnés aux Froux jusque dans la seconde moitié du 19e siècle. Des carrières de tuffeau employaient des carriers dans les hameaux proches du bourg (le Lira, le Coudray, la Raillière).

La Creuse a joué un rôle capital pour l'économie de Lésigny : source d´énergie pour les moulins, moyen de transport avec droit de péage pour les matériaux et les hommes, frontière naturelle et source de nourriture (au 19e siècle, plusieurs personnes exerçaient la profession de pêcheur). Les chemins de halage, empruntés par les chevaux qui tractaient les embarcations, sont encore visibles en bordure du cours d´eau. Le transport du bois sur la Creuse employait de nombreuses personnes. Les troncs de chêne et surtout de châtaigner, provenant de la Marche et du Limousin, étaient destinés à la construction de barriques pour les vignerons du Val de Loire.

Les foires de Lésigny étaient des événements importants dans la vie quotidienne des habitants. Le déroulement de ces manifestations est attesté dès le 18e siècle puisqu´en 1782, l´almanach des foires imprimé à Poitiers mentionne celles de Lésigny. Ce document précise que les trois foires les plus importantes se déroulaient le 13 janvier, le 17 mai et le 26 juin. En 1840, les foires avaient lieu le 22 de chaque mois et un marché hebdomadaire (le lundi) complétait l´activité économique du village. Au 19e siècle, le champ de foire était situé dans la partie nord-ouest du village, à l'extrémité de la Grand'Rue et sur la place Notre-Dame. En 1856, la municipalité acquiert un bâtiment pour y aménager de nouvelles halles, qui sera transformé par la suite en mairie. En 1864, d'autres halles figurent sur un plan du bourg, en face des précédentes, entre la croix et l´emplacement actuel du monument aux morts.

L´activité la plus originale au 19e siècle à Lésigny était la fabrication de meules. Les ouvriers qui fabriquaient ces pièces essentielles pour le fonctionnement des moulins à grain étaient appelés "moulagers" dans le recensement de 1836, puis "meuliers" dans les recensements suivants. La pierre siliceuse qu´ils utilisaient était extraite de la colline située à l´ouest de la commune. Après l'extraction et le transport dans les ateliers du bourg, ils procédaient à l'assemblage et au cerclage des meules. Ils habitaient presque tous dans le bourg et étaient employés par des "fabricants de meules" ou "marchands de meules", mentionnés également dans les recensements et sur le cadastre de 1833 : les trois fabricants de meules cités à cette date sont François Mesnard, Louis Terrassin et Joseph Dubois, qui avaient leur atelier respectivement rue des Échelles, Grand-Rue et rue du Moulin. Les pierres meulières étaient vraisemblablement chargées dans les bateaux au port de Lésigny pour être acheminées aux clients.

Les meules de Lésigny étaient réputées et s'exportaient dans la France entière. Elles sont mentionnées en 1839 dans le Dictionnaire du commerce et de l´industrie d´Adolphe-Jérôme Blanqui. La même année, Victor Houyau reçoit un prix pour ses travaux sur l´exploitation meulière basée à Lésigny et pour un nouveau mécanisme de meulerie qu´il a inventé. Selon les sources, cette activité s´est développée à Lésigny au début du 19e siècle et a connu un fort rendement jusqu´aux années 1860. Elle a peu à peu disparu dans les années 1870-1880. Les recensements de population relèvent selon les années entre 15 et 20 personnes fabriquant ou vendant des meules à Lésigny. Un rapport sur la situation industrielle du département de la Vienne en 1871 mentionne même, de façon étonnante, alors que l´activité semble décliner, 8 établissements et 53 ouvriers à Lésigny pour l´extraction de la pierre meulière.

Lésigny au 19e siècle : église, écoles et pont

En 1860, le "Répertoire archéologique du département de la Vienne" signale à propos de l´ancienne église de Lésigny : "Rien de remarquable dans l´ancienne église, dont quelques parties peuvent être du 11e au 12e siècle. Projet d´une nouvelle église." Cette ancienne église bordait la Grand Rue (elle était située entre la rue et l´actuelle mairie). En 1854, l'église, déclarée à l'état de "ruine imminente", est interdite d'accès. Dès 1855, les plans et devis d'une nouvelle église sont dressés par M. Godineau de La Bretonnerie, architecte à Châtellerault, et approuvés par le préfet. Cependant, son emplacement fait débat parmi la population de Lésigny, ce qui retarde de manière considérable le début des travaux. Un plan réalisé en 1858 indique les quatre emplacements possibles pour la nouvelle église. Le conseil municipal, le conseil de fabrique, le sous-préfet, l'architecte et la population sont chargés de se prononcer et finissent par se déchirer.

Après de nombreux votes et débats s'étalant sur plusieurs années, le choix se porte sur l'emplacement proche de l'ancienne église, mais en retrait de la route et selon une orientation différente. L'adjudication des travaux est alors confiée à Vincent Dechene, entrepreneur à Preuilly-sur-Claise, le 3 mars 1866. Le caractère sobre et épuré de l'ornementation des élévations extérieures est une volonté des autorités préfectorales de l'époque, afin de compenser le surcoût dû à l'emplacement choisi et au retard pris par le chantier. Plusieurs rapports du préfet recommandent à l'architecte de réaliser moins de colonnes au niveau des ouvertures, moins de chapiteaux sculptés, ces derniers devant être principalement fonctionnels dans le schéma structurel de l'édifice.

Un second contretemps retarde alors le déroulement du chantier : en 1867, l'architecte Godineau de La Bretonnerie rend un rapport sur l'état d'avancement des travaux. Il émet une alerte sur la qualité des matériaux et il préconise un arrêt des travaux pour des raisons de sécurité. Le sous-préfet désavoue l´architecte, contraint de démissionner, et Charles Carmejeanne, architecte à Châtellerault, est engagé par la municipalité de Lésigny pour le remplacer. La nouvelle église est consacrée, sous le vocable de Saint-Hilaire, par le cardinal Pie, évêque de Poitiers... en 1873. Pendant ces nombreuses années, le culte était assuré dans les halles.

Le mobilier de l'église est réalisé en grande partie dans les années suivantes. Beaucoup de verrières ont été financées par les familles les plus aisées de la paroisse (Sarrazin, Croy et Savatier). Une verrière, réalisée par l'atelier Lucien-Léopold Lobin à Tours en 1878, représente sainte Néomaye, dont le culte était particulièrement important à Lésigny. Les processions, qui avaient lieu le premier dimanche de juillet, se sont poursuivies jusqu'à la fin des années 1950.

Jusque dans les années 1870, l´école des garçons était située dans un bâtiment loué par la commune et dont l´emplacement reste inconnu. En 1874-1875, la commune projette de transformer les halles en mairie et école de garçons. Pour financer les travaux, les bâtiments situés aux extrémités sont vendus pour y aménager des logements. Les travaux de construction de l´école-mairie débutent en 1877 et se terminent en 1880. L´enseignement des filles de Lésigny est assuré à partir de 1872, dans un immeuble donné par la famille Savatier, par la Congrégation des Filles de la Charité du Sacré Cœur de Jésus, basée à Vihiers en Maine-et-Loire. Dans les années 1890, comme il est courant à cette époque, l´État demande à la commune de Lésigny de remplacer les religieuses par une institutrice laïque et de construire une maison d´école publique. Après de nombreuses contestations, la commune, mise en demeure, construit sur la route de Mairé un groupe scolaire, inauguré en 1901, réunissant filles et garçons.

En 1884, un bureau de poste est créé, face à l'église. Il sera remplacé par un nouveau bureau de poste, à l'entrée du pont, inauguré en 1939. Entre 1877 et le début du 20e siècle, plusieurs projets de lignes de tramway passant par Lésigny sont envisagés, mais aucun ne sera finalement réalisé.

Le développement des activités économiques et des services publics au 19e siècle entraîne un accroissement du bourg. En 1833, seule la rue du Moulin présentait un habitat dense. Il s'agissait du centre économique de Lésigny, avec la proximité de la Creuse, du moulin et du bac. Quelques maisons sont construites dans la Grand-Rue (autour de l'église), dans la rue des Échelles et dans la rue des Écoles, mais l'habitat est beaucoup plus diffus. Dans la seconde moitié du 19e siècle, des bâtiments publics, des maisons et des fermes sont édifiés dans la Grand-Rue, rue des Échelles et rue du Calvaire, sans que l'espace compris au milieu de ces voies de communication soit construit. Ceci a conduit au plan atypique que Lésigny connaît aujourd'hui : un habitat en bordure d'axes formant un cercle autour d'un espace central composé de jardins et de champs.

Dès 1834, la construction du pont entraîne une modification importante du tracé du bourg, la Grand-Rue devenant l'axe principal permettant d'accéder au point de franchissement de la rivière. Avant cette date, les passages sur la Creuse se faisaient le plus souvent à bord d´un bateau ou d'un bac, au lieu-dit "le Port", à une centaine de mètres au nord-est du moulin. Quatre personnes y travaillaient : un patron adjudicateur (le fermier) et trois mariniers qualifiés. La construction et la mise en service du pont suspendu mirent fin à l´activité du bac sur la Creuse. Deux gués permettaient aussi le passage lors des périodes sèches : le premier se trouvait très légèrement en aval du pont actuel, tandis que le second était situé plus en amont, à l´embouchure du canal desservant le moulin.

Lésigny au 20e siècle

Au début du 20e siècle, le bourg de Lésigny connaît toujours une activité économique importante. Le recensement de 1901 mentionne 741 habitants dans la commune. De nouveaux métiers sont apparus depuis le début du 19e siècle. On mentionne un médecin, une sage-femme, une quincaillerie, des tailleurs d´habits, des tailleurs de pierre, des facteurs, des cantonniers, un boucher, un boulanger, des hôteliers... La Grand-Rue est alors nommée "rue du Commerce". Les artisans sont également nombreux : un charpentier, un charron, des cordonniers, des coiffeurs, un menuisier, un serrurier... Les activités agricoles sont toujours présentes dans le bourg. En revanche, les hameaux se concentrent maintenant presque exclusivement sur l'agriculture. Les professions commerciales et artisanales, présentes dans les hameaux au début du 19e siècle, ont disparu.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, la commune accueille des réfugiés provenant de la commune de Bibiche (Moselle). De 1940 à 1942, la Creuse sert de frontière entre la zone libre (Barrou) et la zone occupée (Lésigny). Le pont de Lésigny, du fait de son rôle stratégique, est détruit à deux reprises pendant ce conflit : depuis l'apparition en 1937 d'un trou béant sur le pont suspendu, un nouveau pont était en cours de construction, à proximité immédiate de l'ancien. Le 22 juin 1940, l'armée française détruit l'ancien pont, afin de freiner l'avancée allemande. Le nouveau pont, laissé intact, est mis en service en 1942. Le 29 août 1944, il est détruit par les Alliés pour contraindre un convoi allemand à emprunter le pont de La Roche-Posay. Quelques jours plus tard, le convoi est décimé par la Royal Air Force sur la route de La Roche-Posay. Le pont de Lésigny est reconstruit en 1947.

L'économie et le nombre d'habitants se contractent progressivement à partir du milieu du 20e siècle. De nombreux commerces ferment et le recensement de la population de 1975 mentionne 431 habitants. La vie culturelle reste cependant animée. Le dessinateur humoristique "Chaval" (de son vrai nom Yvan Le Louarn) possédait une maison de campagne au lieu-dit la Mauvaise-Foi. Son ami "Mose" (de son vrai nom Moïse Depond), également dessinateur humoristique, a résidé à partir de 1962 à Lésigny, dans l´ancienne propriété du docteur Albert, route de Coussay-les-Bois. Actuellement, l'association de la Mémoire Lésignoise et le Centre de Cri, centre d'animation culturelle et artistique, installé dans l'ancienne minoterie, perpétuent ce dynamisme culturel.

A la fin du 20e siècle et au début du 21e siècle, la commune connaît un regain d'activités, dû en partie à la proximité de Châtellerault. Des lotissements sont aménagés au sud-ouest du bourg, une nouvelle mairie est installée dans l'ancien presbytère et l'ancienne salle patronale est transformée en salle polyvalente du "Pré du Four". Lésigny compte actuellement 536 habitants (recensement de 2008) pour une superficie totale de 1321 hectares, soit une densité de 41 habitants/km².

La commune de Lésigny est située au nord-est du département de la Vienne et plus précisément au nord des Vals de Gartempe et Creuse. Elle borde les communes de Mairé au nord, de Coussay-les-Bois au sud-ouest et de La Roche-Posay au sud. Au nord-est et à l´est, elle est également limitrophe des communes de Barrou et de Chambon (Indre-et-Loire).

Le point le plus bas de Lésigny est à 47 mètres d´altitude et le point culminant est à 138 mètres, près de la Marquise. La commune est arrosée à l´est par la Creuse, important cours d´eau prenant sa source sur le plateau de Millevaches. Cet affluent de la Vienne forme une frontière naturelle avec l´Indre-et-Loire en dessinant de larges méandres. Plusieurs cours d´eau coulent du sud-ouest vers le nord-est, creusant des vallées encaissées avant de se jeter dans la Creuse. Le plus important est la Luire dont la source se trouve à Pleumartin et qui se jette dans la Creuse près du bourg, au lieu-dit "les Tourettes". Le ruisseau du Gué de la Reine, au nord, sert de frontière naturelle avec la commune de Mairé.

Lésigny bénéficie d´un site pittoresque avec des reliefs offrant des points de vue dégagés sur la vallée de la Creuse. Cette vallée présente une diversité de milieux et un paysage vallonné aux dénivelés parfois importants. Le territoire est composé de deux croupes crayeuses, de tuffeau blanc et jaune, encadrant le vallon de la Luire. Au pied de ces collines, dans les vallées, le sous-sol est composé d'alluvions, de marnes et de sables. Sur les versants, le tuffeau exploité dans plusieurs carrières a été largement utilisé dans la construction. La présence de calcaires blancs silicifiés au sommet des deux collines explique l´abondance du silex, matériau fréquemment employé dans le bâti de cette zone. Sur la colline située à l'ouest de la Luire, entre la Marquise et le Magny, se trouve un important gisement de pierre meulière.

Les terres argilo-calcaires qui caractérisent les sols de la commune, appelées terres d´aubues, sont propices à la céréaliculture. Dès 1833, 64 % de la surface de la commune est occupée par les labours. Les pâturages sont surtout présents dans la plaine des Patrières, formée par un méandre de la Creuse. La viticulture s´est essentiellement développée sur les reliefs. En 1833, près de 8% de la surface communale est occupée par la vigne. Les collines étaient autrefois largement boisées, comme en témoigne la carte de Cassini, réalisée au 18e siècle. Si les surfaces boisées ont été maintenues à l'est de la Luire, elles ont presque totalement disparu à l'ouest. Le déboisement de cette colline (au sud-ouest du Carloy et de la Pinerie) a permis l'extraction de la pierre meulière et la culture des céréales et de la vigne (très présente au 19e siècle à cet endroit). Aujourd´hui, cette zone est occupée par des champs cultivés.

Annexes

  • Extraits concernant la fabrication de pierre meulière à Lésigny

    Blanqui (Adolphe-Jérôme). Dictionnaire du commerce et de l'industrie, Volume 3. A. Cauvin, 1839, p. 336 :

    "Depuis quelques années on a ouvert à Lésigny, près La Haye (Vienne), des carrières de pierres meulières d´un grain moins bleu et plus tendre que celles de La Ferté-sous-Jouarre ; mais elles ont, en général, la compacité que l´on recherche, et supportent très bien l´action du marteau. Les meuniers les plus observateurs ont remarqué que ces meules n´étaient vraiment bonnes qu´en les mariant avec des meules de La Ferté. Dans ce cas, la meule courante doit être en pierre de La Ferté et la meule gisante en pierre de Lésigny".

    Barbier, Alfred. Statistique du département de la Vienne. Poitiers : A. Dupré, 1863, p. 129 :

    "Fabriques de meules de moulin : 3 à Coussay-les-Bois, 2 à Vicq et 1 à Saint-Pierre-de-Maillé. Total, 6. Elles fabriquent environ 110 paires de meules, valant de 4 à 500 fr. la paire. Ce travail emploie 20 ouvriers. La pierre dite meulière se trouve en abondance sur quelques points du département, surtout aux environs de Lésigny-sur-Creuse, et il en est vendu une grande quantité à l´état brut".

    Exposition des produits de l'industrie française en 1839. Rapport du jury central, tome 1. Paris, chez L. Bouchard-Huzard, 1839, p. 534 :

    "Meules de moulin et appareils de meunerie.

    M. Victor Houyau, meunier, à Angers.

    M. Houyau a établi, à Lésigny-la-Haie-des Cartes, près Châtellerault-sur-Vienne, une grande exploitation de pierres de meulière pour la fabrication des meules de moulin. Ses meules ont le plus grand succès et sont très recherchées dans tous les départements de l´est.

    M. Houyau, qui est meunier et un praticien très éclairé, est auteur d´une armature en fonte et fer pour équilibrer les meules et assurer le maintien et la conservation de la régularité de leur mouvement.

    Le jury décerne à M. Houyau une médaille de bronze pour l´ensemble de ses travaux sur l´exploitation des pierres de meulière et le nouveau mécanisme de meulerie de son invention".

  • Une particularité à Lésigny-sur-Creuse : le culte de sainte Néomaye.

    À Lésigny-sur-Creuse, le culte de sainte Néomaye est profondément ancré dans l'histoire de la commune. Il a fait l'objet de processions annuelles (le premier dimanche de juillet) jusqu'à la fin des années 1950. À partir de cette décennie, les processions se sont espacées dans le temps et elles se sont définitivement arrêtées en 1994-1995.

    Sainte patronne des bergers, Néomaye est également, dans cette commune, guérisseuse des troubles nerveux et de l'épilepsie grâce à l'eau d'une fontaine miraculeuse. Un vitrail, ainsi qu'une statue de bois peint la représentent dans l'église paroissiale.

    Le culte de sainte Néomaye est présent en Poitou, ainsi qu'en Anjou et en Touraine, essentiellement à l'époque romane. L'histoire de cette sainte est très peu renseignée et très mystérieuse. Elle serait native du nord de la Vienne, près de Loudun, et aurait vécu au cinquième siècle. Elle aurait été inhumée dans les Deux-Sèvres, non loin de Sant-Maixent-l'École, dans la commune qui porte son nom. Plusieurs chapelles y furent bâties en son honneur afin de l'invoquer pour soigner les affections physiques, morales ou nerveuses. Il y a encore quelques décennies, cette sainte était fêtée avec ferveur dans tout le Centre-Ouest.

    D'après la légende la plus courante, sainte Néomaye est une bergère - ou une " noble bergère " - affectée d'une malformation à la jambe (patte d'oie) qui a consacré son existence à Dieu. Son pied palmé l'identifie à une sainte " Pédauque ". Cette appellation fait référence à des mythologies et légendes médiévales qui relatent l'histoire de femmes frappées miraculeusement par la lèpre ou des malformations pour échapper aux avances de prétendants. (La patte d'oie est souvent associée à la lèpre car les infections cutanées de celle-ci font penser à la peau des pattes des palmipèdes). En Poitou et principalement dans le diocèse de Poitiers, ce pied inconvenant est seulement suggéré dans les représentations de la sainte.

    La sainte est toujours accompagnée d'un agneau, signe de douceur et d'innocence ; elle est souvent représentée avec une quenouille ou un fuseau, symbole d'une jeune fille du peuple, et plus rarement, avec un livre qui témoigne de ses qualités de l'âme et de l'esprit.

    Le calendrier des saints du diocèse de Poitiers fixe au 14 janvier la saint Néomaye. La plupart du temps, les communes fixaient la fête de Néomaye le jour de leur foire annuelle, afin d'attirer le plus de monde possible.

    Sainte Néomaye est connue sous une multitude de noms : Néomadie, Nomadie, Numadie, Nommée, Nomèze, Nosmoise, Nemoise, Nemoie, Nomoie, Néomée, Néoumaye, Néomoise, Enomaye, Léomaye, Lhommaye, etc.

    La légende de sainte Néomaye à Lésigny-sur-Creuse

    À Lésigny-sur-Creuse, la légende présente Néomaye comme la cadette d'une famille paysanne de douze enfants. Elle est d'une grande beauté et a l'habitude d'aller aux champs faire paître les troupeaux. Un jeune seigneur à qui ces terres appartiennent essaie depuis des années de courtiser la jeune fille. Un jour, celui-ci devient trop entreprenant et Néomaye se met à prier très fort pour que le seigneur le fasse partir. Sa jambe droite se transforme alors en patte d'oie et le seigneur s'enfuit sur le champ. Ce miracle l'érige au rang de sainte, vénérée par les habitants de Lésigny. Parmi les représentations de la sainte, une statue en bois aurait été réalisée par un charpentier de Lésigny. Cette statue aurait fait l'objet de nombreuses convoitises. Deux versions s'opposent. La première est celle des habitants de Barrou (en Indre-et-Loire) selon laquelle les Lésignois auraient volé leur statue de sainte Néomaye. Barrou l'aurait récupérée dans l'église de Lésigny mais les Lésignois seraient venus la dérober à nouveau. La statue de Lésigny viendrait donc à l'origine de Barrou ! À Lésigny, on raconte à l'inverse que ce sont les gens de Barrou qui seraient venus les premiers la voler, par jalousie. D'après un document non publié de M. Arnoult, les Lésignois décidèrent de cacher la statue après l'avoir reprise et afin d'éviter un autre vol. Ils l'enfouirent dans la terre, à droite de l'actuel pont, côté Lésigny. Les habitants n'appréciant guère d'exercer le culte de Néomaye sans leur statue, l'exhumèrent. Tout le village se rendit en procession sur le lieu où elle avait été cachée et une source jaillit à cet emplacement. D'après la mémoire orale, cette fontaine n'a jamais tari et l'eau a toujours coulé en abondance. La source aurait même des vertus thérapeutiques, ce qui encouragea le pèlerinage de la sainte.

    Les autres légendes dans le Centre-Ouest de la France

    Dans les récits du Nord de la Vienne, la sainte est une jeune noble vertueuse, douce et aimante. On lui confie peines et chagrins personnels. Dans le Sud du département, région plus agricole, son origine modeste la fait figurer telle une simple bergère filant sa quenouille en gardant ses moutons. Elle est ici protectrice des récoltes et des troupeaux ; elle veille à l'abondance de l'eau.

    Plusieurs légendes relatives à sainte Néomaye existent dans le Loudunais. L'une d'elles raconte que sainte Néomaye naît au château de la Mothe-Bauçay, puis de la Mothe-Chandeniers, aujourd'hui commune des Trois-Moutiers, à six kilomètres de Vézières. Néomaye serait issue de la puissante famille féodale des seigneurs de Bauçay et fille unique de l'un de ceux-ci. La légende fait l'éloge de sa beauté, de sa bonté et de son esprit vif. Ses contemporains la considèrent comme une femme très pieuse. Ils mentionnent son mode de vie simple, son souhait de participer aux tâches " ingrates " consistant à soigner le bétail. Un jour, alors qu'elle revient du moulin de Bourdigal (près des Trois-Moutiers), elle rencontre le seigneur de Lerné (aujourd'hui en Indre-et-Loire). Ce dernier, trop entreprenant, terrifie Néomaye. Elle prie Dieu de lui infliger une malformation pour arrêter les avances du seigneur. Dès la fin de sa prière, elle ressent des fourmillements au niveau de sa jambe. Lorsque le seigneur lui avoue son attirance pour elle : " Néomaye, vous êtes la plus belle des demoiselles que j'aie jamais vues ! ", la jeune femme relève sa robe et montre sa jambe devenue patte d'oie. Le seigneur, effrayé, quitte la demoiselle et retourne dans son château.

    Une autre version est présente dans le Loudunais. Elle ne mentionne à aucun moment la patte d'oie. Dans cette légende, Néomaye se promène à Bauçay près du château de son père quand un cavalier s'approche d'elle dans le but de lui faire la cour. Elle prie Dieu pour qu'il lui vienne en aide en faisant fuir cet homme. Les souhaits de la jeune fille sont exaucés. Toutefois, un second cavalier apparaît. Cet homme lui avoue qu'il est le Christ et vient réaliser sa prière. Il lui demande de fouiller la terre sous la chapelle Sainte-Agathe (située à l'angle de la route Loudun-Thouars et de la route qui conduit à Germiers) à la recherche d'un anneau en or. Néomaye trouve ce bijou et sa virginité est alors préservée.

    À Montsoreau, dans le Maine-et-Loire, au confluent de la Vienne et de l'Indre-et-Loire, à quelques kilomètres de distance de Lerné, la légende de la sainte Néomaye est identique à celle des Trois-Moutiers. Le seigneur de Lerné vient chasser dans cette contrée, entre Montsoreau et le Moulin Maumoise. Il rencontre par hasard une jeune bergère qui surveille son troupeau de moutons. Il remarque sa beauté et l'aborde d'une manière maladroite qui fait fuir Néomaye. Celle-ci se réfugie près d'une fontaine. Le seigneur la rattrape et Néomaye se met à genoux pour prier le ciel. L'un de ses pieds prend alors la forme d'une patte d'oie, ce qui fait fuir le cavalier. Jusqu'en 1870, une statue de Néomaye se trouvait dans l'église de Montsoreau.

    À Sambin, en Loir-et-Cher, le thème de la poursuite amoureuse est également présent dans la légende locale de la sainte, tout comme l'épisode de la fontaine miraculeuse. Toutefois, il n'y a pas un seul cavalier mais plusieurs. Dans l'église de ce village, une statue de pierre représente Néomaye en bergère filant sa quenouille, entourée de brebis et d'un chien.

    Il existe d'autres légendes attachées à Néomaye, notamment en Deux-Sèvres.

    Les pèlerinages

    À Lésigny, sainte Néomaye était considérée comme la patronne des bergers et guérisseuse des troubles nerveux telles les convulsions et l'épilepsie. Les personnes qui souhaitaient lui rendre un culte se rendaient en procession à la fontaine, le premier dimanche de juillet. Après la grande messe, partant du choeur de l'église où elle était exposée, la statue de Néomaye était portée en tête de procession dans les rues du village et l'on chantait des cantiques en son honneur. À cette occasion, on posait sur la tête de la statue une couronne de rubans ou une couronne de reine munie d'un voile blanc. On la couvrait également d'un long manteau blanc orné de fils d'or et, à chaque carrefour, on l'ornait de fleurs et de faveurs (rubans). Puis, les mères de famille présentaient leurs enfants pour obtenir sa bénédiction de la sainte.

    La grande renommée de son pouvoir faisait venir une multitude de pèlerins d'autres paroisses. Les fidèles lui offraient des rubans ou des chapelets qu'ils attachaient à deux arceaux, encore visibles dans l'église paroissiale de chaque côté de la statue de Néomaye.

    Les processions religieuses en l'honneur de la sainte se sont estompées à Lésigny à la fin des années 1950 pour s'arrêter officiellement en 1994-1995. Les habitants de Lésigny tireraient leur longévité de la consommation régulière de l'eau de la fontaine.

    À Sambin, des processions religieuses en l'honneur de la sainte avaient lieu chaque année, le 15 janvier. La quenouille était renouvelée par chaque jeune fille qui se mariait pour mettre leurs futurs travaux sous sa protection. Ici, on confiait à Néomaye la bonne marche des foyers, spécifique des régions tourangelles. La fontaine, située à un kilomètre du bourg, faisait également l'objet de dévotions. Lorsqu'un troupeau de bêtes était malade, on faisait boire aux animaux l'eau de la fontaine, leurs maîtres brûlaient des cierges à l'autel de la sainte et récitaient des prières. Néomaye était considérée, en plus d'être la patronne des bergers, comme la protectrice des troupeaux et la dispensatrice de la pluie.

    À Montsoreau, la fontaine était également considérée comme miraculeuse et faisait l'objet de pèlerinages locaux. Elle avait le pouvoir de guérir les maux des yeux. À Lerné, la statue en bois de la sainte faisait l'objet de visites de la part des personnes tombées malades à la suite d'une grande peur (un troupeau malade ou une personne de son entourage, le risque d'avoir une mauvaise récolte, etc.). Les jeunes filles avaient aussi pour habitude de planter dans le corps de la statue des épingles afin que la sainte les aide à trouver un mari ! Les jeunes filles revenaient à l'église, le lendemain de leur noce, pour filer la quenouille une heure ou deux devant la statue de la sainte et obtenir en retour sa bénédiction pour leur foyer.

Références documentaires

Bibliographie
  • Arnould, Louis et Savatier, Jules. Le souterrain-refuge de Lésigny (Vienne). Bulletins de la Société des Antiquaires de l'Ouest, 1931-33.

    p. 667-671
  • Arnoult, Michel, Oyez ! Oyez ! Braves Lésignois, La belle Histouère de Nout'Néomaye, Document non publié.

  • La Mémoire Lésignoise, Redécouvrir Lésigny, Bulletin de l'association la Mémoire Lésignoise.

  • Le patrimoine des communes de la Vienne. Paris : Flohic (35-Rennes : Oberthur Graphique), 2002.

    p. 728-729
  • Rédet, Louis. Dictionnaire topographique du département de la Vienne [...]. Paris : Imprimerie nationale, 1881. (Réédition Paris : J.-M. Williamson, 1989).

    p. 228
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