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Présentation générale des quartiers de Poitiers Sud

Dossier IA86004757 réalisé en 2009

Œuvres contenues

Aires d'études Poitiers
Adresse Commune : Poitiers
Lieu-dit : Chilvert Bellejouanne les Trois-Bourdons la Pointe-à-Miteau les Prés-Mignons

L´occupation humaine du plateau sur lequel s´étendent les quartiers de Poitiers-Sud, est ancienne. Elle est liée au rôle stratégique du lieu. Il s´agit en effet du seul accès au centre historique de la ville sans franchissement de cours d´eau. L´étroite langue de terre enserrée entre les vallées de la Boivre et du Clain a donc été très tôt aménagée afin de protéger l´entrée de la ville. Une large tranchée de l´époque protohistorique a ainsi été mise en évidence au devant des remparts, dans l´actuel quartier de Chilvert. Elle a donné son nom au modeste faubourg qui s´est développé à partir du Moyen Age le long de la route de Bordeaux, à l´extérieur de l´enceinte fortifiée dont il reste des tours et des remparts, entre les anciennes portes de la Tranchée et de Pont-Achard. Couvert de vignes et de champs, le secteur voit se développer sans doute dès l´époque gallo-romaine puis pendant le Moyen Age, un domaine cité dans un acte de 997 sous le nom de "villa Gilaverto", c´est-à-dire Chilvert. Les vallées et les plateaux périphériques de Poitiers, comme celui de Poitiers-Sud, commencent véritablement à se peupler à partir des 11e et 12e siècles. Des défrichements sont réalisés, des métairies s´implantent comme celle de la Grande Vacherie, citée vers 1050. Propriétaire de nombreuses terres alentours, le chapitre de l´église Saint-Hilaire-le-Grand de Poitiers met aussi en valeur les étangs de Saint-Hilaire, dans la vallée de la Boivre.

Après les guerres de Cent Ans et de Religion, de nouvelles exploitations voient le jour, par exemple le domaine de Bellejouanne, mentionné en 1486 et qui, jusqu´au 19e siècle, contrôle avec ses métairies une grande partie du secteur. Des habitations se greffent le long de la route de Bordeaux, au plus près du centre de Poitiers, et forment alors le faubourg de la Tranchée. Compris dans la paroisse Sainte-Triaise, et habité essentiellement par des journaliers et des vignerons, c´est l´un des faubourgs les plus modestes de la ville. Pendant tout l´Ancien Régime, des moulins exploitent la ressource en eau de la Boivre et du Clain, par exemple dans les bas de Trainebot et de la Cagouillère, en étant reliés au sommet du plateau par des chemins en pente qui existent toujours. Des ateliers de poterie sont décelés ici ou là (par exemple vers l´actuel quartier des Trois-Bourdons ou à l´intersection entre la rue de Chilvert et la rue Saint-Jacques), tirant parti du sous-sol argileux. Enfin, le faubourg joue un rôle non négligeable aux portes de Poitiers en tant que point d´accès à la ville : c´est ici que se trouve une des barrières d´octroi (péage à l´entrée des villes), l´ancienne chapelle Saint-Jacques, sur le chemin de Saint-Jacques de Compostelle, et que se développent des établissements hôteliers comme l´auberge de la Souche dont une rue a gardé le nom.

Cette situation se maintient pendant la première moitié du 19e siècle. Le faubourg de la Tranchée apparaît plus ou moins précisément sur des plans du début du siècle. Il figure bien plus en détail sur le plan cadastral de 1838, avec son bureau d´octroi, son four à poterie, l´auberge de la Souche, les chemins de Trainebot et de la Cagouillère qui relient le quartier au Clain. Au sud, l´espace est ponctué par les quelques exploitations agricoles héritées de l´Ancien Régime, dont le domaine de Bellejouanne est la plus importante. L´analyse de l´occupation des parcelles telle que le cadastre en fournit les données, permet de restituer les paysages d´alors et leur évolution jusqu´à nos jours. En cette première moitié du 19e siècle, le coteau du Clain en contrebas du faubourg de Bellejouanne est couvert de jardins mais aussi de vignes comme il n´en existe aujourd´hui plus que quelques pieds. De l´autre côté de l´avenue, et jusqu´à l´actuel quartier de Bellejouanne, des chemins d´exploitation dont le tracé a servi à construire beaucoup des rues actuelles (rue de la Chanterie, rue Denizot, rue de l´Abbé-de-l´Epée), serpentent à travers de vastes étendues de champs labourés. On ne relève que quelques carrières vers l´actuelle rue de la Chanterie, des prés et des pâtures vers Bellejouanne et les abords de la Boivre. Le sol est exploité de manière plus variable vers le sud, par exemple autour de la Grande et de la Petite Vacherie : prés et pâtures partagent plus équitablement les surfaces avec les labours, signe sans doute d´une activité d´élevage plus importante qu´au nord.

Le visage de Poitiers-Sud commence à évoluer à partir du milieu du 19e siècle. A l´extrémité est du secteur, l´arrivée du chemin de fer bouscule le paysage, d´une part avec la construction de la voie ferrée dans la vallée de la Boivre et du pont qui franchit le Clain, d´autre part avec le creusement du tunnel à travers le sous-sol du plateau de Chilvert. S´y ajoute la construction, dans les années 1890, de la ligne de tramway Poitiers-Saint-Martin-l´Ars, rappelée aujourd´hui par les rues du Versant Ouest et des Tramways départementaux. A partir des années 1850, deux grandes institutions religieuses s'installent dans le faubourg, l'une chargée des jeunes sourds muets, l'autre tenue par les Petites soeurs des pauvres en faveur des personnes âgées nécessiteuses (en plus de l'hospice des Filles de la Sagesse, installé quelques années plus tôt à Pont-Achard). Comme elles, de plus en plus de notables poitevins sont séduits par les coteaux de la Boivre et du Clain qu´ils découvrent en se promenant vers et aux alentours du cimetière de Chilvert. Ils décident de quitter le vieux centre médiéval de Poitiers, exigu et vétuste, pour se faire construire à Chilvert et le long de la route de Bordeaux de belles demeures, dotées du confort moderne et d´une architecture qui rappelle bien souvent celle de la villégiature en bord de mer ou à la campagne. De manière très ostentatoire, les villas cossues s´implantent en priorité sur le côté est de l´avenue, de manière à surplomber la vallée de la Boivre, mais aussi de l´autre côté, vers la rue de la Chanterie par exemple. Le phénomène est encore en cours dans les années 1910. Il colonise les deux côtés de la route de Bordeaux, jusqu´aux Trois-Bourdons. Venant du centre de Poitiers, une ligne de tramway encourage le phénomène en empruntant l´avenue jusqu´à ce même point. Elle facilite aussi l´accès aux lieux de loisirs qui tirent profit du cadre verdoyant des bords du Clain et de la Boivre, comme la guinguette du Fleuve Léthé. C´est aussi ce faubourg que choisissent deux congrégations religieuses pour installer des grandes institutions d´enseignement et de charité : l´Institut des jeunes sourds et la Maison des Petites soeurs des pauvres sont créés dans les années 1850 et dominent désormais le quartier de leurs hauts bâtiments.

Si l´espace au sommet du coteau du Clain est rapidement occupé, celui situé de l´autre côté, entre l´avenue et le cimetière, offre plus de possibilités d´extension. De nouvelles rues sont tracées, bordées aussitôt de bâtiments. L´initiative en revient à des propriétaires privés, avant que les rues ne soient classées dans la voierie communale. En 1873-1874, la veuve Brochain crée plusieurs rues entre l´avenue et le cimetière : voient ainsi le jour les actuelles rues Valentin-Haüy, Saint-Jacques (qui reprend un ancien chemin d´exploitation), de Fleury, de Chilvert (ancien chemin également) et Chevrier (ancien chemin de la Cassette à Poitiers, dans sa partie est, le long du cimetière). La rue de la Chanterie est construite dans les années 1880 sur un ancien chemin d´exploitation qui reliait le centre de Poitiers au cimetière, et à proximité duquel s´était développé un stand de tir. La rue Jules-Picault, qui lui est perpendiculaire, est tracée vers 1898 par Auguste Négrier, négociant en fourrages sur l´avenue de Bordeaux. Le phénomène concerne aussi rapidement l´espace compris entre le cimetière et la ligne du tramway départemental (actuelle rue des Tramways départementaux) : en 1896, Mme Marie Pauline Vavasseur, épouse de Louis-Alphonse Pingault, dont la famille possède Bellejouanne depuis plus d´un siècle, fait ouvrir en pleins champs une nouvelle voie dénommée rue des Petites Vallées car menant au lieu-dit du même nom (vers l´actuelle cité-jardins de Bellejouanne). Le début de la rue, au plus près de l´avenue, est vite loti et construit. Il est empierré en 1908 et en 1910, Mme Pingault vend à la Ville la rue qui passe dans la voirie communale. Déjà l´on pense à l´arrivée de nouveaux habitants en ouvrant par exemple en 1908 l´école publique de la Torchaise (actuel groupe scolaire Ernest-Pérochon). Parallèlement à ce développement urbain, et tout autour des espaces urbanisés, la fin du 19e siècle et le début du 20e voient la création de nouvelles fermes qui exploitent les terres pas encore construites. C´est le cas de la ferme des Petites Vallées, de celle des Rataudes, rue du même nom, avec carrière et fours à chaux à proximité, ou encore des fermes situées rue de Beaurepaire et rue de Vouneuil.

Le mouvement d´urbanisation vers l´ouest et le sud n´est interrompu que par la Première Guerre mondiale, et il s´amplifie dès les années 1920 avec l'arrivée de nouvelles populations rurales et d´habitants fuyant la vétusté du centre historique. La loi Cornudet de 1919 sur la création de plans d'aménagement, d'embellissement et d'extension, et la loi Loucheur de 1928 qui prévoit l'intervention financière et administrative de l'Etat pour encourager le développement de l'habitat populaire dans les faubourgs des villes, favorisent les constructions, ici comme dans d´autres villes et dans d´autres quartiers de Poitiers. Des taux d'emprunt réduits sont proposés aux particuliers pour acheter des terrains et construire des maisons, dont des modèles de plans, d´architecture et d´équipements sont diffusés. En moins de vingt ans, tout l´espace compris entre le cimetière de Chilvert et la rue des Tramways départementaux est couvert de maisons individuelles, tandis que d´autres continuent à s´égrainer le long de la route de Bordeaux qui s´étend désormais au-delà des Trois-Bourdons. Des investisseurs privés créent de nouveaux lotissements, comme la cité Malcotte en 1926 ou la cité Bonneau en 1933. Les pouvoirs publics prennent part aussi directement au mouvement : entre 1929 et 1932, l´office d´Habitat à Bon Marché de la Vienne va même géographiquement au-delà en faisant construire la cité-jardins de Bellejouanne de l´autre côté d´une vallée où coulait jusqu´à présent le ruisseau de Fleury (actuellement rue du Petit Ruisseau).

Un nouvel acteur joue aussi un rôle très important : des entreprises coopératives ouvrières localisées dans le quartier et spécialisées dans les travaux publics et les constructions, comme « la Fraternelle » (siègeant 9-11 rue de Chilvert, avec ses ateliers rue Chevrier) et « le Progrès » (actuelle SCOFAB, rue des Petites Vallées), achètent des terrains et les revendent de manière facilitée, avec ou sans construction, aux nouveaux propriétaires issus des classes moyennes ou populaires. Un plan de 1936 montre ainsi, de part et d´autre de la rue des Petites Vallées et de la rue Chevrier, le développement d´autres rues d´abord désignées par des lettres, de A à J, avant d´être baptisées plus tard rues de la Fraternelle (puis Lamartine), Théodore-Botrel, du Docteur-Charcot, du Docteur-Calmette, Pierre-Bersuire, Marc-Niveaux, Mérine et de la Pierre plastique. Dans cette dernière rue entre autres, Prosper Pouvrasseau et Auguste Bergeonneau développent un procédé de construction qui donne son nom à la rue. Toutes ces rues privées ont d´abord l´aspect de sentiers et de chemins, sans système d´écoulement d´eau que des fossés, ni empierrement. Il est donc décidé d´aménager ces voies, avant de les passer dans la voirie communale. Les travaux sont menés en 1938-1939, notamment par des entreprises du quartier comme la Fraternelle et les frères Garnier. D´autres équipements publics sont renforcés (extension de l´école de la Torchaise) ou créés (station d´assainissement et château d´eau de Bellejouanne en 1939-1941).

Pendant la Seconde Guerre mondiale et sous l´Occupation, les nouveaux quartiers de Poitiers-Sud sont en première ligne en raison de leur position de part et d´autre de la route de Bordeaux. Ils sont témoins du défilé des troupes allemandes qui prennent position ici ou là, par exemple dans la demeure située au 125 avenue de la Libération, ou au 106 avenue du 8 mai 1945. Des réfugiés, belges notamment, sont recueillis dans le secteur où des maisons sont redivisées en plusieurs logements pour abriter plusieurs familles. La proximité de la gare vaut au quartier de Chilvert d´être pris dans les bombardements aériens, notamment celui du 13 juin 1944 qui endommage plusieurs constructions. Les gravas issus de la destruction du quartier de la gare servent à combler en partie le vallon du ruisseau de Fleury. A la Libération, la route de Bordeaux est vite rebaptisée en avenue de la Libération jusqu´aux Trois-Bourdons, avenue du 8 mai 1945 au-delà.

L´élan urbain de Poitiers-Sud reprend dès le début des années 1950 autour du quartier de Bellejouanne. Une cité américaine est construite pour loger les militaires de l´OTAN basés à Poitiers et leurs familles. Un virage urbanistique est pris à partir de 1954 et dans les années 1960 avec la construction à Bellejouanne non plus de maisons individuelles mais d´immeubles-barres. Un autre ensemble de ce type est édifié au sud, cité Pierre-Loti, à partir de 1964. De nouveaux équipements publics sont installés à proximité des immeubles de Bellejouanne : le groupe scolaire Marcel-Pagnol, un centre commercial, des installations sportives, etc.. L´augmentation de la population nécessite aussi la construction de deux nouveaux châteaux d´eau, à Bellejouanne et à la Pointe-à-Miteau. Parallèlement, Poitiers-Sud continue son extension inéxorable vers le sud, le long de l´avenue du 8 mai 1945 et aussi, désormais, de l´ancien chemin agricole des Joncs, devenu rue des Joncs. Les maisons individuelles s´y multiplient dans les années 1970-1980, le plus souvent de façon hétérogène, plus rarement en lotissements concertés (résidence des Tilleuls par exemple, en 1970). La limite urbaine constituée en 1986 par l´ouverture de la rocade de Poitiers est rapidement dépassée par l´extension de la ville. Le lycée du Bois-d´Amour dès 1987, puis, dans les années 1990-2000, de plus en plus d´établissements industriels et commerciaux s´installent au-delà de la rocade, jusqu´au noeud autoroutier de l´A10 et jusqu´aux abords des communes de Saint-Benoît, Croutelle et Fontaine-le-Comte. Les anciens lieux-dits ruraux de la Grande Vacherie, de la Petite Vacherie et de la Paillerie se retrouvent à leur tour incorporés dans l´agglomération poitevine.

Les quartiers de Poitiers-Sud couvrent 451 hectares (environ 10 % du total de la ville de Poitiers). Ils s´étendent vers le sud-ouest du centre de la ville, de part et d´autre de la route de Bordeaux aujourd´hui dénommée avenue de la Libération et avenue du 8 mai 1945. Situés sur un plateau, ils sont délimités à l´est par la vallée du Clain, au nord par la vallée de la Boivre, à l´ouest et au sud par la rocade de Poitiers, même si quelques anciennes métairies et demeures et la zone industrielle et commerciale se trouvent un peu au-delà, de part et d´autre de la route nationale 10, jusqu´au noeud autoroutier de l´A10. Ce secteur compte 6870 habitants selon le recensement de 1999 (environ 8 % de la population totale de la ville). Il regroupe quatre îlots INSEE (il s´agit de l´unité de base des études statistiques de l´INSEE, regroupant entre 1800 et 5000 habitants) :

- Chilvert, au nord, entre les coteaux de la Boivre et du Clain, de part et d´autre de l´avenue de la Libération et autour du cimetière du même nom, avec 2651 habitants ;

- Bellejouanne, vers l´ouest, essentiellement autour de la cité-jardins et de l´ensemble d´immeubles du même nom, avec 1822 habitants ;

- les Prés-Mignons, de part et d´autre de l´avenue de la Libération puis de celle du 8 mai 1945, jusqu´au noeud autoroutier d´une part, le long du coteau de la Boivre, vers Saint-Benoît, d´autre part, avec 2041 habitants ;

- enfin la Pointe-à-Miteau, à l´est de l´avenue du 8 mai 1945 et qui s´étend au sud au-delà de la zone industrielle et commerciale et du lycée du Bois-d´Amour, avec 359 habitants.

Les paysages de ces quartiers, essentiellement urbains, sont structurés par la route de Bordeaux et la rocade et aussi, au nord, par les voies ferrées aux abords de la gare ferroviaire, y compris en sous-sol du côté de Chilvert. Ces grands axes et l´urbanisme galopant masquent le passé agricole et rural de ces quartiers que l´on peut encore déceler à travers les ruelles qui descendent les coteaux, le tracé des rues qui emprunte souvent d´anciens chemins d´exploitation (rue de la Chanterie par exemple), et la présence d´anciennes fermes aujourd´hui entourées par l´habitat pavillonnaire. Les paysages sont également marqués par la présence d´importants espaces verts, qu´ils soient aménagés comme le parc des Prés-Mignons ou naturels comme les vallées de la Boivre et du Clain. Les rives et les coteaux verdoyants de ces vallées sont cultivés en jardins ou simplement boisés. Le secteur joue par ailleurs un rôle clé dans l´alimentation en eau de la ville avec la présence de l´usine d´assainissement de l´eau de Bellejouanne et de trois châteaux d´eau au total.

L´activité économique se concentre le long des avenues. Il s´agit de commerces et d´établissements industriels et commerciaux implantés essentiellement entre la rocade et le noeud autoroutier et aussi autour de l´entreprise SAFT, autrefois usine Leclanché. Il reste également ici ou là, au milieu de l´habitat résidentiel, quelques entreprises industrielles de plus petite dimension, héritières d´anciens établissements, comme la SCOFAB, rue des Petites-Vallées. Enfin des équipements publics et de proximité se sont développés dans le quartier de Bellejouanne (bibliothèque, mairie-annexe, centre commercial, piscine, archives municipales, etc.), sans oublier les deux groupes scolaires (Marcel-Pagnol et Ernest-Pérochon) et le lycée du Bois-d´Amour.

Annexes

  • Extrait de Mineau Robert. Poitiers d'avant 1914, souvenirs d'enfance, p. 22-24 :

    "Le faubourg de la Tranchée affirmait déjà [en 1900] sa vocation résidentielle favorisée par la récente création d'une ligne de tramways électriques reliant les Trois-Bourdons au centre de la ville. De la Madeleine à l'Ermitage, les coteaux escarpés du Clain se couronnaient de grandes villas et de belles demeures. L'une d'elles fut malicieusement appelée "château de la plume" au motif que son propriétaire s'était enrichi dans la préparation du duvet d'oie connu sous le nom de "cygne du Poitou". Mi-urbain, mi-rural, le faubourg s'étirait de la Porte de Ville aux Trois-Bourdons, le long de la route nationale de Paris à Bayonne. Il avait, un demi siècle durant, drainé le trafic des messageries, de la poste aux chevaux et du roulage jusqu'au triomphe du rail et du déclin provisoire de la route. Les anciens se rappelaient avoir vu rouler sur l'avenue plantée d'ormes les coches rapides de La Rochelle et de Bordeaux. Les lieux-dits de Saint-Jacques et des Trois-Bourdons conservent le souvenir des pélerins de Compostelle. En ce début du siècle, la Nationale 10 ne s'animait que les jours de foire et de marché avec le va-et-vient des bestiaux, des chars à bancs et des voitures à âne".

  • L´INVENTAIRE DU PATRIMOINE DES QUARTIERS DE POITIERS SUD, 2009 : réalisation et valorisation.

    A l´issue de l´inventaire du patrimoine des onze communes de la Communauté d´Agglomération de Poitiers (CAP), hors Poitiers, mené entre 2004 et 2008 par l´Etat puis la Région Poitou-Charentes et par la CAP, celles-ci ont décidé de préfigurer l´extension de cette opération aux secteurs périphériques de la ville même de Poitiers, par l´étude d´un de ces secteurs. Une convention a été signée en ce sens le 16 octobre 2008, pour une durée d´un an. Elle a eu pour objectifs, notamment, la valorisation des résultats de l´inventaire des onze communes de la CAP, et la réalisation de l´inventaire des quartiers de Poitiers Sud, à titre d´expérimentation. Ce secteur a été choisi car il comprend une des zones désignées comme prioritaires dans le Contrat urbain de cohésion sociale (CUCS) 2007-2009, dont l´un des objectifs est de connaître et valoriser le territoire.

    L´opération d´inventaire s´est déroulée sur toute l´année 2009, alliant observations sur le terrain, recueil de témoignages d´habitants, recherches en archives et campagne photographique. 467 dossiers documentaires portant sur des bâtiments et 42 dossiers documentaires concernant sur des objets ont été établis, illustrés par 1630 photographies, cartes et plans. Cette documentation comprend également des synthèses thématiques concernant l´ensemble du secteur, retraçant son évolution celle de son habitat.

    Parallèlement à l´enquête, des actions de médiation de l'enquête et de valorisation de ses premiers résultats ont été menées à destination des habitants des quartiers concernés (parcours guidés dans le cadre du festival "Ecoutez-Voir" en juin 2009) et du jeune public : plusieurs classes du lycée du Bois-d´Amour, situé à Poitiers Sud, ont été invitées à participer à l´enquête de terrain, à se familiariser avec les méthodes, les outils et les métiers de l´Inventaire, et à réaliser un document de visite du secteur mis à la disposition de ses habitants et de ses visiteurs.

  • CAHIER DES CLAUSES SCIENTIFIQUES ET TECHNIQUES

    1- Les objectifs de l´enquête

    L´inventaire du patrimoine des quartiers de Poitiers Sud, qui préfigure celui des autres quartiers périphériques de la ville de Poitiers, intervient à l´issue de l´inventaire mené entre 2004 et 2008 sur les onze communes de la Communauté d´agglomération de Poitiers (CAP), hors la ville même de Poitiers, et tandis que la CAP et l´Etat mènent l´étude du secteur sauvegardé de Poitiers, soit le centre historique, avec la participation scientifique de la Région Poitou-Charentes (service de l´Inventaire général du patrimoine culturel). Par la combinaison de ces opérations, l´objectif est de constituer un socle de connaissances sur la totalité du territoire de l´agglomération.

    La connaissance et la valorisation du territoire sont l´un des objectifs du Contrat urbain de cohésion sociale (CUCS) signé par, entre autres, l´Etat, la CAP et la Région Poitou-Charentes, et qui, via la Zone urbaine sensible de Bellejouanne, concerne le secteur de Poitiers Sud. L´inventaire du patrimoine permet d´écrire et de renouveler l´histoire des quartiers concernés, et d´éclairer les évolutions présentes ou à venir. Il donne des clés de lecture et de compréhension de l´espace urbain pour sensibiliser à la qualité de l´environnement architectural : connaître l´histoire de son quartier contribue à s´y sentir intégré et à participer à sa vie et à son évolution. Le recueil, le partage et la mise en perspective de la mémoire des habitants peuvent en particulier permettre de mieux vivre ensemble les transformations en cours.

    En plus de constituer un outil d´animation du patrimoine dans le cadre du label « Ville et Pays d´Art et d´Histoire » de la CAP, l´opération vise à continuer à alimenter le système d´information géographique de la CAP, en particulier dans le cadre de la révision en cours du Plan local d´urbanisme (PLU). Les données de l´inventaire enrichissent ainsi la connaissance que les élus de la CAP et les services en charge de l´urbanisme ont du territoire, et participent ainsi à la prise de décision et aux choix stratégiques.

    2- Le cadre institutionnel

    Comme l´a défini la convention signée le 16 octobre 2008, pour une durée d´un an, entre la CAP et la Région Poitou-Charentes, l´inventaire du patrimoine des quartiers de Poitiers Sud est conduit, pour sa phase opérationnelle, par la Région Poitou-Charentes, service de l´Inventaire général du patrimoine culturel, qui met à disposition un conservateur du patrimoine à temps complet, avec la participation autant que de besoin du chercheur spécialisé dans l´étude des objets mobiliers, et celle des techniciens du service (photographes, dessinateur, administrateur de bases de données).

    Afin de valoriser les résultats de l´inventaire des onze communes de l´agglomération hors Poitiers, et les premières données issues de celui des quartiers de Poitiers Sud, la CAP met à contribution, notamment, un agent chargé de la valorisation et de la médiation de ces résultats, un agent chargé des actions auprès du public jeune, et l´animateur de l´architecture et du patrimoine. La collaboration des services du Développement urbain et du Système d´information géographique de la CAP permet l´intégration des résultats de l´inventaire dans les documents d´urbanisme de la CAP.

    Des partenariats sont établis avec les associations locales et en particulier avec le Centre d´animation de Poitiers Sud (CAP Sud).

    3- La délimitation de l´étude

    Le secteur de Poitiers Sud retenu pour l´opération, correspond à quatre îlots INSEE (unité de base des études statistiques de l´INSEE, regroupant entre 1800 et 5000 habitants) : Chilvert, Bellejouanne, les Prés-Mignons et la Pointe-à-Miteau. Ils s´étendent vers le sud-ouest du centre de la ville, de part et d´autre de l´avenue de la Libération et de l´avenue du 8 mai 1945. Le secteur est délimité à l´est par la vallée du Clain, au nord par la vallée de la Boivre, à l´ouest et au sud par la rocade de Poitiers. L´ensemble couvre 451 hectares (environ 10 % du total de la ville de Poitiers) et regroupe 6870 habitants (environ 8 % de la population totale). Le cadastre y recense 1847 éléments bâtis.

    L´enquête couvre de manière systématique toutes les périodes des origines à nos jours. Elle prend en compte les constructions antérieures aux années 1960, à l´exception de celles qui ont fait l´objet de récents remaniements rendant leur état d´origine illisible. Le bâti postérieur à cette date est retenu uniquement pour les créations d´architecte, les bâtiments publics et les lotissements concertés, c´est-à-dire constitués de maisons de série ou d´immeubles bâtis selon un agencement et une architecture homogène. Les objets mobiliers des principaux établissements religieux ou d´enseignement du secteur sont étudiés, de même que l´évolution paysagère et urbaine des quartiers concernés.

    4- La méthode

    Comme toute opération d´inventaire, celle-ci comporte trois phases : une phase préparatoire (consultation et exploitation des ressources documentaires, des cartes et des documents iconographiques ; information publique sur la conduite et le déroulement du projet) ; une phase d´enquête (à l´aide d´une grille de recensement ; voir figure 1) et de mise en forme (intégration des données dans une base éléctronique) ; et une phase de synthèse et de restitution. Dans la pratique, ces 3 phases se chevauchent.

    Afin de couvrir l´ensemble du secteur sur la période d´un an prévue par la convention, et dans le but de fournir aux services de l´urbanisme de la CAP des données sur l´intégralité des bâtiments antérieurs aux années 1960 et actuellement en place à Poitiers Sud, l´enquête est menée en observant trois niveaux d´étude :

    - tous les bâtiments font l´objet d´un relevé intégrant les informations minimales suivantes, sans prise de vue : positionnement par rapport à la voie, matériaux de construction des murs, matériaux de couverture du toit, nombre de travées d´ouvertures en façade, façade ordonnancée ou non, éléments de décor, type de bâtiments (maison de ville, de faubourg, ferme à bâtiments séparés, etc.). Ces informations sont rassemblées dans un tableau transmis ensuite aux services de l´urbanisme de la CAP ;

    - parmi ces bâtiments, certains sont plus particulièrement repérés et font l´objet d´un dossier documentaire d´inventaire, en raison de leur intérêt historique et/ou architectural ou encore de leur représentativité pour leur époque et/ou leur style.

    - enfin, quelques bâtiments ou ensembles tels que manoirs, demeures, ensembles urbains, etc., sont spécifiquement étudiés à l´aide notamment de recherches en archives plus poussées.

Références documentaires

Documents d'archives
  • A. D. Vienne, G 601. 1607 : échange du domaine de la Cagouillère entre Thomas Dreux, sieur de la Pommeraye, et Hilaire Gauguier, sieur de la Touche. A. D. Vienne, G 622-623. 1738-1739 : déclarations rendues pour des maisons et des terres à Pont-Achard, au faubourg de la Tranchée, à Chilvert, à Trainebot. A. D. Vienne, G 632. 1784 : mémoire fixant les limites du fief de Chilvert, avec indication des titres qui établissent sa sujétion envers le chapitre de Saint-Hilaire. A. D. Vienne, G 637. 1291-1787 : cens et rentes dus au chapitre de Saint-Hilaire-le-Grand pour des biens à Trainebot, Bellejouanne, la Fosse au Pailler, Pont-Achard. A. D. Vienne, 1J 1027. 1531-1684 : titres du domaine de Bellejouanne, dont : 1596, 2 janvier : Loys Joussant, avocat à Poitiers, arrente à François Domine, laboureur, une pièce de vigne contenant douze journaux ou environ, située au fief appelé le Haut Chilevert, tenant d´une part au chemin par lequel l´on va de la porte de la Tranchée à la fontaine de Mazay, d´autre et de deux côtés aux deux vignes de Messire Etienne Rondaud, chanoine de l´église Saint-Hilaire-le-Grand de Poitiers, d´autre à la vigne de Monsieur le Grand archidiacre dudit Poitiers. A. D. Vienne, 4J 66. 1944-1946 : réparation du toit et de la couverture en ardoises de la maison de Louis-Amédée Debelle, 18 rue de la Chanterie, endommagée par les bombardements du 13 juin 1944.

  • A. D. Vienne, 4P 2844-2845. 1842 : tableaux indicatifs des propriétaires, des propriétés foncières et de leur contenance.

  • A. D. Vienne, 4P 2847-2870. 1844-1914 : matrices des propriétés foncières.

  • Site internet : www.archives-vienne.cg86.fr, recensements de population de Poitiers de 1881, 1891 et 1901.

  • A. M. Poitiers, liasses 451 à 465. 1874-1938 : correspondance, rapports et plans concernant le tracé des rues de Chilvert, Chevrier, de Fleury, de la Madeleine, des Petites Vallées, Saint-Jacques, de la Souche et le chemin de Trainebot.

  • A. M. Poitiers, liasses 1411 à 1414, 1420 à 1422 et 1440 à 1441. 1ère moitié du 20e siècle : dossiers de constructions de maisons examinés par le service d'hygiène de la Ville de Poitiers.

  • A. M. Poitiers, liasse 2355. 1966-1968 : aménagement de l´éclairage public dans le secteur de Chilvert.

  • A. M. Poitiers, registres des délibérations du conseil municipal, notamment les séances des 12 juillet 1934 (pose de boîtes aux lettres à Bellejouanne et aux Prés Mignons), 18 avril 1935 (organisation d´une fête du quartier de Bellejouanne), 12 juillet 1937 (classement dans la voirie urbaine de voies à la cité de Bellejouanne et à Chilvert), 30 mars 1939 (nouvelle dénomination de rues, dont la rue Marc-Niveaux), 29 décembre 1939 (aménagement des rues du quartier de Chilvert). 19 novembre 1940 (prolongement de la rue de l´Abbé-de-l´Epée) et 10 novembre 1944 (l´avenue de Bordeaux devient avenue de la Libération).

  • Archives du Centre d'animation de Poitiers Sud (CAP Sud) : dossiers de construction, revues de presse.

  • Témoignages d'habitants du quartier : Mme Jeanine Ardouin (rue de la Jeunesse), M. René Peguin (cité américaine), Mme et M. Christiane et Bernard Lacombe (rue de la Pierre plastique), M. Pierre Sire (ferme, rue de Beaurepaire), Mme Geffard et Mme Lumineau (ferme 13-15 rue de Vouneuil), Mme Brunet (rue des Joncs), Mme Monnereau (rue de Vouneuil), Mme Gautier et M. Epain (rue du Docteur-Charcot), Mme Françoise Sarault (la Petite Vacherie), Mme Reine Gautier (la Grande Vacherie).

  • Médiathèque François-Mitterrand de Poitiers, F 47. 1384, 15 février : quittance de 70 sous et quatre chapons payés par la commune à Jamet Guischard pour rentes dues sur une treille et un verger à Poitiers et sur une vigne à Chillevert. Médiathèque François-Mitterrand de Poitiers, F 216. 1807-1870 : faubourg de la Tranchée, pétitions, demandes d´alignement, concernant notamment les chemins et routes de la Cagouillère, de Chilvert, de la Cassette, de Trainebot.

Documents figurés
  • A. D. Vienne, Fi D47. 1817 : plan de Poitiers.

  • A. D. Vienne, Fi L96. 1882 : plan de Poitiers.

  • A. D. Vienne, 4J. 20e siècle : archives des architectes Léon, Maurice et Lucien Martineau.

  • A. D. Vienne, 4P 1177-1188. 1838 : copies du plan cadastral dit napoléonien.

Bibliographie
  • Annuaire de Poitiers et du département de la Vienne, 1938. Poitiers : Marc Texier imprimeur-éditeur.

  • Favreau, Robert. Histoire de Poitiers. Toulouse : Privat, 1985, 435 p.

    p. 32, 97, 101 et 226
  • Granger, Michel. Poitiers et ses remparts. Poitiers : éd. Géniteau Le Picton, 1988.

  • La Liborlière, Louis François Marie Bellin de. Vieux Souvenirs de Poitiers d´avant 1789, suivis de notices spéciales sur la Grand-Gueule et l´ancienne Université de Poitiers, Poitiers, 1846. Réédition : D. Brissaud, Poitiers, 1983.

  • Le Roux, Hubert, Dictionnaire de Poitiers, ville d'art et d'histoire. Poitiers : chez l'auteur, 1976.

  • Mineau Robert. Poitiers d'avant 1914 souvenirs d'enfance. Poitiers : Brissaud, 1989.

    p. 22-24
  • Simmat Gérard. Poitiers Années 30 : La Crèche : Geste édition, 2003.

  • Simmat, Gérard et Chegaray, Laurence. Quand les Poitevins racontent Poitiers. Témoignages et Récits. Joué-lès-Tours : Ed. Alan Sutton, 2000.

  • Simmat, Gérard et Mondon Chegaray, Laurence. Poitiers à la lorgnette. Poitiers : Michel-Fontaine Editeur, 2005.

  • Simmat, Gérard et Juchault, Pierre. Le Pays de Poitiers. Mémoire en Images. Joué-lès-Tours : Ed. Alan Sutton, 1999.

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