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Prieuré, aujourd'hui église Saint-Michel

Dossier IA16000601 réalisé en 2003
Vocables Saint-Michel
Destinations église
Dénominations prieuré
Aire d'étude et canton Communauté de communes du Confolentais - Champagne-Mouton
Adresse Commune : Champagne-Mouton
Cadastre : 1835 C 202 ; 1991 AB 356

Le prieuré Saint-Michel de Champagne-Mouton appartenait au diocèse de Poitiers jusqu´à la Révolution. Il date du 12e siècle pour ses parties les plus anciennes. Il aurait été « rattaché autrefois à l´abbaye Saint-Michel de la Cluse, en Savoie, avant de revenir au monastère de Bussière-Badil, en Limousin ». Le prieur était dispensé de résidence, il pouvait ne pas être prêtre. L´église était commune à la paroisse et au prieuré. L´église primitive était en forme de croix latine. Le clocher d´origine, octogonal selon Monsieur Du Vignaud, était situé à la croisée du transept. Les deux murs orientaux des bras du transept ouvraient probablement sur deux absidioles. Le portail date du 12e siècle, il a été déplacé au 19e siècle. M.-Th. Camus (2009, p. 486) en date la sculpture, par son style et pour le choix des thèmes représentés, entre 1130 et 1150.

Le mur nord de la nef pourrait également dater du 12e siècle mais trois contreforts ont été remontés au 19e siècle. La tradition locale veut que pendant la Guerre de Cent Ans, les Anglais aient bombardé l´église, détruisant une grande partie de l'édifice. Le mur sud de la nef semble en effet avoir été reconstruit au 15e siècle, en même temps que la voûte de la nef, qui porte l´écusson des de La Chambre, seigneurs de Champagne-Mouton après 1428.

En 1510, une chapelle latérale a été construite contre le mur sud de la nef par Alexandre de Farthays, gentilhomme écossais. Les Guerres de Religion auraient fait subir à l´église de Champagne-Mouton de graves dommages sans qu´on puisse les définir exactement. Le clocher a été détruit à une date inconnue, avant 1591.

La paroisse Saint-Martin a été annexée par la paroisse Saint-Michel entre 1610 et 1622.

L´église se trouvait dans un très mauvais état au 18e siècle.

De 1822 à 1829, l´abside et le transept alors à l´abandon, sont couverts d´une charpente et d´un toit. La sacristie a été construite en 1838. La chapelle latérale de la nef est restaurée en 1862. En 1859, l´architecte Lemaire de Confolens établit un plan pour la construction d´un clocher en saillie sur la façade. Abadie, qui siège au Conseil Départemental des Bâtiments Civils, est contre ce projet et préfère un clocher sur la croisée du transept. Cet emplacement se révèle trop onéreux et le clocher fut bâti à partir de 1864 au-dessus de la première travée de la nef, en légère saillie par rapport à la façade. Il a donc fallu déplacer le portail. Ce déplacement a fait disparaître une partie des sculptures du portail, décrites par l´abbé Michon. Plusieurs pierres sculptées ont été remplacées. L´entrepreneur est Pierre Roy de Champagne-Mouton. En 1864, deux fenêtres ont été percées dans le mur nord de la nef. En 1874, quatre contreforts ont été remontés, trois contre le mur nord de la nef et un à l´entrée de la cour du presbytère. En 1891, des travaux comprennent la construction d´une voûte d´arêtes sur la croisée du transept, la construction d´une voûte en berceau sur le transept et l´abside en briques de Roumazières, la construction d´arcs doubleaux avec des pierres provenant des carrières de Grosbot et la réfection des plafonds du transept. L´architecte est Jean Roy de Chabanais, l´entrepreneur est Jean Meunier de Chasseneuil.

Remploi
Période(s) Principale : 12e siècle
Principale : 15e siècle
Principale : 19e siècle
Auteur(s) Auteur : Roy Pierre, entrepreneur,
Auteur : Roy Jean, architecte,
Auteur : Meunier Jean, entrepreneur,

Le prieuré Saint-Michel de Champagne-Mouton est situé sur une petite hauteur proche du château et de la rivière l´Argent. L´église est orientée avec un plan en croix latine. Le clocher, composé de trois niveaux, se situe au-dessus de la première travée de la nef, légèrement en saillie. Le portail de la façade a été déplacé sur le mur ouest du clocher, encadré par deux contreforts.

Le décor roman de l´église Saint-Michel de Champagne-Mouton se concentre sur la façade occidentale et plus particulièrement le portail (voussure, tympan et chapiteaux). Il est daté de la première moitié du 12e siècle, probablement entre 1130 et 1150. Il a été démonté et remonté au 19e siècle avec des éléments refaits, comme l´Agneau pascal au centre du tympan ou la main bénissant sur l´arc du rouleau extérieur. Sur la photographie ancienne, antérieure aux travaux de 1864, conservée à la Société archéologique de la Charente, il semble que ce soit un autre motif qui se soit trouvé sur la clef. L´Agneau pascal semble en revanche bien avoir pris la place d´un motif similaire. Le portail était alors surmonté de trois pierres sculptées de ce qui semble être des sirènes. La présence d´un tympan est exceptionnelle dans notre région.

Le portail est encadré de trois colonnes surmontées de chapiteaux : les chapiteaux internes portent le linteau du tympan, les chapiteaux centraux et externes les rouleaux de la voussure. Des palmettes s´intercalent entre les chapiteaux sur l´arrête des supports verticaux. Les tailloirs sont ornés de palmettes grasses. Les chapiteaux du piédroit gauche sont sculptés de lions affrontés (parfois à tête humaine) avec des tiges entrelacées et des palmettes. Un lion dans un décor de palmettes et d´entrelacs a été sculpté sur la face interne au sommet du montant gauche. En face, sur le montant droit, un lion combat un autre animal couché sur le dos (lion ?). Le chapiteau interne du piédroit droit est sculpté sur ses deux faces d´une tête monstrueuse cornue (diable ?) avec des rinceaux terminés en feuilles qui sortent de sa bouche. Le chapiteau central porte des lions affrontés à tête unique dans l´angle, avec des tiges entrelacées et des palmettes. Les lions du chapiteau externe ont la tête picorée par des oiseaux.

Le tympan est supporté par un linteau en arc segmentaire dont le décor est organisé de manière symétrique. Au-dessus du chapiteau interne ont pris place de chaque côté un personnage plié vers l´arrière. Le décor s´organise ensuite dans un entrelacs de tiges, de palmettes et de feuilles au milieu duquel ont pris place des lions et des oiseaux. Au centre, la tête humaine avec des tiges sortant de sa bouche a été refaite au 19e siècle mais a peut-être remplacé un motif similaire.

La voussure, surmontée d´une archivolte ornée de pointes de diamant, est composée d´un rouleau externe portant des scènes en rapport avec le thème de la messe, un rouleau interne avec des motifs végétaux (entrelacs de tiges, palmettes, feuilles), un arc segmentaire supportant le tympan.

La partie centrale du tympan a été refaite au 19e siècle et est sculptée d´un Agneau mystique dans une gloire (refait). Il est porté par deux anges représentés de face, les pieds de profil. Celui de gauche montre le sol avec l´index de sa main droite ouverte alors que celui de droite tient de sa main gauche le bout de son aile.

Le rouleau intermédiaire est sculpté d´un entrelacs de tiges et feuilles.

Le rouleau externe porte un décor consacré au thème de la messe, encadré à gauche par saint Nicolas et à droite par Moïse. Saint Nicolas et Moïse sont plus grands que les autres personnages (diacres) et debout : les premiers sont sculptés sur trois claveaux, les quatre autres personnages sur deux claveaux, et les trois bustes de profil sur un seul. À l´exception de saint Nicolas et de Moïse, tous tournent la tête vers Dieu, symbolisé par la main sur la clef de l´arc.

À gauche, saint Nicolas (identifié par l´inscription S. NICOLAUS sur l´auréole) est représenté en homme barbu, debout, de face (les pieds de profil), la main droite ouverte posée sur la poitrine et tenant de la main gauche sa crosse d´évêque. À droite, Moïse (identifié par l´inscription MOISES sur l´auréole) est représenté barbu, en symétrie, debout, de face, la main droite posée sur la poitrine et tenant entre ses doigts un stylet avec lequel il semble écrire sur les Tables de la loi (avec l´inscription LEGEM ME / Reçois la loi) tenues de sa main gauche. Il a les jambes croisées, le pied gauche en avant, tourné de profil vers la gauche et le pied droit en arrière, sculpté de face. Au-dessus d´eux sont représentés debout, de profil (profil droit à gauche, profil gauche à droite), de chaque côté, vers le bas un personnage barbu portant un vase avec le vin de la messe et au-dessus, un personnage barbu portant un pain rond (hostie ?). De part et d´autre de la clef, portant une main bénissant refaite, se répartissent trois personnages représentés en buste, de profil. Le premier à gauche, tonsuré et imberbe (prêtre ou diacre ?) présente une patène, à sa droite, le deuxième (non tonsuré, barbu, peut-être un diacre) présente un linge (corporal) et le dernier, à droite de la main, tonsuré et imberbe comme le premier (prêtre ou diacre ?) présente un calice.

Saint Nicolas et Moïse ont un rapport direct avec la distribution de nourriture. Saint Nicolas, évêque de Myrna, multiplia la cargaison de froment des navires lors d'une famine, et Moïse nourrit les Israélites avec la manne, nourriture providentielle lors de l'Exode dans le désert.

Sur le dessin attribué à l'abbé Michon, trois sirènes étaient sculptées sur les pierres au-dessus du portail. Dans la " Statistique Monumentale de la Charente ", l'abbé Michon mentionne d'autres sculptures au-dessus du portail : une longue tête barbue, un saint personnage assis montrant du doigt le ciel, un homme qui coupe un pain rond et une femme qui tient une petite bouteille. Il n´a pas été possible de retrouver ces pierres déposées lors de la reconstruction du 19e siècle.

Par son style, le portail de Champagne-Mouton rappelle celui de Genouillé dans la Vienne, où Moïse est également représenté (associé à Aaron).

Entre le premier et le deuxième niveau du clocher, une corniche est soutenue par des modillons sculptés de visages humains (premier, troisième, cinquième, sixième modillons en partant de la gauche), des têtes animales (deuxième et septième modillons) et un éléphant (quatrième modillon).

Quatre modillons, probablement des remplois, sont insérés dans les murs nord et sud du clocher saillant. Le clocher est percé d´une fenêtre sur le mur ouest du deuxième niveau et de deux baies jumelles par face au troisième niveau. La toiture élancée du clocher est en ardoise, elle repose sur une corniche à modillons nus. L´angle sud-ouest de la façade possède un remploi de pierre sculptée.

Le mur sud de la nef est soutenu par un gros contrefort ainsi que par plusieurs bâtiments accolés.

Le mur nord de la nef, percé de trois fenêtres, est soutenu par trois gros contreforts et deux contreforts beaucoup plus minces. Les bras du transept ne sont pas parfaitement perpendiculaires à la nef. Le transept est couvert d´une toiture à deux longs pans. Les murs sud et nord sont percés d´une fenêtre. Une pierre semblant former le sommier d´une arcade est visible entre la travée droite du chœur et le mur est du transept nord. Une porte permet l´accès sur le mur ouest du transept nord.

Le chevet est plat, percé d´une fenêtre. La sacristie a été accolée au sud du chevet.

La nef est constituée de cinq travées. Le clocher a été construit sur la première travée. Un escalier permet d´accéder à la tribune haute. Les assises du mur nord sont saillantes et ne sont pas parfaitement dans le même axe, preuve d´une réfection à une date indéterminée. La nef est voûtée en pierre, contrairement au reste de l´édifice qui est voûté en brique. La voûte est soutenue par des arcs doubleaux, qui reposent sur des colonnes, dont les chapiteaux portent des boules sur les angles. Les dosserets des colonnes reçoivent les arcs brisés des murs de la nef. Un blason muet est sculpté sous un chapiteau du mur sud de la nef. Un autre blason est sculpté sur l´arc doubleau proche de la croisée du transept, aux armes de la famille de La Chambre. Une grande arcade, percée dans la troisième travée du mur sud de la nef, ouvre sur une chapelle latérale. Cette chapelle est éclairée par une fenêtre. Deux pierres gravées dans le sol commémorent la fondation et la restauration de cette chapelle. La croisée du transept, limitée par quatre grands arcs, est voûtée d´arêtes. Les piliers sont surmontés de chapiteaux portant des boules sur les angles. Les murs est de chaque bras du transept semblent présenter des traces des anciennes absidioles. On discerne en effet ce qui pouvait être les sommiers des arcades. Le plâtre craquelé de façon identique de chaque côté semble dessiner les anciennes arcades. Le chœur est composé d´une travée droite aveugle et d´une abside voûtée en cul de four. Deux ouvertures ont été percées dans la travée droite du chœur. L´une permet d´accéder à la sacristie au sud, l´autre sert de placard et présente une voûte en plein cintre.

Murs calcaire moellon enduit
calcaire pierre de taille
Toit tuile creuse, ardoise
Plans plan en croix latine
Étages 1 vaisseau
Couvertures toit à longs pans
Techniques sculpture
Représentations sujet chrétien, saint Nicolas, ange personnage biblique objet de culte, hostie, burette, voile, calice ornement animal, lion, oiseau, éléphant ornement végétal, palmette ornement géométrique, entrelacs, rinceau, pointe de diamant armoiries agneau mystique chrisme
Précision représentations

Le thème de l'eucharistie est omniprésent sur le décor sculpté du portail.

Statut de la propriété propriété de la commune
Protections inscrit MH, 1948/11/29
Précisions sur la protection

Portail, provenant de la chapelle du château : inscription par arrêté du 29 novembre 1948.

Références documentaires

Documents figurés
  • Documents.

    Archives départementales de la Charente, Angoulême : 1072 G
  • Cartes postales.

    Archives départementales de la Charente, Angoulême
Bibliographie
  • Allain, Jean. Champagne-Mouton, l'église Saint-Michel, 1986.

  • Boulanger, Pierre. Les églises de l'arrondissement de Confolens au XIXe siècle : restaurations et reconstructions. Bulletins et mémoires de la Société archéologique et historique de la Charente, 1992.

    p. 43-44
  • Camus, Marie-Thérèse. Les oiseaux dans la sculpture du Poitou roman. Mémoires de la Société des Antiquaires de l'Ouest, 4e série, t. 11, 1967-1970.

    p. 20, 31, 32
  • Camus, Marie-Thérèse, Carpentier, Elizabeth, Amelot, Jean-François. Sculpture romane du Poitou. Le temps des chefs d'oeuvre. Paris : Éditions A. et J. Picard, 2009.

    p. 54, 102, 113, 124, 170, 177, 265, 482, 486, 492, 498. Fig. 113, 176, 177, 285, 552, 553
  • Daras, Charles. L'orientalisme dans l'art roman en Angoumois. Bulletins et mémoires de la Société archéologique et historique de la Charente, 1936.

    p. 96
  • Dubourg-Noves, Pierre. Communication à la séance du 15 juin, Bulletins et mémoires de la Société archéologique et historique de la Charente, 1986.

    p. 93
  • Dumont, Jacques. Géographie historique (3) : Canton de Champagne-Mouton, Les Amis du Vieux Confolens, numéro 62, juin 1997.

    p. 3
  • George, Jean. Aperçu général sur les églises de la Charente. Bulletins et mémoires de la société archéologique et historique de la Charente, 8ème série, tome 22, 1932.

    p. 33
  • Michon, abbé Jean-Hippolyte. Statistique monumentale de la Charente / ill. Zadig Rivaud, Jules Geynet, Monsieur de Lafargue Tauzia, Paul Abadie, Éditions Fabvre. Paris ; Angoulême : Derache, libraire, rue du Bouloy, 7, 1844.

    p. 298-299
  • Nanglard, abbé J. Pouillé historique du diocèse d'Angoulême. - Imprimerie G. Chasseignac (26, rempart Desaix) ; Angoulême, 1894-1903. - 4 vol. (683 p., 588 p., 582 p., 684 p.) ; 24 cm. - Extr. de : "Bulletin de la Société archéologique et historique de la Charente". - Les 3 premiers tomes concernent l'ancien diocèse d'Angoulême et le 4e le diocèse actuel depuis la fin du XVIIIe siècle. Une table des paroisses dactylographiée de 17 p., faite en 1953, complète ces 4 tomes. Tome 3.

    p. 182
  • Nanglard, Les cloches des églises du diocèse d'Angoulême, 1922.

  • Rempnoulx-Duvignaud, André. Notes sur la baronnie de Champagne-Mouton en Poitou (Charente), Bulletins de la Société archéologique et historique de la Charente, 5e série, tome VI, 1883.

  • Sauvel, Tony. Tympans de l'Angoumois, Bulletin monumental, tome 95, 1936.

    p. 203
(c) Région Poitou-Charentes, Inventaire du patrimoine culturel (c) Région Poitou-Charentes, Inventaire du patrimoine culturel ; (c) Communauté de communes du Confolentais (c) Communauté de communes du Confolentais - Ourry Yann - Dujardin Véronique