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Saint-Dizant-du-Gua : présentation de la commune

Dossier IA17043795 réalisé en 2010

Fiche

Œuvres contenues

Aires d'études Estuaire de la Gironde
Adresse Commune : Saint-Dizant-du-Gua

Une paroisse d´Ancien Régime sous plusieurs autorités.

Des traces d´occupation humaine datant du néolithique ont été mises au jour près de la métairie de Beaulon, et d´autres, de l´époque gallo-romaine, dans le parc du château de Beaulon et près de l´église. Il faut toutefois attendre le début du 12e siècle pour enregistrer une première mention de Saint-Dizant-du-Gua. A cette époque, l'église est donnée à l'ordre de Cluny par Pierre de Soubise, évêque de Saintes, donation confirmée en 1127 par son successeur, Pierre de Confolens. La paroisse tient son nom de saint Dizant, évêque de Saintes au 7e siècle, et aussi de sa position de passage par gué sur le Taillon. En 1326, le prieuré de « Sancti Dicencii de Vado » est mentionné parmi les lieux de la province ecclésiastique de Bordeaux sur lequel le pape décide de lever un subside. Le même nom apparaît deux ans plus tard dans l´acte de vente d´une rente par un valet demeurant à Saint-Dizant, Pierre Bernard, au profit de Pierre Guillaume, clerc à Pons.

Au Moyen Age et jusqu´à la Révolution, Saint-Dizant est dominé par plusieurs autorités différentes, à commencer par celle du puissant comte de Cônac voisin. La tradition assure que l´ormeau qui se trouvait jusqu´en 1925 sur la route du coteau des Justices, à l´estrémité sud de la commune, était le lieu où le comte rendait ses sentences. Vassale du comte de Cônac, la seigneurie de Saint-Dizant-du-Gua est citée de temps à autres, sans que l´identité de ses titulaires ne puisse toujours être établie. En 1487, Pierre Vallée, au nom de son frère Michel, en rend hommage au comte de Cônac. En 1503, Arnaud de Tourettes, conseiller du roi et second président au parlement de Bordeaux, est ainsi seigneur de Saint-Dizant-du-Gua. La seigneurie passe ensuite aux propriétaires du château de Beaulon parmi lesquels François-Théodore de Nesmond qui, en 1635, accroît son pouvoir seigneurial en achetant le droit de haute justice. Le château de Beaulon, qui sert au 17e siècle de résidence d´été à l´évêque de Bordeaux, incarne cette autorité seigneuriale qui doit cependant composer avec un autre fief, celui de Romaneau, au sud du bourg.

A partir du 16e siècle, Saint-Dizant n´échappe pas à la forte diffusion du protestantisme dans la région. Les idées protestantes semblent séduire une partie de ses élites : entre 1702 et 1704, deux jeunes filles issues de la famille Gorry, une famille de notables des environs, sont envoyées comme "Nouvelles Catholiques" au couvent des Dames de la Foi, à Pons. Si les propriétaires de Beaulon et de Romaneau restent catholiques, ceux du Pible, en particulier la famille Bonniot, au 18e siècle, ne cachent pas leur préférence pour la Réforme.

Une terre relativement prospère au 18e siècle

Parallèlement, Saint-Dizant bénéficie économiquement et commercialement de sa proximité avec l´estuaire de la Gironde. Situé sur l´étier de Chassillac, là où la route venant de la Daugatrie aboutit aujourd´hui à la digue, le port de Chassillac constitue l´un des nombreux lieux d´échanges commerciaux disséminés le long de l´estuaire. Malgré son envasement, et grâce au chemin qui le relie à travers les marais à la Daugatrie et aux terres hautes, il sert de débouché aux céréales produites sur le plateau de l´arrière-pays et qui, à cette époque, pèsent bien davantage que le vignoble.

Les cartes de l´ingénieur Claude Masse, en 1718, et de Cassini, au milieu du 18e siècle, mentionnent le port et les nombreux moulins à vent qui, déjà, permettent de transformer les grains en farine avant de l´expédier vers Blaye et Bordeaux. Sur le Taillon, les moulins à eau de l´Ecuelle et de Chez-Colas-Renaud, qui existent depuis au moins le 16e siècle, et celui du Sap, indiqué sur la carte de Claude Masse, sont également actifs. D´après cette même carte, la vigne est surtout présente autour de la Côte, au sud de la Cigogne et près de Morisset et Chez-Moquet. Quant aux marais, ils constituent encore une vaste "prairie ferme" où, à côté de la pêche et de la chasse, l´élevage se pratique en vaine pâture (liberté est donnée aux paysans d´y envoyer paître leurs bestiaux). Des tentatives d´aménagement sont bien lancées, avec la création d´un syndicat de propriétaires en 1785, mais sans résultats probants.

Les cartes de Masse et de Cassini indiquent par ailleurs que la plupart des lieux-dits actuels sont déjà en place, par exemple la Grande Motte, la Noue ou encore Saint-Nicolas, où la tradition situe une ancienne chapelle. Si la paroisse dénombre 220 feux en 1685 (environ 900 habitants), ce chiffre monte à 316 en 1738 et à 450 (environ 1800 habitants) en 1789. Parmi cette population, certains notables tirent partie de l´exercice de charges pour le compte des seigneurs (par exemple les Paillet au château de Beaulon), du commerce sur l´estuaire (comme Pierre Cothereau au bourg et François Landreau Saint-Paul au Sap) ou de l´exploitation de leurs métairies (ainsi les Mariaud puis les Chasteauneuf à Terrefume).

Entre continuité et besoin d´évolution, au début du 19e siècle

A la Révolution, la saisie et la vente des biens nationaux influe peu sur la situation sociale et foncière antérieure : la plupart des propriétaires sont des notables roturiers, comme les Bonniot au Pible, ou parviennent à récupérer leur bien, comme les de Luc à Romaneau. Les familles notables du 18e siècle continuent donc de dominer la vie de la commune : ainsi les Cothereau dans le bourg, successeurs des Paillet, les Raboteau puis les Rodier au Pible, après les Bonniot, et les Despessailles à Romaneau, à la suite des de Luc.

De la même façon, l´activité économique et l´occupation du sol changent peu dans la première moitié du 19e siècle. Selon le cadastre de 1834, les terres labourables, cultivées en céréales, couvrent plus de la moitié de la superficie de la commune, et la vigne à peine un dixième. Dans les parties de la commune exclusivement situées sur le plateau, par exemple autour des Mauvilains et de la Cigogne, la part des terres labourables dépasse les 80 %. Cette prédominance persistante de la céréaliculture s´accompagne de la présence toujours aussi importante de moulins à vent : en 1834, on en dénombre 18, en particulier au sommet du promontoire qui domine les marais, entre la Côte et Balavoine.

A la même époque, la quasi totalité des marais sont en prés salés où seuls s´aventurent les chasseurs, les pêcheurs et les troupeaux de bovins et d´ovins. Parallèlement, le port de Chassillac s´envase et les chemins qui le relient se dégradent. En 1820, un nouveau syndicat de propriétaires de marais est constitué pour en réclamer l´aménagement ; de nouvelles tentatives auront lieu en 1858, 1873 et 1891, sans plus de succès qu´auparavant.

La révolution viticole du milieu du 19e siècle et ses suites

Si elle tarde à concerner les marais, la révolution agricole, économique et sociale touche le plateau d´arrière-pays à partir des années 1850. Elle est portée par une révolution de la viticulture qui se traduit par une forte croissance de la superficie plantée en vigne. Comme toutes les communes des bords d´estuaire en Sud-Saintonge, Saint-Dizant-du-Gua connaît, entre les années 1850 et 1880, une période de prospérité qui bénéficie à l´ensemble de la population. Les grands domaines connaissent un nouveau départ, comme Terrefume, développé par la famille Emery, et le Pible, tenu par les Rodier. Cette famille protestante fait profiter de sa générosité la communauté réformée qui se développe à Barateau et à Morisset, où un temple est construit à la fin du 19e siècle.

Plus généralement, la paysannerie transforme ses labours en vignes et affiche sa réussite économique et sociale dans la pierre. La majeure partie des maisons et anciennes fermes aujourd´hui visibles à Saint-Dizant-du-Gua date de cette époque d´enrichissement qui ne dure qu´une trentaine d´années. Certains exploitants réussissent plus encore que d´autres. Ils dotent alors leurs fermes de véritables maisons de maître, avec une haute toiture, un logement aux dimensions importantes, et une façade en pierre de taille ornée d´éléments sculptés. La révolution viticole engendre par ailleurs la construction de vastes dépendances, notamment des chais pour stocker la récolte de vin, et aussi des distilleries pour la transformer en eau-de-vie vendue à Cognac.

Cette expansion fulgurante ne se traduit pourtant pas par une croissance démographique de la commune : entre 1850 et 1870, le nombre d´habitants stagne autour de 1300, et commence même à diminuer dans les années 1870. Pire encore, la période de prospérité est stoppée nette entre 1881 et 1884 par le phylloxéra qui, comme dans toute la région, lamine le vignoble. La plupart des vignes sont arrachées, de nombreuses familles se retrouvent ruinées, des métairies sont abandonnées. Entre 1881 et 1901, la commune perd 200 habitants (avec une population de 1092 personnes en 1901).

Entre vignes et marais : Saint-Dizant au 20e siècle

Toutefois, dès les années 1890-1900, Saint-Dizant-du-Gua connaît un début de renouveau économique grâce au commerce et à l´artisanat. Si le port de Chassillac, envasé, est définitivement abandonné, la position du bourg près de la route de Blaye à Royan lui permet d´accueillir une foire mensuelle, à partir de 1893. De nombreux artisans et commerçants tiennent leur activité dans le bourg et les hameaux. Le vignoble aussi commence à renaître grâce à l´importation de plants américains. Au château de Romaneau, Albert Van Leempoel modernise le domaine et construit une importante distillerie qui, pendant une grande partie du 20e siècle, va transformer la récolte en vins de nombreux viticulteurs des environs. A partir des années 1890, les petits exploitants restructurent aussi progressivement leurs fermes. Désormais, ils ne misent plus exclusivement sur la vigne. La plupart pratiquent la polyculture et possèdent donc à la fois un chai, une grange et une étable.

Le dynamisme relatif de la commune se mesure également au développement des services. Face au nombre croissant d´élèves, de nouvelles classes sont ouvertes dans les écoles, et la construction d´un nouveau groupe scolaire est envisagée (retardée par la guerre de 1939-1945, cette construction n´intervient qu´en 1951). Dans l´Entre-deux-guerres, le confort moderne entre peu à peu dans les maisons : le bourg est électrifié au début des années 1920 (les écarts devront attendre le début des années 1950). Malgré ces efforts, le déclin démographique ne parvient pas à être enrayé : la commune ne compte plus que 935 habitants en 1936.

A partir de l´été 1951, une nouvelle révolution agricole touche Saint-Dizant-du-Gua. Un siècle après le vignoble, ce sont les marais qui sont cette fois concernés. En association avec la commune de Saint-Thomas-de-Cônac, l´aménagement, l´assainissement et le remembrement des anciens prés salés sont réalisés. Les travaux aboutissent au creusement des principaux canaux évacuateurs qui prennent naissance au nord de Saint-Dizant pour acheminer l´eau jusqu´à l´estuaire, au sud de Saint-Thomas. Une digue est élevée le long de l´estuaire pour protéger les nouveaux marais desséchés.

Au cours des quarante dernières années, la population n´a cessé de diminuer, passant de 790 habitants en 1968, à 606 en 1982 et à 541 en 2007. La céréaliculture s´est de nouveau développée, comme sous l´Ancien Régime, mais cette fois en investissant les marais où elle a en grande partie supplanté les prairies. L´élevage perdure encore dans la partie nord des marais, près de Chassillac, et dans les conches au-delà des digues, mais il n´est plus pratiqué que par trois exploitations. Sur les plateaux, la viticulture s´est restructrurée : la mécanisation et la diminution de la main-d´oeuvre disponible ont engendré une forte concentration des exploitations et une réduction de leur nombre (de manière générale, le nombre d´exploitations agricoles a été divisé par deux entre 1970 et 2000). Aujourd´hui, la vigne couvre 500 hectares, soit plus du quart de la superficie de la commune. Le pineau et le cognac qui sortent de la distillerie du château de Beaulon, sont la vitrine réputée de cette production. Située en bord d´estuaire, la commune mise par ailleurs sur ses atouts environnementaux, paysagers et touristiques, et accueille l´été de nombreux résidents secondaires.

La commune de Saint-Dizant-du-Gua se trouve sur la rive droite de l´estuaire de la Gironde, en Charente-Maritime. D´une superficie de 18,44 kilomètres carrés, son territoire est à cheval sur le plateau saintongeais et les marais côtiers. En raison de cette géographie, la commune et son histoire sont tout autant marquées par l´arrière-pays viticole que par les marais.

Les trois quarts de la commune de Saint-Dizant-du-Gua s´étendent sur l´arrière-pays vallonné de l´estuaire de la Gironde. Il s´agit là des derniers coteaux du plateau calcaire saintongeais, couverts de vignes. Atteignant 42 mètres d´altitude près des Vidaillères, à l´extrêmité nord-est de la commune, ce plateau descend progressivement vers l´ouest et le sud, n´atteignant plus que 15 mètres au nord du bourg. Deux phénomènes géographiques et paysagers sont alors observés.

D´une part, la rivière du Taillon, qui a pris sa source à l´est, à Consac, interrompt le plateau entre Barateau, la Grande Motte, le sud du bourg et le Sap. A l´ouest du bourg, la vallée s´élargit. La rivière est alors rejointe par l´étier de Beaulon, né des "Fontaines bleues", et par l´étier de Pradelle. Tout au long de son parcours, la rivière traverse des marais intérieurs constitués de prairies et de bois (notamment des frênes, des aulnes et des peupliers). Un peu en aval du Sap, le Taillon se subdivise en deux cours d´eau : l´étier de Maubert va se jeter dans le chenal de Port-Maubert, à Saint-Fort-sur-Gironde ; l´étier de Chassillac, qui marque la limite entre les communes de Saint-Fort et de Saint-Dizant, s´écoule dans les marais desséchés puis serpente à travers les vases, avant de terminer sa course dans les derniers méandres du chenal de Port-Maubert.

D´autre part, au sud de la vallée du Taillon, le plateau gagne à nouveau en altitude. Il est couvert de labours et de vignes, et est ponctué par quelques bois (la Forêt, au nord des Mauvillains, ou encore le bois du Moine). L´élévation de ce plateau vers le sud est d´abord progressive, jusqu´à la Noue, au Pinier et Chez-Glémet. Le plateau s´élève ensuite fortement et constitue une barrière entre l´estuaire et le reste de la commune. Ce promontoire, d´où l´on bénéficie d´une vue remarquable de Blaye à Royan et jusqu´au Médoc, culmine à 56 mètres d´altitude près de Chez-Douteau. Les quelques axes routiers qui le traversent, sont encadrés par des talus, tels des chemins creux. Le coteau retombe brusquement vers les marais au niveau de Saint-Nicolas et de la Côte, et s´amenuise peu à peu vers le nord, jusqu´à la Daugatrie. Une pelouse sèche, riche d´une végétation rase et d´orchidées, a été repérée sur un versant de ce coteau, au-dessus de Saint-Nicolas.

A mesure que l´on progresse le long de la rive droite de l´estuaire de la Gironde, vers le nord, l´espace occupé par les marais desséchés se réduit. Voilà pourquoi, pris entre les terres hautes d´une part et les marécages ou "conches" qui bordent immédiatement l´estuaire, d´autre part, les marais desséchés ne représentent qu´un quart de la superficie totale de la commune de Saint-Dizant-du-Gua. Ici, leur largeur n´excède pas 1,5 kilomètres, contre plus de 2,5, au maximum, à Saint-Thomas-de-Cônac.

Ces espaces présentent un paysage singulier, où rien n´arrête le regard si ce n´est quelques arbres, des touffes d´herbes et de joncs, et les dernières ruines des anciennes granges à vaches ou à moutons. Ces dernières sont réparties à proximité de chaussées de terre et d´herbe qui, escortées par des canaux, traversent les marais du nord au sud pour s´y déplacer plus facilement.

L´étendue plane des marais est par ailleurs quadrillée par un réseau de canaux et de fossés qui permettent l´évacuation de l´eau vers l´estuaire. Parmi eux, trois, d´axe nord-sud, comptent plus particulièrement : le Grand fossé de ceinture marque la séparation, à l´est, entre les marais desséchés et les terres hautes ; non loin de là, le Grand fossé d´évacuation collecte l´eau des marais desséchés, tout comme le Grand canal d´amenée qui, à l´ouest, longe la digue édifiée pour protèger les marais des assauts de l´estuaire. Ces trois canaux prennent naissance au nord des marais de Saint-Dizant-du-Gua et se poursuivent vers le sud à travers la commune de Saint-Thomas-de-Cônac, pour se jeter dans l´estuaire au niveau de la Grange d´Allouet.

Situées au-delà de la digue, les "conches" constituent une étendue marécageuse soumise au flux et au reflux des eaux de l´estuaire et aux soubresauts des tempêtes océaniques. Au contraire des marais desséchés, les conches ne cessent de s´élargir vers le nord, pour atteindre près d´un kilomètre de large à la limite nord-ouest de la commune de Saint-Dizant. Couvert d´une végétation de zone humide (en particulier des roseaux), cet espace est sillonné de sentiers vaseux, parfois sur pilotis, afin, notamment, de relier la digue aux nombreuses cabanes ou « tonnes » de chasse qui y sont dispersées. C´est également dans cet espace plus sauvage que d´autres, que paissent les bovins laissés là en liberté, selon l´ancienne pratique de la vaine pâture.

Tous ces marais forment un territoire très riche du point de vue de la faune et de la flore, traversé par de nombreuses espèces d´oiseaux migrateurs, et où ont été recensées dix espèces d´amphibiens et de reptiles. Les marais desséchés constituent donc un site Natura 2000, protégé au titre de la directive européenne Habitats. Cette zone de protection est étendue aux conches et aux marais du Taillon, en aval du bourg, au titre de la directive Oiseaux (Zone de protection spéciale "Estuaire de la Gironde, marais de la rive nord" ; Site d´intérêt communautaire "Coteaux de la Gironde"). Les marais desséchés et, en partie, ceux du Taillon sont également couverts par plusieurs zones naturelles d´intérêt écologique, faunistique et floristique (ZNIEFF) de classe 1 et 2.

Annexes

  • Extrait de Gautier, M.-A., Statistique du département de la Charente-Inférieure. La Rochelle, 1839, p. 267-268 :

    "Cette commune est située à 2 myriamètres 1 kilomètre de Jonzac, sur la rive droite de la Gironde. Les eaux de deux ruisseaux et de plusieurs fontaines, qui ont jusqu'à 30 mètres de diamètre, forment un grand canal qu'on appelle Etier, et qui pourrait porter des bateaux de 2 à 3 tonneaux ; ces eaux se découvrent dans le chenal de Chassillac, où il y a un port qui reçoit des bateaux de 20 à 30 tonneaux ; lesquels servent au commerce de la contrée avec Blaye et Bordeaux.

    Le pays est varié ; c'est un sol d'alluvions, coupé de plaines et de bosquets, présentant une plage magnifique du côté du fleuve. On y trouve aussi des marais immenses, composés d'un terrain bourbeux qui a de l'analogie avec la tourbe et qui serait susceptible de s'embrâser : ces marais sont couverts d'eau une grande partie de l'année, et ne servent qu'au pacage du bétail.

    Le blé, et principalement le maïs, forment le fond de la récolte des céréales. La culture de la vigne est secondaire : les prairies, d'une excellente qualité, facilitent l'élève du jeune bétail, dont les habitants font un commerce lucratif.

    On voit à Saint-Dizant un château gothique, qui était autrefois dans la dépendance féodale de l'évêque de Bayeux. Il y avait aussi une chapelle dédiée à Saint-Nicolas de Grave, située au village de ce nom : elle a été détruite depuis la révolution et il n'en reste plus qu'un caveau, assez étendu, où gisent les ossements de plusieurs espèces d'animaux.

    On cite également, comme objet de curiosité, l'orme séculaire des Justices, situé sur un coteau très-escarpé, à 2 kilomètres du bourg, qui a servi, il y a trois siècles, de fourche patibulaire à un criminel de Saint-Thomas de Cônac, et qui, aujourd'hui, n'a d'autre destination que de servir d'amer aux navires qui parcourent la Gironde.

    L'étendue de la commune de Saint-Dizant-du-Gua est d''environ 1,840 hectares ; elle se compose de 55 villages ou hameaux. Son église est voûtée et d'une construction assez remarquable.

    Du sommet des collines dominant, au nord et au sud, la Gironde, on découvre facilement la citadelle de Blaye, les côtes de Royan, celles du Médoc et les sables de l'Océan qui, dans un beau jour d'été, ont, par la réflexion du soleil, un éclat qui les fait ressembler à des monts d'or".

  • Bernard, Jacqueline. "Les petits métiers d'autrefois, souvenirs de ma mère", dans la Lettre communale, Saint-Dizant-du-Gua, n° 9 à 11, avril à octobre 2008 :

    "Maman est née en 1921, le 25 décembre à St Dizant. Elle parle souvent de la vie de notre bourg, autrefois. Je lui pose plein de questions et à 86 ans, tout est toujours aussi clair dans sa tête... Je retrouve avec elle les artisans et les petits commerces, la vie dans notre si jolie campagne de Saintonge. Il y en avait au moins 30...

    En haut du bourg, près de l'église et du presbytère, deux usines à bois fonctionnent. Faut dire que la scierie appartient à l'un des frères GUERIN et qu'il a fait une dizaine d'enfants. Les garçons travaillent avec leur père. Il produit essentiellement des planches, des chevrons et tout ce que l'on peut récupérer dans un arbre.

    La seconde entreprise est tenue par son frère, menuisier ébéniste. A lui les commandes de meuble, les charpentes et... les cercueils. C'est une des rares affaires qui a perduré. La 5ème génération, l'arrière-petit-fils et son père ont aujourd'hui plusieurs ouvriers et des machines très modernes.

    En face, rue Alcide Gaboriaux, une petite épicerie très modeste. Celle de Monsieur MORANDIERE. Et à côté, le marchand de galettes charentaises, Monsieur PESSAT, les gens ont l'habitude d'aller lui en acheter le dimanche, après la messe. Cette petite boutique a été vendue et transformée en boucherie. Je l'ai connue : ma mère nous envoyait chez Monsieur BLANCHARD qui était marié avec une réfugiée belge de la guerre 14/18 ; Bertha s'était bien intégrée et avait 9 enfants. La plus jeune Annie, habite toujours juste à côté. Le boucher tue les petits animaux là, dans un abattoir, les agneaux et les moutons, les veaux, les cochons... Une fois par mois il va chez un des paysans, Monsieur GAUTHIER "qui fait le Monsieur", dit maman, et qui élève des chevaux de course, au château des Pelletières. Là, il y a le nécessaire pour tuer et découper une vache.

    Juste en dessous de la boucherie, une autre épicerie : "Le Caïfa" [actuellement 17 rue de la Poste]. On y trouve un peu de tout, même des légumes que les gens ont pourtant l'habitude de faire pousser. Ce commerce a changé de propriétaire 3 fois et, bien que concurrencé par les petits supermarchés du coin, il n'a fermé qu'en 2005. Tout le monde a regretté Rosemonde !

    La Poste est installée de l'autre côté de la rue, place de l'Ancien couvent. A cette époque, le facteur ferme le matin pour aller distribuer le courrier, à vélo, dans chaque hameau : une trentaine ! Il faut qu'il soit en forme ! Ou bien, ce sont peut-être les kilomètres qui le maintiennent en forme... Il ne revient que vers 15 heures et continue pendant 2 heures son travail de préposé, derrière son bureau.

    Pas de mixité à l'école : les garçons sont juste à côté de la Poste [1 square de l'Ancien couvent] ; il n'y a qu'une seule classe, de 6 à 12 ans, âge où l'on passe le Certificat d'Études. Enfin ceux qui ont été choisi par le Maître. Monsieur GUYONET, pendant de nombreuses années, il "fait" le secrétaire de mairie et travaille dans une petite pièce, au bout de l'école. L'appartement que lui fournit la commune est aussi là. L'instituteur délaisse parfois ses élèves pour d'autres besognes, mais il n'y a pas de problèmes de remplacement. C'est sa femme, infirmière à ses heures (pour les piqûres) qui décide de faire classe. Elle est sévère, crie fort et se sert, sans scrupules, d'une baguette pour se faire écouter. Autre temps, autres habitudes... assez peu orthodoxes.

    Dans la petite rue transversale, dans ce qui deviendra la Poste dans les années 50, se tient l'école des filles [8 rue de la Poste] : belle bâtisse en pierre de taille. Ma grand-mère Berthilde a fait toute sa scolarité là, avec Mlle ESCOT, ainsi que ma mère : cette maîtresse a terminé sa carrière quand maman a passé son certificat d'étude, en 1933. Elle aussi était sévère, mais respectée et estimée par tous. Elle avait tous les âges et des classes de plus de 40 élèves, rangés par âge ou par niveau. On retrouvait malheureusement les plus déshérités ensembles, sales, pleins de poux et avec une autre difficulté, celle de "suivre"... Mlle ESCOT faisait également une sélection pour l'examen final, et ne présentait que celles dont elle était sûre. Comme ses collègues, elle briguait pour une de ses élèves le si convoité "prix cantonal". Et il avait vraiment du prix !

    En face de l'école de filles [15 rue de la Poste], les frères CHARPENTIER, artisans. L'un est bourrelier, le dos courbé à force de travailler plié en deux : les harnais, les selles, les rênes et les brides pour les chevaux lui sont commandés. En ce temps là, le cheval avait une place de choix, chez ceux qui en avaient les moyens, car les autres travaillaient avec des boeufs, ou des vaches pour les plus pauvres. Son frère l'aide, mais handicapé physique, il ne peut continuer et s'occupe de la petite propriété de ses parents, avec son domestique Henri GUYARD.

    La 3ème épicerie est juste à côté : il n'y a pas grand choix mais, toute jeune maman se souvient que c'est là que l'on trouve "la Blanchéine", une espèce de produit "bio", une lessive qui n'abîme pas les mains de sa mère, sujette à l'eczéma. L'épicière, Mme MORANDIERE est petite, rondelette et a un bel accent qui chante : elle vient de Cahors. La grand-mère de maman, faisait la sage femme. Les femmes accouchaient chez elle et le médecin n'avait pas toujours le temps d'arriver ! La grand-mère Zélia avait aidé l'épicière pour son premier bébé et celle-ci avait une affection particulière pour maman à qui elle offrait une "bille" de chocolat Meunier de temps en temps. Quand l'épicière, trop vieille, est partie habiter chez sa famille, un sabotier est venu s'installer là ; le grand copain de grand-père René, Mr DUMAS. Il fait le ressemelage des galoches, recoud les souliers et les cartables des écoliers. Il vend quelques paires de chaussures, des socques et des charentaises, bien sûr, nos chaussons préférés !

    Juste à côté, installé dans une seule pièce, le petit coiffeur : Mr LIEVRE. Il est assez fantaisiste et il faut aller le réveiller tôt le matin pour être sûr d'avoir une coupe correcte. Le soir, quand ses coups de ciseaux sont un peu moins précis, c'est sa femme qui le remplace, au pied levé, sans jamais avoir appris le métier. Comme la femme de l'instituteur qui remplaçait son mari dans la classe ; on faisait confiance aux personnes, et voilà !

    Au bout de cette petite rue, la "Grande Rue" : à droite, la Régie et le bureau de tabac [22 rue Saint-Vincent]. Dans chaque commune, autrefois, il y avait une Régie pour délivrer les acquits de vin. Le propriétaire est un petit bonhomme, avenant, habillé d'un élégant costume gris ; le père de Mr CHANTREAU est tailleur et il se confectionne lui-même une petite toque ronde assortie à son costume. Cette boutique a été complétée par une mercerie juste avant la guerre 39-45 : laine, cotons, boutons, fils et aiguilles ont pris place sur les étagères. On y trouve aussi des articles de pêche mais la marchande, très économe, essaie de dissuader les jeunes d'acheter. "Faites attention à vos sous, c'est cher ! " leur dit-elle. Après la guerre, la Régie s'est déplacée "au canton, à St-Genis". La boutique s'est un peu transformée et on y vend alors de la layette et de la lingerie féminine. Et puis, quelques articles de quincaillerie : des couteaux, des pointes et des marteaux pour le bricolage.

    A gauche, le Café Français [20 rue Saint-Vincent] ! De tout temps, on est venu ici pour boire un coup, un coup de vin blanc ! Ceux qui sont de passage boivent un apéritif, le byrrh, en vogue dans les années 20. Au premier étage, chaque dimanche, la grande salle accueille les jeunes et les moins jeunes pour le bal. La musique est jouée par un orchestre formé de 3 ou 4 musiciens, des amateurs, tous cultivateurs et n'ayant pas appris la musique, mais l'instrument ; ils jouent "à l'oreille" ! Et ils jouent bien ! Quand ils prennent une petite pause, pour aller se rafraîchir, avec une vraie limonade, l'un des danseurs, Robert POUZAUD (le frère de Camille Bouque, devenu Adon, et tenancière du Café Français) entonne, en "sifflant", une valse qui entraîne la salle ; tout le monde tourne sur la piste, aussi bien que quand l'orchestre est là.

    A côté du Café Français, un couple, Mr et Mme BIRON. Ils tiennent une boucherie qui tourne très bien. L'abattoir est sur place et tous les deux arborent des tabliers blancs, impeccables ; pas une tâche de sang, et une hygiène irréprochable dans leur magasin... L'affaire leur permet d'entretenir une femme avec plusieurs domestiques à la Côte, baptisée Balavoine aujourd'hui.

    Dans l'autre rue, nommée Alcide Gaboriaux maintenant, on trouve la grande salle de bal de Mr DELAIGUE [21 rue Alcide Gaboriaux]. Elle a même servi d'école dans les années 30. On y projette aussi des films ; Monsieur TENOT est le projectionniste et maman, qui habite juste à côté, est chargée de vendre des bonbons à l'entracte. Elle réussit à vendre la panière au complet ! Cette salle de cinéma est aussi le lieu où l'on joue des petites pièces de théâtre, données par la troupe de St-Dizant.

    De part et d'autre de l'église, se trouvent deux marayeurs. L'un est spécialisé dans la marée : coquillages, poissons et morue, exclusivement salée. L'autre, Monsieur LAFOND, bien mieux pourvu, part à 2 heures du matin avec son cheval et sa petite charrette jusqu'à Saujon pour proposer des coquillages frais, à son retour. Vers 7 heures, mon Grand-père René dit à maman : "Pendant que je vais donner à manger aux boeufs, Nono, va donc voir si LAFOND est rendu. Il doit être de retour ! Tu m'achèteras 1 kilo de pétoncles". Debout depuis 6 heures, vers 7 heures 30, Grand-père prend son petit déjeuner qui, comme à l'habitude est copieux. Ce jour là, les pétoncles ouverts sur la braise et un petit verre de vin blanc ! Puis un bon café, tout de même, passé dans la "chaussette". Maman et sa mère prennent café au lait et pain beurré. Si mon Grand-père n'a pas été trop gourmand, il restera des pétoncles pour l'entrée du repas de midi. Le Père LAFOND, fort en gueule, comme tout poissonnier qui se respecte, passe dans tous les villages pour faire sa tournée, avec son cheval et sa longue charrette appelée "baladeuse". Quand il arrive dans les hameaux, il souffle dans une corne en cuivre pour avertir tout le voisinage. Il vend son poisson et ses coquillages, mais aussi quelques articles d'épicerie que sa femme détient au magasin attenant au sien. La voisine de ma Grand-mère vient chercher une petite bouteille d'huile de 200 grammes. Quand il la remplit, LAFOND s'exclame : "Ah ! J'en ai fait chaire 1 (tomber) ! Faudra que tu payes un peu plus ! ". La vieille rouspète. Il poursuit : "T'avais qu'à apporter une plus grande bouteille". Cette dame, un peu radine, n'est pas contente du tout.

    Une petite impasse va de l'église au Café Français. Là, une des plus vieilles maisons du bourg, abrite la boulangerie-coopérative [2 rue de la Panification]. Tous les propriétaires de la commune qui font du blé, l'apportent là. Mon arrière-grand-père est le Président du bureau et c'est lui qui est chargé de distribuer des bons de pains qui seront échangés contre des miches de 5 livres, quelquefois même de 6 livres. Les plus petites font 3 livres mais il y en a très peu. Tout le monde mange du gros pain ! C'est une des denrées principales pour se nourrir. Et on fait beaucoup de sauces dans lesquelles on trempe son pain. Autre temps, autres manières de la vie à la campagne...

    Dans le bourg, il n'y a pas moins de 4 forgerons, les deux ADON, Monsieur TENOT et un autre "vieux", pour rebouillir les fers de charrue, pour les remettre à neuf. Ils fabriquent des "coins" pour fendre le bois, refont le tranchant des outils comme les bêches, indispensables dans les jardins et... les vignes, qui étant donné leurs superficies, n'étaient elles aussi que de vastes jardins. Après la guerre 39-45, la famille ADON s'est mise à vendre du matériel agricole : des moissonneuses-lieuses, des herses, et des charrues. Christian, dit Mimi, a pris la succession et n'est en retraite que depuis peu.

    Pour travailler le fer, on a aussi deux maréchaux ferrants : Monsieur YON et Monsieur SEGUIN. Chacun a sa spécialité. L'un s'occupe plutôt de ferrer les boeufs ou les vaches de travail, et l'autre les chevaux. Quand le paysan amène son cheval, souvent il retrouve là d'autres hommes et c'est l'occasion de longues discussions qui durent parfois la demi-journée et au-delà. Le cheval, ferré de neuf ronge son frein pendant ce temps et se repose...

    Sur la route du Pible, un autre menuisier, Monsieur CUZEAU, fabrique portes et fenêtres. Il va poser lui-même ce qu'il a confectionné, les plinthes et les petits placards.

    Pendant la guerre, Monsieur MAQUIN, maire du village, vend des produits de sulfatage : nécessaire pour la bouillie bordelaise, du soufre, quelques engrais pour pallier au manque de fumier.

    A St Dizant, il manque un marchand de graines. Mais les foires sont fréquentes. Dans tous les bourgs, il y en a une par mois et c'est l'occasion de se retrouver pour acheter ce qu'on n'a pas sur place et vendre des volailles. Il y a du monde partout. Ca crie, ça bouge dans tous les sens. Des acheteurs de Royan viennent à St Dizant, le 3ème mercredi de chaque mois. Ils savent qui possède les meilleurs poulets ou canards. Ils soufflent dans le derrière pour vérifier la qualité de la bête....Quand ça ne leur plait pas, ils la rejettent : "Tiens, reprends ton poulet ! Tu me le rapporteras le mois prochain ! " ; "Ah ! Pourtant je l'ai bien soigné il est joli". Souvent, juste avant que la foire ne se termine, ils repassent et font affaire à un moindre prix : "Si tu veux, je te l'emporte, mais je te donnerai tant". La fermière qui a besoin d'argent, accepte. Et en profite pour acheter ses graines et ses plants".

Références documentaires

Documents d'archives
  • A. D. Charente-Maritime. 3P 3326 à 3339. 1834-1970 : état de section et matrices cadastrales. A. D. Charente-Maritime. 3P 4916. 1832 : plan cadastral de Saint-Dizant-du-Gua.

  • A. M. Saint-Dizant-du-Gua. Recueil de documents sur l'histoire de Saint-Dizant-du-Gua, notamment des extraits des registres paroissiaux, par Jacques Dufour.

  • A. M. Saint-Dizant-du-Gua. Registres des délibérations du conseil municipal.

Bibliographie
  • Commune de Saint-Dizant-du-Gua, plan local d'urbanisme, rapport de présentation. CREA Urbanisme Habitat, La Rochelle, 2007.

  • Gautier, M.-A., Statistique du département de la Charente-Inférieure. La Rochelle, 1839, p. 267-268.

  • Rainguet, P.-D. Etudes historiques, littéraires et scientifiques sur l'arrondissement de Jonzac. Jonzac, Saint-Fort-sur-Gironde, 1864.

Liens web

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