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Saint-Sorlin-de-Cônac : présentation de la commune

Dossier IA17043381 réalisé en 2010

Œuvres contenues

Aires d'études Estuaire de la Gironde
Adresse Commune : Saint-Sorlin-de-Conac

L´histoire de Saint-Sorlin-de-Cônac est intimement liée à l´estuaire dont les eaux ont recouvert à plusieurs reprises une partie de son territoire et ont modelé ses paysages. Les premières traces d´occupation humaine, favorisée par le recul de la mer, remonte à environ 10.000 ans avant J. C., sous la forme de quelques silex taillés mis au jour vers les moulins de la Déchandrie. Aux Cheminées, une station de la fin du Paléolithique et un site à sel du premier âge du Fer ont été repérés. Une "tombelle" de l´époque gauloise (monticule de terre ou de pierre servant de sépulture) a donné son nom au lieu-dit « la Mothe » où elle était encore observée au milieu du 19e siècle. Quelques poteries datant de l´époque gallo-romaine ont été découvertes près des Cheminées et du moulin de la Grenouille.

Au début du Moyen Age, on assiste à une remontée de la mer qui recouvre les sites archéologiques côtiers. Ces eaux se retirent ensuite très progressivement, permettant de premiers aménagements hydrauliques à partir du 13e siècle. La paroisse de Saint-Sorlin, alors appelée Saint-Saturnin, est mentionnée pour la première fois en 1327. Elle dépend du comté de Cônac qui s'est constitué aux 10e-11e siècles autour du château de Saint-Thomas-de-Cônac. Ce comté est acheté en 1415 avec la terre de Mirambeau par Jean II de Belleville auprès de François de Montberon, vicomte d'Aunay, qui les tenait de Louise de Clermont son épouse. Son fils, Jean III de Belleville épouse en 1422 Marguerite de Valois, fille naturelle de Charles VI et d'Odette de Champdivers, légitimée en 1427.

En janvier 1488, le comté et les marais qui en dépendent appartiennent à Marguerite de Culant, dame d'Aisnai-le-Vieil, veuve depuis 1473 de Jean Belleville, et elle-même dame de Montmorillon depuis 1474. A cette date, elle passe un contrat notarié avec les habitants de Cônac, leur donnant à perpétuité et moyennant une rente la jouissance et l'usage des marais. L'acte cite 95 habitants dont les noms sont parfois restés dans la toponymie actuelle : Courjaud, Merlaud, Gastineau, Bonfils, Giraudeau, Fresneau, Garriveau, Ardouin, Chaintrier ou encore Poupot. Les marais concernés s'étendent du chenal de Saint-Bonnet, déjà très utilisé pour la navigation et le commerce, à l'étier de Bretignac, soit sur l´actuelle commune de Saint-Sorlin-de-Cônac. Les habitants pourront y "faire herber et pasturer les bestes, et autrement faire du dit herbage pour leurs dictes bestes à leur plaisir et vollonté". Outre l´agriculture, la pêche et le cabotage sur l´estuaire font déjà la prospérité de la paroisse via le chenal de Saint-Bonnet, son port et celui de Cônac, cité au milieu du 16e siècle. Sur le littoral aussi, on mentionne la récolte de la salicorne qui est confiée en 1560 à Jean Guérineau, marchand.

Comme toute la Saintonge, la paroisse subit durement les guerres de Religion. En 1653, il est indiqué que "la plupart des églises [sont] désertées, profanées, ruinées, et entre autres celle de la paroisse de Saint-Sorlin qui y est désolée au point qu'on n'y saurait à présent célébrer le service divin". Les marais sont redevenus incultivables et le chenal de Saint-Bonnet est difficilement remis en état sur ordre du roi et de son ministre Sully, en 1611-1612. Quelques années plus tard, la seigneurie de Cônac est acquise par le cardinal de Richelieu puis léguée à son petit-neveu, Armand-Jean du Plessis, duc de Richelieu (1629-1715).

Les marais de Saint-Sorlin bénéficient alors de l´œuvre de dessèchement lancée par Henri IV dans tous les marais entre Loire et Gironde et véritablement mise en œuvre à partir des années 1640. Ici comme en Médoc et en Bas Poitou par exemple, l´opération est menée non pas par des Hollandais mais par des investisseurs français qui bénéficient toutefois du savoir-faire technique des premiers. C´est ainsi qu´en 1645, Charles duc de Saint-Simon (père du mémorialiste) concède à Pierre Lanquest, bourgeois de Paris, le dessèchement de ses marais de Blaye, au sud du chenal de Saint-Bonnet. Quant aux marais de Saint-Sorlin-de-Cônac, le duc de Richelieu les confie le 7 octobre 1651 à Benjamin de La Jaille, son fermier dans la principauté de Mortagne et la baronnie de Cozes, demeurant au château de la Ferrière, à Cozes. Les marais concernés sont les mêmes que dans l´acte de 1488, compris entre le chenal de Saint-Bonnet et "la prairie vulgairement appelée de Bretignac et Prises de Saint-Sorlin". Le duc se réserve un cinquième des marais desséchés, soit 500 arpents sur 2400, et 2500 livres. Le sieur de La Jaille devra faire creuser dans l´année un canal au milieu des marais (l´actuel canal du Centre) et faire construire les écluses nécessaires.

La Jaille agit en fait pour le compte de Jean Desmaretz (1595-1676) qui déclare le même jour prendre la tête du dessèchement. Poète et écrivain, proche collaborateur du cardinal de Richelieu, placé par celui-ci aux côtés de son petit-neveu pour gérer ses affaires, Desmaretz a été l´un des fondateurs en 1635 de l´Académie française dont il est devenu le premier chancelier. Acquéreur par ailleurs de la seigneurie de Saint-Sorlin (dont le siège se trouvait peut-être à l´emplacement de l´actuel Château Saint-Sorlin), il se fait appeler Desmaretz de Saint-Sorlin. Pour le dessèchement des marais de Saint-Sorlin, il s´entoure d´associés dont La Jaille et Samuel Boybellaud, conseiller en la cour et sénéchal d'Ozillac.

Les travaux de dessèchement commencent aussitôt. Le périmètre à dessécher est délimité au sud par une digue qui longe la rive droite du chenal de Saint-Bonnet, à l´ouest, côté estuaire, par une autre digue, à l´est et au nord par une troisième digue ou levée de Saint-Bonnet. Cette dernière est comprise entre un canal de ceinture intérieur et un autre canal côté extérieur, le canal de Charron, destiné à recueillir les eaux qui viennent de la Prairie de Saint-Sorlin, au nord, laissée en marais mouillés, c´est-à-dire inondables. Au milieu de ce périmètre, le canal du Centre évacue vers le port de Cônac toutes les eaux du dessèchement. Les terres desséchées sont divisées par des canaux secondaires et par des fossés en métairies de 100 arpents, elles-mêmes subdivisées en carrés de 25 arpents. Le partage des nouveaux marais desséchés a lieu en 1661. Le duc de Richelieu se réserve cinq métairies dans la partie la plus au nord, à proximité du château de Cônac. Desmaretz et ses associés, dont Boybellaud, reçoivent les marais les plus proches du chenal de Saint-Bonnet. A sa mort en 1676, Desmaretz y possède sept métairies. L´année suivante, les propriétaires des marais desséchés, soit les demoiselles du Barail, les héritiers Boybelaud, Madame de Saint-Agnan, le duc de Richelieu et les héritiers Desmarestz, créent la fonction de syndic des marais de Cônac, rétribué grâce à une contribution de six livres par métairie.

Au cours des années et décennies suivantes, ces propriétaires se réunissent régulièrement en assemblée pour décider des travaux d´entretien du dessèchement. Plusieurs d´entre eux donnent leur nom à leurs métairies, par exemple la Boisbleaude, la Fayolle, la Charron ou la Sainte-Agnante. En 1756, le maréchal-duc de Richelieu possède vingt métairies, soit la grande majorité des marais desséchés de Saint-Sorlin. La seigneurie de Saint-Sorlin est tenue en 1766 par Alexis-Benjamin-François Poute de Nieul, comte de Confolens, celle des Cheminées, mentionnée depuis le 16e siècle, par le marquis de Cumont à partir de 1781. A cette époque, la population de Saint-Sorlin se maintient autour de 150 feux, soit environ 600 habitants. Liées aux épidémies et aux aléas économiques, plusieurs crises démographiques frappent la paroisse en 1772, 1778 et 1788.

A la Révolution, la nouvelle commune prend le nom de Cônac-la-Vallée. Les biens d´Armand-Emmanuel de Richelieu, fils et héritier du maréchal, comte de Chinon, futur Premier ministre sous la Restauration, sont saisis et vendus comme biens nationaux. Plusieurs notables locaux se portent acquéreurs de ses métairies, en particulier Jérémie Fourestier. Ce protestant est issue de la famille Le Fourestier originaire de Saint-Ciers-du-Taillon, mentionnée depuis le 13e siècle et qui compte un écuyer du roi Charles VII. Les Fourestier sont rentrés en France à la fin du 18e siècle après avoir fui la révocation de l´édit de Nantes en 1685. Jérémie Fourestier commence par l´achat de biens nationaux à se constituer une grande propriété dans la commune. Parmi les principaux acquéreurs de ces biens figure aussi Pierre Boyveau dit Boyveau-Laffecteur (1743-1812), né également dans une famille protestante de Saint-Ciers-du-Taillon, médecin à Paris et auteur d´un médicament à succès contre les maladies vénériennes. L´une de ses métairies prend le nom de « la Parisienne », en référence au lieu d´habitation de son propriétaire. Le 3 août 1798, constatant le mauvais entretien des marais desséchés, tous ces nouveaux propriétaires se réunissent aux portes de Cônac pour adopter les statuts d´un nouveau syndicat des marais de Cônac. L´assemblée annuelle du syndicat se tient désormais dans la maison du garde-éclusier aux portes de Cônac. Quant aux marais de la prairie de Saint-Sorlin restés mouillés depuis le 17e siècle, leurs 270 propriétaires se constituent aussi en association le 10 septembre 1820, non pas pour les dessécher mais pour en assurer l´entretien.

En cette première moitié du 19e siècle, selon le cadastre établi entre 1828 et 1842, les paysages de la commune sont marqués par la prédominance des champs labourés : ils représentent près de la moitié de la superficie totale, et jusqu´à 60 % dans les marais desséchés. Les prés occupent un tiers de l´espace, surtout dans la Prairie au pied du coteau, un tiers également dans les marais desséchés. La forêt compte, comme aujourd´hui, pour environ 5 % de la superficie du coteau. Au contraire, et même si la production de la commune en vin et en eau-de-vie est déjà remarquée à l´époque, la vigne est beaucoup moins présente qu´aujourd´hui : à peine un cinquième de la superficie du coteau lui est consacré. Autour du bourg par exemple (voir figure 1), si le vignoble est déjà important autour du Château Saint-Sorlin, il ne recouvre pas la quasi totalité du coteau comme aujourd´hui, et il partage l´espace avec des terres labourées.

La forte croissance de l´activité viticole au cours du 19e siècle est conduite par les propriétaires des principaux domaines de la commune : le marquis de Cumont, aux Cheminées, et surtout la famille Fourestier au Château Saint-Sorlin et au Mérin d´Or. Jérémie Fourestier puis ses fils Pierre-Jérémie et Isaac-Edouard, et ses descendants Félix Carrière et Alexandre Wachter, constituent au cours du 19e siècle la plus importante propriété de la commune, comprenant le Château Saint-Sorlin, le Mérin d´Or et plusieurs métairies de marais desséchés, acquises à la Révolution ou rachetées dans les années 1820-1830 aux héritiers du docteur Boyveau. Dans les années 1880, ce domaine et celui des Cheminées regroupent à eux seuls 350 hectares. Ces notables partagent avec quelques autres la direction de la commune, en tant que maires notamment : c´est le cas des Joyaux aux Blanchards et Chez-Signoret, des Vias à la Rambauderie, des Delage au Pas-de-Poupot.

La paysannerie gravite autour de ces domaines viticoles et, au milieu du 19e siècle, s´enrichit elle-même grâce à la production de vin. Chaque ferme dispose de son chai. Les dates des vendanges sont fixées par le conseil municipal qui réglemente aussi le pacage des bestiaux dans la prairie de Saint-Sorlin, héritier de la vaine pâture d´Ancien Régime (droit de faire paître librement les troupeaux dans les marais, accordé par le seigneur aux habitants). L´activité viticole alimente aussi une partie de l´artisanat : 6 tonneliers sont dénombrés en 1851. A la même date, on compte par ailleurs 7 meuniers dans la commune, qui exploitent les moulins placés sur les hauteurs. Le sol calcaire du coteau alimente par ailleurs des carrières et même un four à chaux, actif entre 1881 et 1907 (la route du Four à chaux, entre le bourg et les Pasquiers, en maintient le souvenir). Dans les marais desséchés, la superficie consacrée aux céréales, majoritaire au début du 19e siècle, recule face aux prairies naturelles. L´élevage bovin et de chevaux assure alors la prospérité des plus grandes métairies. Tout en étant située à l´écart des grands axes routiers et ferroviaires, la commune bénéficie de l´activité portuaire et de pêche des ports de Cônac et de Vitrezay qui assurent un débouché sur l´estuaire et son cabotage et sur le Bordelais. Le nombre d´habitants atteint son maximum en 1831 (556 habitants) puis commence à diminuer de manière régulière.

La crise du phylloxéra marque une rupture dans cette évolution. Saint-Sorlin-de-Cônac est une des dernières communes touchées dans le canton de Mirambeau, en 1879. Si les grands domaines viticoles parviennent à rebondir, grâce notamment à l´action de Félix Carrière au Château Saint-Sorlin, la paysannerie sort ruinée de cette crise. Dans le même temps, l´activité des ports de Vitrezay et de Cônac commence à décliner. Le nombre d´habitants chute à 396 en 1881, puis se redresse un peu jusqu´à la Première Guerre mondiale (463 habitants en 1911). L´arrivée de l´éléctricité à partir de 1922 et l´ouverture d´une ligne d´autobus reliant Bordeaux en 1924 et d´une agence postale en 1927, n´empêchent pas l´exode rural de produire ses effets dès l´Entre-deux-guerres. En 1936, la commune compte 401 habitants.

A l´automne 1939, Saint-Sorlin-de-Cônac accueille des réfugiés venus de Schweyen, en Moselle. Sous l´Occupation, des troupes allemandes s´installent un temps au Château Saint-Sorlin tandis qu´un réseau de résistance est actif dans les environs. Après la Libération, des prisonniers allemands sont mis à contribution pour remettre les canaux en état. Les marais desséchés et ceux de la Prairie ont en effet beaucoup souffert du manque d´entretien pendant les deux guerres mondiales. En février 1951, à la suite de graves inondations, il est décidé d´assainir les marais de la Prairie. Une association syndicale des marais de Saint-Sorlin est créée pour les gérer. Les travaux ont lieu entre 1956 et 1962 avec édification de digue, comblement de fossés, construction de chemins et de ponts, et remembrement des terres. L´éléctricité arrive dans les marais desséchés en 1952.

Malgré tout, l´exode rural s´accélère : la commune compte 399 habitants en 1954, 305 en 1968, 224 en 1982, 199 en 2009. Le phénomène aboutit à la réduction importante de certains lieux-dits, surtout les plus en retrait sur le coteau, comme les Pasquiers, voire à leur disparition comme le hameau Chez-Diot qui comptait 24 habitants en 1872 et plus aucun un siècle plus tard. En 1968, 23 maisons sont déclarées vacantes, soit 17 % du total. La dernière classe de l´école primaire ferme en 1974. Cette situation, ajoutée à la mécanisation agricole, se traduit aussi par un regroupement accéléré des parcelles, y compris sur le coteau, et par la forte diminution du nombre de fermes exploitées. L´évolution des méthodes viticoles et la mécanisation influent aussi sur les paysages : les vignes basses traditionnelles font place aux vignes hautes dont les plants sont taillés à hauteur de machine. Dans les marais desséchés, à la suite du quasi abandon de l´élevage, les prairies naturelles qui couvraient 1000 hectares sur 1200 en 1937, diminuent considérablement à partir de la fin des années 1960 au profit du blé, du maïs et du colza.

Aujourd´hui, les activités agricoles et viticoles se maintiennent sur quelques grands domaines, de même que la pêche, en particulier au port de Vitrezay. Le tourisme, lié à la protection de l´environnement et à la mise en valeur des paysages de l´estuaire, ainsi que la villégiature estivale constituent de nouvelles perspectives. La protection des marais contre les inondations est un autre enjeu révélé par les tempêtes de 1999 et de 2010, au cours desquelles l´eau a franchi la digue parallèle à l´estuaire. La surélévation de cette dernière après la tempête de 1999 a toutefois limité l´inondation en 2010, sans empêcher les dégâts aux portes.

La commune de Saint-Sorlin-de-Cônac est située sur la rive droite de l´estuaire de la Gironde, à la limite sud de la Charente-Maritime. Elle bénéficie de 3,5 kilomètres de rivage et s´étend sur 15,4 kilomètres carrés. Ses paysages sont marqués par deux principales entités très distinctes, le coteau et les marais desséchés, et par deux zones intermédiaires, la "Prairie" et le "bot".

Le coteau fait partie du plateau calcaire saintongeais et sa limite constitue l´ancien rivage maritime. Son altitude maximum est de 69 mètres aux moulins de la Déchandrie et aux Pasquiers. Ce coteau est très compartimenté par des vallons appelés "combes". Le plus important coupe le coteau en deux selon un axe nord-est/sud-ouest : c´est là que coule la petite rivière de la Fragnée, dans un paysage bocager, et c´est sur ses pentes qu´ont pris place le bourg, la Mothe et le Mérin d´Or. La plupart des vallons sont des vallées sèches. Tous présentent un paysage très dénivelé, verdoyant, traversé par des routes et des chemins sinueux, couvert de bois et, aux trois quarts, de vignes. Le coteau descend vers le sud-ouest en pente douce. La séparation avec les marais est un peu plus franche au niveau des Cheminées. Cette limite géographique est longée par l´axe routier principal de la commune, la route D 145 qui vient au nord de Saint-Thomas-de-Cônac et continue vers le sud-est et Saint-Bonnet-sur-Gironde. Des axes perpendiculaires à cette route donnent accès à l´intérieur du coteau, en particulier la route D 148 vers Saint-Georges-des-Agoûts.

Au pied du coteau se situe une zone intermédiaire d´environ 250 hectares, constituée d´anciens marais mouillés. Cette zone, appelée la Prairie, se prolonge sur la partie nord de la commune. Elle présente un parcellaire assez irrégulier, malgré le remembrement des années 1950. Tourbeux et d´une altitude plus basse qu´en aval, cet espace a tendance à s´affaisser. Une partie de la Prairie, aux limites nord de la commune, est comprise dans la zone naturelle d´intérêt écologique, faunistique et floristique (ZNIEFF) de classe 1 (petits espaces homogènes) des marais de Saint-Thomas-de-Cônac.

Au-delà des digues et jusqu´aux abords de l´estuaire, les marais desséchés couvrent 1200 hectares, soit les trois quarts de la commune. Ils occupent un espace large de 4 kilomètres en moyenne : sur la rive droite de l´estuaire en Charente-Maritime, c´est ici qu´ils sont les plus larges, les marais s´amenuisant vers le nord. Les marais de Saint-Sorlin sont d´ailleurs plus larges au port de Vitrezay, au sud, qu´aux ports de Charron, au nord. Cette vaste étendue plane, au paysage monotone, sans arbres, est marquée par les lignes droites que constituent les canaux et les fossés, parfois bordées de joncs et de roseaux. Perpendiculaires à l´estuaire, les trois canaux principaux sont, du nord au sud, le canal de Charron, le canal du Centre et le canal de la Comtesse.

Les marais desséchés de Saint-Sorlin, comme tous ceux de la rive droite de l´estuaire, présentent la particularité d´être plus élevés au bord de l´estuaire que dans l´intérieur des terres. Alors que l´altitude moyenne varie entre 2 et 3 mètres, celle enregistrée au port de Vitrezay par exemple est de 4 mètres. Cette surélévation côtière, sur laquelle prend appui la digue qui protège les marais des assauts de la mer, se forme progressivement par l´accumulation des alluvions apportées par l´estuaire. L´élévation continue de ce bourrelet explique que la digue actuelle parallèle à l´estuaire ait de plus en plus de mal à remplir son rôle, sauf à la surélever.

Enfin, entre la digue parallèle à l´estuaire et la ligne côtière, on observe un dernier type de paysage, maritime cette fois. Cet espace, appelé "le bot", d´une centaine de mètres de largeur, est balayé par les vents et les vagues qui, peu à peu, font reculer la ligne de côte. Le bot s´élargit à mesure que l´on progresse vers le nord, là où les alluvions sont charriées plus abondamment par l´estuaire. En venant de la digue, à une première bande de prés salés succèdent une zone de joncs entrecoupée de trous et de conduits formés par les assauts des vagues, et enfin les vases marines. Autrefois consacré à l´élevage bovin et ovin, le bot accueille désormais promeneurs et pêcheurs au carrelet. L´ensemble du bot et des marais desséchés de Saint-Sorlin-de-Cônac fait partie de la zone naturelle d´intérêt écologique, faunistique et floristique (ZNIEFF) de classe 2 (grands espaces naturels riches) de l´estuaire, des marais et des coteaux de la Gironde, ainsi que des sites Natura 2000 "Coteaux de Gironde" et "Estuaire de la Gironde, marais de la rive nord".

Annexes

  • Extrait de Gautier, M.-A.. Statistique du département de la Charente-Inférieure. La Rochelle, 1839, p. 280-281 :

    "Cette commune, appelée primitivement Saint-Saturnin, est située à 2 myriamètres, 2 kilomètres du chef-lieu de l'arrondissement, sur la rive droite de la Gironde ; elle est composée, en grande partie, de marais desséchés ; l'autre partie de son territoire consiste en bois, vignes et terres arables, entrecoupés de coteaux qui forment un paysage charmant.

    Il y a dans les marais des terres excellentes qui produisent une grande quantité de fourrages, de seigle, d'orge, d'avoine, de fèves et de gesses. Les terres labourables sont aussi généralement bonnes ; on y récolte du blé, du maïs et des pommes de terre.

    La culture des vignes, qui y sont d'un grand rapport, est très soignée ; la proximité du Blayais et du Médoc, contribue beaucoup à donner à cette culture un degré de supériorité relativement aux autres communes de l'arrondissement : on y recueille de très bons vins, et les eaux-de-vie qu'ils servent à fabriquer, sont en réputation.

    Indépendamment des produits agricoles, les habitants se livrent au commerce du menu bétail dont ils ont de nombreux troupeaux qui, une partie de l'année, se nourrissent sur la prairie salée. On appelle ainsi les prés qui longent le fleuve.

    Il existe à Saint-Sorlin plusieurs carrières qui occupent un bon nombre d'ouvriers ; les pierres qu'on en extrait sont connues sous le nom de Roc, à raison de leur extrême dureté.

    Le port de Cônac a un chenal facile pour la navigation ; il est très fréquenté par de petits caboteurs qui font, avec le département de la Gironde, un commerce continuel de grains, de farines, de vins, d'eau-de-vie, de bestiaux et de volailles.

    Cette commune embrasse une superficie de 1537 hectares, sur laquelle sont répandus 22 villages et 37 cabanes ou fermes isolées".

  • A. D. Charente-Maritime. S 10353. 1820, 11 septembre : statuts du syndicat de la Prairie de la Rivière de Saint-Sorlin. Vu le mauvais état des chemins de cette prairie, rendant impossible de sortir les fourrages, les propriétaires de cette prairie décident de rétablir le syndicat qui veillait autrefois à leur conservation. Le texte est adopté en assemblée tenue au bourg de Saint-Sorlin. Un syndic sera désigné, un rôle des contributions de chaque membre sera dressé. Suit une liste de réglementations concernant l´accès à la prairie par les troupeaux et leurs propriétaires, la coupe de l´herbe, la pratique de la pêche. M. de Cumont, propriétaire des Cheminées, est ensuite nommé syndic.

  • A. D. Charente-Maritime. S 8223. 1875, 17 octobre : extrait de la pétition des propriétaires des marais de Saint-Sorlin et de Saint-Bonnet pour obtenir le curage du canal de la Comtesse :

    "La Gironde déchaînée dans ces derniers jours par une violente tempête, concordant avec un très haute marée, a précipité ses flots en masse sur toute la côte sud-ouest et inondé particulièrement tout le marais voisin de Saint-Thomas et une partie des marais de Cônac et de Saint-Bonnet. Il a fallu les plus grands efforts d´hommes pour sauvegarder les digues de ces derniers marais, et empêcher des pertes immenses d´hommes, de bestiaux et de récoltes, ajoutées à celles qu´ont éprouvées les marais de Saint-Thomas et autres ». Les eaux restent « sur les terres qu´elles brûlent par leur principe saturé, en même temps qu´elles empêchent et suspendent tous les travaux de culture et d´ensemencement et absorbent les herbages dans un temps si propice au pacage".

  • Extrait de Audoire, Jean-Michel. Saint-Sorlin-de-Cônac, mémoire de géographie, Faculté des lettres et sciences humaines de Bordeaux, 1971, p. 207-208 :

    La pêche à la crevette "se pratique à une échelle assez grande puisqu'elle se fait avec des petits chalutiers équipés de "lavaneaux". Vitrezay en reçoit 4 ou 5 pendant les trois mois d'été. Il s'agit ici de la pêche à la crevette blanche, la rose et la grise se trouvent au large de Royan. La pêche de la crevette blanche se pratique uniquement entre Port Maubert à l'aval et Blaye à l'amont. Elle se fait avec des petits chalutiers de 10 à 15 mètres de long, équipés de moteur de 100 chevaux (...). Ils sont équipés de "lavaneaux", c'est-à-dire de filets tendus par deux bras en V qui s'abaissent au moment de la pêche. Les "lavaneaux" qui sont au nombre de deux par chalut ont 5 mètres d'ouverture. La maille pour la crevette est la maille de 10 millimètres. Deux ou trois hommes sont à bord de chaque chalutier. Plusieurs fois par semaine, lorsque la pêche est terminée, certains regagnent en voiture leur domicile à Blaye ou à Libourne.

    Les bateaux amarés dans le chenal attendent la marée pour appareiller. La pêche se fait le plus souvent assez près du rivage. Elle se pratique bâteau arrêté, "lavaneaux" baissés. On attend quatre heures avant de relever les "lavaneaux". On regagne ensuite le port. Les chalutiers les plus gros restent en mer parce qu'ils peuvent supporter les gros temps et surtout parce qu'ils ne pourraient entrer dans le port. Immédiatement après la pêche a lieu une opération assez longue, c'est le triage des crevettes. Cela consiste à enlever tous les petits poissons qui ont été pris en même temps que les crevettes et à les rejeter à la mer. Les crevettes sont ensuite cuites sur le bateau. Les prises sont très variables. Elles peuvent se situer autour de 5 à 10 kilogrammes par jour, comme elles peuvent atteindre 50 kilogrammes. La pêche est vendue à des mandataires qui passent tous les jours. Elle est dirigée ensuite sur le marché bordelais et libournais".

Références documentaires

Documents d'archives
  • A. D. Charente-Maritime. B 2270. 1756, 11 février : juridiction du comté de Cônac, procès-verbal de visite du château et des marais où se trouvent au total vingt métairies. A. D. Charente-Maritime. E 239. 1613-1759 : entretien du canal de Saint-Bonnet et dessèchement des marais de Cônac.

  • A. D. Charente-Maritime. 3P 4097. 1828 : tableau indicatif des propriétés foncières, état de section.

  • A. D. Charente-Maritime. 3P 4098 à 4102. 1831-1939 : matrices cadastrales des propriétés foncières.

  • A. D. Charente-Maritime. Q 95. 1794-1796 : tableau des ventes des biens d'émigrés, district de Pons. A. D. Charente-Maritime. S 10353. 1884, 11 février : état général des sociétés syndicales des marais de l´arrondissement de Jonzac. A. D. Charente-Maritime. 7S 577. 1798-1851 : sociétés des marais de Cônac, assemblées, rôles des contributions. A. D. Charente-Maritime. 7S 1315 et 1319. 1798-1855 : société des marais de la Prairie de Saint-Sorlin, assemblées, rôles des contributions.

  • A. D. Charente-Maritime. Registres de l'état civil de Saint-Sorlin-de-Cônac en ligne sur le site Internet : http://www.charente-maritime.org/conseil_general_17/archives_departementales.

  • A. M. Saint-Sorlin-de-Cônac. Registres des délibérations du conseil municipal.

Documents figurés
  • A. D. Charente-Maritime. 3P 4941. 1828-1842 : plan cadastral de Saint-Sorlin-de-Cônac.

Bibliographie
  • Audoire, Jean-Michel. Saint-Sorlin-de-Cônac, mémoire de géographie, Faculté des lettres et sciences humaines de Bordeaux, 1971, 216 p. (disponible à la mairie de Saint-Sorlin-de-Cônac).

  • Dictionnaire biographique des Charentais, Paris : Le Croît Vif, 2005.

  • L'Estuaire de la Gironde, Conservatoire de l'Estuaire de la Gironde, 2000.

  • Gautier, M.-A.. Statistique du département de la Charente-Inférieure. La Rochelle, 1839, p. 280-281.

  • Julien-Labruyère, François et Neveu, Jean-Louis. La Haute-Saintonge. Paris : Le Croît vif, 2007.

    p. 662, 664, 667
  • Paroisses et communes de France, Charente-Maritime, Paris : Editions du CNRS, 1985, p. 531.

  • Rainguet, P.-D.. Etudes historiques, littéraires et scientifiques sur l'arrondissement de Jonzac. Jonzac, Saint-Fort-sur-Gironde, 1864, p. 285-286.

    p. 236, 285-286
  • Romand d'Amat, Dictionnaire de biographie française.

  • Seguin, Marc (dir. Jean Glénisson), Histoire de l'Aunis et de la Saintonge, tome 3 : Le début des Temps modernes, 1480-1610. La Crèche : Geste éditions, 2005, 428 p.

    p. 60, 80
  • Vivielle J., Les origines des marais de Blaye et de Cônac, Paris, 1923.

  • Site Internet : http://www.poitou-charentes.ecologie.gouv.fr.

  • Site internet : sigore.observatoire-environnement.org.

  • Le canton de Mirambeau, Mémoire en Images, Ed. Alan-Sutton, 2003.

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