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Usine d'armes, dite manufacture d'armes de Châtellerault

Dossier IA86000053 réalisé en 1986

Fiche

Appellations dite manufacture d'armes de Châtellerault
Destinations musée, patinoire, établissement administratif
Parties constituantes non étudiées atelier de fabrication, canal, cheminée d'usine, salle des machines, bureau, jardin, centrale hydroélectrique, barrage, enclos, cour, infirmerie, logement patronal
Dénominations usine d'armes
Aire d'étude et canton Vienne - Châtellerault-Ouest
Hydrographies Vienne la); Envigne
Adresse Commune : Châtellerault
Adresse : Châteauneuf
Cadastre : 1986 DI 320 à 322, 364 à 367

Cette manufacture d'armes est créée par ordonnance royale du 14 juillet 1819 pour produire des armes blanches. Les travaux de construction débutent en 1820 sous la direction de M. Ledard et M. Guillebon par le bâtiment d'administration, cinq ateliers sur le bord de la Vienne et des logements d'ouvriers dans la partie nord (le bâtiment 137 porte la date 1821). A partir des années 1850 y sont fabriquées des armes à feu, puis du matériel d'artillerie et des missiles. L'introduction de nouveaux procédés mécaniques de fabrication et l'augmentation des effectifs entre 1830 et 1880 entraînent la transformation et la construction de nombreux ateliers. Entre 1886 et 1891, pour la fabrication du fusil Lebel, de nombreux bâtiments sont démolis et remplacés par de nouvelles constructions (3 des cheminées datent de cette période, et les bâtiments 114 et 206 portent la date 1887). Dans les années 1950, on reconstruit les bâtiments endommagés durant la Seconde Guerre mondiale et certains ateliers vétustes, tandis que l'on en modernise d'autres. Après la fermeture définitive de l'établissement le 1er novembre 1968, une partie des bâtiments est transformée en musée, en patinoire et en centre d'archives de l'armement. En 1844, il y a la mise en place d'une turbine Fourneyron, puis vers 1850, le remplacement de deux autres roues par des turbines. De 1914 à 1921, on y construit une centrale thermique et une centrale hydroélectrique. L'usine compte 40 ouvriers à ses débuts et 7000 durant la Seconde Guerre mondiale, elle est alors l'une des plus importantes usines d'armement d'Europe. Il existe un fonds d'archives.

Période(s) Principale : 1er quart 19e siècle
Principale : 2e quart 19e siècle
Principale : 3e quart 19e siècle
Principale : 4e quart 19e siècle
Principale : 1er quart 20e siècle
Principale : 2e quart 20e siècle
Principale : 3e quart 20e siècle
Dates 1821, daté par source, daté par travaux historiques
1887, porte la date

Le site industriel est desservi par un embranchement ferroviaire et par une voie particulière.

Les bâtiments 121, 122, 205, 201, 132, 208 sont en pierre de taille. Les bâtiments 139 et 162 sont en pan de fer et remplissage de brique. 4 cheminées en brique subsistent (2 de 43 m et 1 de 61 m de haut). Les unités 219 et 239 sont en béton armé. Le bâtiment de l'administration (132), surmonté d'un clocheton à horloge, possède une charpente en bois apparente et un toit à longs pans à croupe. Les bâtiments 104 et 206 sont couverts de sheds. L'ardoise couvre les toits des bâtiments 205, 207, 120 et 132. La surface du site est de 150000 m2.

Murs calcaire moellon enduit
calcaire pierre de taille
fer pan de fer
brique
béton béton armé
Toit ardoise, tuile mécanique
Plans plan symétrique en H
Étages 2 étages carrés
Couvrements charpente en bois apparente
charpente métallique apparente
Élévations extérieures élévation ordonnancée
Couvertures toit à longs pans pignon couvert
shed croupe
Escaliers escalier dans-oeuvre
Énergies énergie hydraulique produite sur place
énergie thermique produite sur place
énergie électrique produite sur place
États conservations établissement industriel désaffecté
Statut de la propriété propriété publique
Intérêt de l'œuvre à signaler
Éléments remarquables bureau, cheminée d'usine, atelier de fabrication, portail
Protections inscrit MH partiellement, 1989/03/09

Annexes

  • Dossier documentaire de protection. Conservation des Monuments historiques de Poitou-Charentes

    HISTORIQUE

    1816 : L'administration royale décide le repli des usines de fabrication d'armement situées sur les frontières nord-est : KLINGENTHAL, MAUBEUGE, MUTZIG après les revers des armées napoléoniennes.

    Août 1817 : Le comité d'artillerie hésite pour le choix du site entre MOULINS et CHATELLERAULT. Cette dernière ville aurait une importance stratégique plus évidente, la Vienne apporte la force motrice sans parler des ressources des ouvriers de la Coutellerie. On commença donc à étudier un projet de construction d'une manufacture royale d'armes blanches à Châtellerault. Le Colonel d'artillerie COTTY arrête son choix sur un lieu situé entre le moulin de Gravelines et la petite rivière l'Envigne.

    26 sept. 1817 : La mairie achète les terrains.

    Janvier 1818 : Le Colonel MARION commence à tracer les plans ; les terrains supplémentaires sont achetés.

    Sept. 1818 : Le Capitaine d'artillerie KERGNAUT trace les profils de la Vienne pour situer l'emplacement du futur barrage. Des prospections de carrières ont lieu pour fournir les meules à aiguiser les armes blanches.

    Février 1819 : Le Commandant NOTTRET rentre en fonction et les projets sont approuvés.

    14 Juillet 1819 : Une ordonnance royale prescrit la création de la manufacture. Une première commande avait été passée de 1000 sabres d'infanterie modèle 1816, 1000 pelles rondes, 500 pelles carrées, 500 haches d'artillerie exécutée par un détachement de KLINGENTAL (Capitaine et réviseur). Le travail n'était pas rentable, les meules étant mues à bras d'hommes. La fabrication est suspendue et les travaux de construction de la manufacture débutent en 1820 conduits par M. LEDARD. Les travaux hydrauliques sont sous la direction de M. GUILLEBON, ingénieur des Ponts et Chaussées.

    13 août 1821 : La première pierre du barrage est posée.

    15 août 1821 : La construction du bâtiment principal d'administration est adjugée. Le projet comprend 5 ateliers sur le bord de l'eau : 2 pour l'arme blanche, 2 pour l'arme à feu, 4 petits bâtiments pour les fondeurs et les trempeurs de part et d'autre du bâtiment d'administration, 2 ponts sur le canal, un mur de clôture. Les logements des ouvriers et leur famille sont dans la partie nord : 6 bâtiments parallèles à 2 étages séparées par des cours. Architecte : LARNIGNAC DESCOMBES de Ruffec.

    1823 : Le barrage de 105 m de long est achevé.

    23 avril 1825 : DESCOMBES est remplacé pour la Régie et les travaux s'accélèrent.

    1828 : La manufacture de KLINGENTHAL ferme le 1er août 1828 et les ouvriers alsaciens vont peu à peu s'installer à Châtellerault. Le grand bâtiment d'administration, les usines 3, 4 et 5, les 3 premiers bâtiments de l'arme blanche et le bâtiment aux matières premières sont livrés à l'artillerie (4 500 m2). Les bâtiments des ouvriers de l'arme blanche et le magasin avaient été adjugés en 1827 à l'entreprise BLONDEAU frères. Pendant cette période, les constructions sont hâtives et présentent de nombreux vices. Le bâtiment d'administration avait au rez de chaussée les bureaux, l'encaissage, révision des canons, l'habillage des platines. 1er étage : les recettes, dépôt d'armes finies et atelier de précision. 2ème étage : salle d'armes (en contenait 40000). Il accueille l'administration en 1840.

    1829 : Les usines 1 et 2 de l'arme à feu (BLONDEAU) démarrent.

    1830-1832 : Construction de nombreux ateliers (graveurs, trempeurs, forage, banc d'épreuve, casse-fer...).

    1831 : Le premier canon de fusil est forgé. L'entreprise est attribuée par adjudication à un entrepreneur. L'Etat est représenté par un Directeur militaire.

    1838 : 10000 m2 de surface couverte pour 113 580m2 de superficie totale.

    1840 : Une grande crue a lieu entraînant de très rapides travaux de protection sous la direction d'ingénieurs des ponts et chaussées aidés par des soldats de l'infanterie.

    1843-1844 : Un système de vannages mobiles permettant d'ouvrir les pertuis au moment d'une crue sont installés, mais le jour de l'inauguration ce système s'avère dangereux. De cette époque, il faut noter l'harmonie de l'organisation des bâtiments, la symétrie, les cours nivelées et les esplanades plantées d'arbres.

    Après 1855 : L'introduction de procédés mécaniques de fabrication entraine de nombreuses transformations (agrandissements, exhaussements, ...).

    1865 : Le Directeur DUROUSSEAU de FAYOLLES fait installer un petit réseau de 36 becs de gaz pour éclairer les cours et les avenues.

    1866 : Les ateliers sont éclairés au gaz. Le gouvernement français fait commencer la fabrication du fusil CHASSEPOT. L'effectif des ouvriers triple en deux ans et entraine de nouvelles constructions qui rétablissent la symétrie des masses des ateliers de part et d'autre de l'allée centrale coupée par le bâtiment d'administration.

    Entrepreneurs :

    1er oct. 1851 - 30 sept. 1866 : Jules CREUZE

    31 déc. 1875 - 31 déc. 1878 : Auguste CHASSEPOT, François Louis HENRY

    1874 : Mise en fabrication du fusil GRAS qui n'entraine pas de grosses transformations et ne dure pas très longtemps.

    1882 : 114 943 m2 de superficie totale pour 24 000 m2 couverts. Parallélement, les essais d'éclairage à l'électricité ont lieu. Les adaptations à la production, continuent notamment aux fusils à répétition.

    1886-1889 : Fabrication du fusil LE BEL : on démolit et on rase, les pavillons à l'arme blanche et à feu disparaissent. Le Capitaine EISSER est le nouveau protagoniste des changements.

    - il fait couvrir la rue entre l'usine 121 et les bâtiments 7 et 8

    - construire un mur d'enceinte sur l'Envigne

    - déplacer le bâtiment 146

    - allonger le hangar construit pour les engins de levage

    - créer une usine de 8 000 m2 à la place du bâtiment pour l'arme à feu

    - déplacer les magasins de l'entreprise

    - allonger la forge en empiétant sur la Vienne

    - construire 3 hangars provisoires

    La vapeur est introduite (pour le chauffage) et l'électrification se poursuie (dynamos, Edison).

    A partir de 1886 la grande majorité des bâtiments anciens sont démolis et remplacés par des ateliers édifiés suivant le parti architectural où la charpente métallique réduit au minimum le rôle de la maçonnerie de pierre et où les toits en sheds deviennent le mode d'éclairage à peu prés universellement adopté pour les ateliers de petite mécanique. L'aspect dégagé et ordonnancé de l'usine disparait petit à petit (cf doc n° 9).

    1889-1895 : M. TREUILLE, entrepreneur

    1889 : - Construction d'une tour de 20 m avec un réservoir de 150m3 d'eau

    - restauration du bâtiment 8 incendié

    - construction à l'extrémité nord-ouest d'un pavillon contenant un moteur pilon et dynamos

    - construction d'un mur de soutènement qui reporte de 15m en avant la façade de la forge formant une vaste rotonde en se raccordant avec l'usine C 6

    - construction de 4 pavillons en briques de couleur dans la cour centrale.

    - les chaufferies sont alimentées par une cheminée haute de 61,02m...

    - la Manufacture d'armes de Châtellerault est reliée à la gare.

    1890 : 53.000 m2 couverts sur 120.449 m2

    1891-1895 : Commande par les russes de 500.000 fusils.

    1906 : Installation d'une salle de radiographie pour les médecins.

    1914-1918 : Construction d'une centrale thermique (64) produisant du courant alternatif, du bâtiment 212 rue Kléber (2 000 m2) dont le rez de chaussée accueille des ateliers et des magasins du service des bâtiments et des moteurs. L'étage, un atelier d'usinage.

    1917 : Entrepreneur : MM. DEMARIGNY et STAMPA.

    1915 : La Brelandière, l'Envigne et l'annexe pour les logements sont ajoutés au complexe de la manufacture d'armes de Châtellerault.

    1918-1921 : Construction de la centrale hydroélectrique du nouveau barrage, avec le bâtiment 119 et installation de 4 turbines.

    1934 : Mise en fabrication de la mitrailleuse d'aviation, modèle 1934

    1935 : Construction (en 5 mois) du bâtiment 239 (4 536 m2 en tout) par l'établissement PAUFIQUE frères à Lyon.

    1936 : Le bâtiment 105 est construit par les Etablissements DARRAS et JOUANIN de Neuilly/Seine, sert de bureau de fabrication, magasin aux pièces détachées.

    Pendant la deuxième guerre mondiale : la manufacture d'armes de Châtellerault s'agrandit sur de nouveaux terrains. Le 30 et 31 août 1944 des bombardements détruisent les centrales hydroélectriques thermiques.qui seront réparées par la Société FRATERNELLE de Poitiers

    1951-1953 : Le bâtiment 108 est reconstruit (station à air comprimé).

    Les charpentes métalliques sont réalisées par les Entreprises BARBOT-LEFORTIER de la Haye Descartes ; le béton armé et la maçonnerie par l'Entreprise BACHMANN de Châtellerault.

    1952 : Les bâtiments 74, 57, 58, 59, 60 et 65 sont démolis pour le bâtiment 174 (stockage des aciers) construit par l'Entreprise FAURE et Cie de Saint-Etienne.

    Les bâtiments 226, 230 et 233 sont remplacés par un nouveau garage.

    Les ateliers centraux modernisés (114, 115, 116 et 117 terminés en 1961 par la société " les Etudes du Génie Civil ".

    Les travaux s'interrompent à cette période et la manufacture. A partir de 1962, les effectifs sont réduits et la Manufacture d'armes de Châtellerault doit finalement fermer ses portes en 1968. Aujourd'hui trois propriétaires se partagent cet espace industriel : la ville, l'A.F.P.A. et l'armée (centre d'archives).

  • Dossier documentaire de protection. Conservation des Monuments historiques de Poitou-Charentes.

    Intérêt patrimonial de la Manufacture

    La manufacture d'armes de Châtellerault fut construite à partir de 1819, après que les revers des armées napoléonniennes aient décidé l'administration à replier les fabrications d'armes frontalières vers le centre du pays. Construite sur le plan de l'architecte Pellechet (autour de 1840), l'usine sera profondément modifiée avec d'importantes commandes d'armes.

    A partir de 1886 (fusil Lebel), puis entre 1891 et 95 avec les 500 000 fusils Mosine destinés au Tsar.

    A l'origine, le plan ordonnancé suivait scrupuleusement la théorie du professeur d'architecture de l'Ecole Polytechnique Durand.

    A partir de 86, les extensions altèrent peu à peu le plan d'origine par les bâtiments ajoutés.

    Le nombre d'ouvriers fluctue énormément avec le carnet de commandes de l'établissement. D'une centaine en 1831, il atteindra 7230 ouvriers en 1916, ce qui montre l'importance de l'établissement dans l'économie régionale et tout particulièrement à Châtellerault.

    Outre ces dimensions, Châtellerault fut l'un des premiers établissements où furent poursuivies des études scientifiques sur les conditions de travail (1848) et les maladies professionnelles (1856). Plus encore, l'organisation des tâches est importante pour l'histoire du travail dans le monde. En 1888, bien avant Taylor, le capitaine Ply décrit l'organisation du travail à la manufacture dont la théorie est extrêmement proche de Taylor.

    Ce précurseur méconnu a une énorme importance dans l'histoire de la rationnalisation des usines.

    Du point de vue historique, cette manufacture est donc de première importance.

    Sur le plan architectural, malgré la dégradation ou même la destruction de certains bâtiments, l'ensemble complexe des bâtiments reste un exemple tout à fait intéressant par l'éventail des solutions couvrant tout le XIXe siècle qu'il comporte, de la fabrique en étages à l'usine sous sheds dés bâtiments de la mécanique.

    La réaffectation des 3/4 des bâtiments assure leur entretien. Le quart restant, s'il était détruit, défigurerait à jamais l'ensemble puisqu'il comporte le bâtiment d'administration au centre de la composition et les bâtiments concernant les machines à vapeur et chaufferies installés à la fin du XIXe siècle. Le caractère exceptionnel est renforcé du fait que les archives de l'armement, installées dans certains des bâtiments de la manufacture, possèdent tous les plans de l'établissement.

    L'ensemble témoigne de l'évolution des conceptions de plan, de construction et de style d'un grand établissement du XIXe siècle.

    Proposition de protection.

    Inscription de l'ensemble des bâtiments, y compris les infrastructures hydrauliques.

  • Dossier documentaire de protection. Conservation des Monuments historiques de Poitou-Charentes.

    Description

    Située sur la rive gauche de la Vienne au delà du pont Camille de Hogues, la manufacture occupe une position péri-urbaine dans le faubourg ouvrier de Châteauneuf qui oppose ses cités et son pavillonnaire au centre ancien de la ville. La vue aérienne montre l'impact de la manufacture dans l'urbanisme de Châtellerault avec ses proportions gigantesques et les masses de ses sheds.

    Le visage actuel de la M.A.C. est le reflet d'une longue évolution depuis 1819 jusqu'à sa fermeture en 1968, son abandon puis sa réutilisation à des fins diverses.

    Cette évolution s'est faite par à coups, par saccades, suivant le rythme des cadences de la production et des afflux d'ouvriers et surtout, suivant les nouveaux modes de production et les progrès de la technique : passage de l'arme blanche à l'arme à feu, 1830 - inventions de nouveaux modèles de fusils, transformation de la force motrice, meule à bras, turbines, machines à vapeur - mécanisation avec les machines outils, 1840 - électrification, gaz, installation de la voie ferrée...

    Ces étapes dans la vie de la M.A.C. ont généré différents types de bâtiments et de plans que l'on peut maintenant essayer de regrouper en rubriques.

    I) 1819-1886 plan ordonnancé (obéissant aux théories du Professeur d'architecture de l'école Polytechnique DURAND) - symétrie - structure dégagée -

    - 1) Les bâtiments de prestige : 132 et 120 :

    -

    - a) bâtiment 132 :

    bâtiment essentiel, pivot de la M.A.C. et par ailleurs le plus ancien, il se trouve au centre du site.

    Construit de 1820 à 1828 pour abriter les premiers ateliers de fabrication d'armes blanches (fabrique en étages), il a été transforme en 1840 en bâtiment d'administration, prenant un aspect assez noble.

    Ce long édifice rectangulaire en pierre de taille cantonné de 2 pavillons laté-raux d'une seule travée de baies et en très légère saillie, s'élève sur 3 niveaux. Ses baies sont en plein cintre et les façades sont rythmées par un jeu austère mais efficace de bandeaux et de chaînages.

    La toiture en ardoise est sommée en son centre d'un clocheton à horloge symbole très sensible et obligatoire du temps industriel qui se substitue au temps rural. L'intérieur est également très soigné avec des escaliers latéraux à 1ère volée centrale et 2ème volée double à montées parallèles.

    A l'origine, ce bâtiment était enserré dans une forme en H constituée par des ailes délimitant un espace noble de cours et jardins séparé du reste de l'usine.

    - b) Bâtiments 120

    Construit plus tard (en 1881) pour abriter des magasins au rez-de-chaussée et des logements d'ingénieurs à l'étage, il reprend les dispositions du bâtiment central (2 niveaux, baies cintrées, bandeaux). Il est construit parallèlement à ce dernier, en moellons crépis avec seulement la partie qui abritait un passage, en pierre de .taille (1888-1889). Il coupait la cour d'honneur et séparait le bâtiment central de l'entrée.

    - 2) Bâtiments étroits en longueur

    Issus de la période 1870-1875, on les retrouve dans les bâtiments 141 - 122, les ailes (démolies) du bâtiment d'administration, le pourtour des sheds.

    Ils sont pour la plupart en moellons recouverts de crépis, les baies sont entourées de chaînages en pierre de taille et à arcs segmentaires.

    Ces bâtiments ont reçu dans les années 1886-87, des armatures et des charpentes métalliques en même temps que se réalisaient les grandes nappes de sheds.

    II) 1886-1968 : bâtiments aux vastes proportions plan resserré

    1) Les sheds : 206 (musée de l'automobile, 1886-87), 114 (atelier AFPA, 1887), 139 (dépôt d'archives, 1890).

    Entourés pour la plupart ou seulement longés sur un seul côté de longs bâtiments

    conservés de la période précédente et construits dans le style militaire des casernes, du second empire, ces bâtiments se caractérisent par l'emploi systématique de charpentes métalliques aux jeux très variés.

    II faut noter à propos du bâtiment qui abrite aujourd'hui le musée de l'automobile, l'entrée particulièrement soignée sous pignon, encadrée de chaînages de pierre qui supportent un grand arc en plein cintre. Sous cet arc, des piliers en fontes et des baies vitrées soulignent un remplissage en brique. Les baies sont toutes à arcs segmen-taires.

    A l'intérieur de cet espace, les sheds s'étalent sur 2 niveaux.

    Les sheds 114 et 199 sont ceints de murs en briques et ressillonnés par des piles en fontes.

    2) Bâtiments abritant la force motrice - les cheminées :

    Outre les plots aux formes arrondies le long de la Vienne aujourd'hui sans bâti-ments et qui évoquent le souvenir de la manufacture au temps où elle était régie par la force motrice des meules hydrauliques, les bâtiments 189-208 et 142 (1889), 164 (1906) abritent ou abritaient les chaudières ou les générateurs à vapeur (164). Ces chaufferies allient la brique et la pierre et sont toutes de construction très soignée avec une certaine recherche dans les effets architecturaux. Il reste encore une chaudière dans le bâtiment 142 (à vérifier) et celle du bâtiment 189 est en grand péril puisque le projet de réutilisation de la ville prévoit sa démolition. Les cheminées (1886-1887 et 1889) sont au nombre de 3.

    3) Hangars de type halle :

    Ces constructions parmi lesquelles ont peut compter les bâtiments 193 (1886, patinoire), 104 (1907, infirmerie), 174 (1952), 162 (1946), 147 (hall de gare) allient la brique et la fonte et quelquefois les moellons crépis (193).

    Avec les ailes rajoutées à la forme du H central en 2ème épaisseur côté cour, en briques de couleurs émaillées (démolies), ces bâtiments aux fonctions diverses mais servant essentiellement d'entrepôts sont remarquables par leur aspect esthétique, la note colorée et décorative qu'ils apportent à l'ensemble.

    Signalons à cet égard une figure sculptée en fonte encore en place sur le bâti-ment 162.

    4) Les bâtiments de la dernière génération en béton 212 et 239 - 105 et 106,

    Parmi ces derniers éléments le bâtiment 212 qui abritait des ateliers, des salles de sport, la cantine et le mess se distingue par sa forme de trident et l'emploi très précoce de béton allié à de nombreuses baies vitrées (1914-1917). L'accès aux étages se fait par 3 escaliers extérieurs le long des 3 plots en avancée et son espace intérieur est entièrement découpé par des poutres et des piles en béton délimitant des travées de 4 x 4,5 m. Le bâtiment 239 dans le même esprit (1935) abritait des ateliers et des salles de cours. Le bâtiment 105 (1936) renfermait des bureaux de fabrication et des guichets de paie et le bâtiment 106 (1950) à de tout temps abrité une école d'apprentissage.

    Depuis la fermeture traumatisante pour la population de Châtellerault de la Manufacture d'Armes, de nombreux bâtiments ont disparu n'ayant pu trouver d'utilisation immédiate. Citons à titre d'exemple, le château d'eau, les bâtiments 103 à 111 le long de la Grand-Rue

    Châteauneuf et tout dernièrement les ailes en H du bâtiment d'administration.

    La manufacture est aujourd'hui aux mains de 3 propriétaires : l'Armée (Archives

    des armées), le Ministère du Travail (AFPA) et la Ville. Cette dernière réutilise déjà le shed 206 en musée de l'automobile et le bâtiment 193 en patinoire.

    De nombreux projets de réutilisation on vu le jour depuis quelques années et le dernier en date réalisé par le cabinet ABCD prévoit entre autre, l'installation d'un institut européen des métiers de la Sécurité dans le bâtiment d'administration.

    La protection au titre de la loi du 31 XII 1913 sur les Monuments Historiques a de tout temps été liée aux projets de réaménagements des espaces encore en friche et appartenant à la Ville. Aujourd'hui, une nouvelle opportunité semble se présenter justifiant le passage du dossier en COREPHAE. La demande d'ISMH des bâtiments et du canal (cf doc n°12) a été définie au cours d'une réunion tenue le 6 Avril 1988 servant de base aux discussions de la Commission et aux avis des spécialistes.

    Toutefois il a semblé nécessaire tant à Monsieur Vincent Grenier, chargé en 1984 d'une mision nationale sur le patrimoine industriel qu'aux autres personnes qui se sont penchées sur la question de proposer à l'ISMH, l'ensemble de la M.A.C., reflet des composantes de son évolution depuis l'expérimentation dans ses premières années d'existence de la conception modulaire de l'architecture (néo-classicisme et symétrie) jusqu'aux révolutions architecturales liées à l'emploi de la fonte. Toujours à l'avant-garde des techniques, la manufacture, commande de l'Etat, mérite d'être inscrite dans les rangs des Monuments Historiques, en raison de l'éventail des solutions proposées aux problèmes de la production industrielle.

    Sa notoriété en fit un exemple architectural très suivi (Bourges 1862-1865 puis St-Etienne 1866 -1868). De plus, au point de vue historique, elle fut le lieu d'expérimentations diverses sur les conditions de travail et les maladies professionnelles. Vers 1888, le Capitaine Ply prévoit l'organisation des tâches bien avant Taylor (cf. dossier de V. Grenier).

Références documentaires

Documents d'archives
  • 1871 : commerce et industrie.

    Archives nationales, Paris : F 12 4546
  • A. D. Vienne, 3 S 13. 1818-1931, 1899.

  • A. D. Vienne, 3 S 26. 1831-1832.

  • A. D. Vienne, 3 S 46. 1832-1880.

  • A. D. Vienne, 3 S 47. 1881-1935.

  • A. D. Vienne, 3 S 59. 1811-1894.

  • A. D. Vienne, 8 S 12. 1853.

  • Archives municipales de Châtellerault ; dossier du Comité de défense de la Manufacture.

Documents figurés
  • " Construction d'un barrage sur la Vienne et d'une manufacture d'armes blanches ". Plan de 1822. A. D. de la Vienne, 3 S 61.

  • " Plan général de la Vienne du Moulin de Chitré à la Manufacture ". Après 1823. Ech. 1/2500. A. D. de la Vienne, 3 S 61, pièce n° 10.

  • " Barrage de la Manufacture sur la Vienne ". 1864. Plan au 1/1000. A. D. de la Vienne, 3 S 61.

  • " Vues d'ensemble en 1840, 1878, 1891 et 1896 ". Dessins. Archives de l'armée.

  • " Clichés pris en 1889, 1921, 1935, 1950, 1951 et 1968 ". Archives de l'armée.

  • " Cartes postales anciennes ".

Bibliographie
  • Ardouin-Dumazet. De Vendée en Beauce, 16e série. Paris : Berger-Levrault, 1898.

    p. 35-39
  • Barbier, Alfred. Statistique du département de la Vienne. Poitiers : imprimerie A. Dupré, 1863.

    p. 125
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